Soldier (1998)

 

Soldier

(1998)

Paul Anderson, on le sait, est loin d’être un bon réalisateur. Coupable d’un très nul Resident Evil n’ayant presque aucun rapport avec le célèbre jeu vidéo, également scénariste de sa suite encore plus nonsensique, on le connaît aussi pour avoir fait un Alien vs. Predator qui dénatura les deux grandes franchises au lieu de livrer un produit qui aurait pu être formidable. Dans un registre supérieur, il réalisa un Mortal Kombat très nanar mais hautement sympathique, ainsi que Event Horizon. Moins connu, c’est pourtant dans ce registre que ce situe ce Soldier, un agréable divertissement…

Le film se déroule dans une époque parallèle à la nôtre. En 1996 l’Armée recrute plusieurs nouveaux nés pour les soumettre à un système d’éducation visant à faire d’eux des soldats d’élite. Dès leur plus jeune âge, ils sont conditionnés pour être de parfaits robots. On leur apprend à ne parler que si un supérieur leur en donne l’ordre et à voir la violence et la mort comme quelque chose d’anodin. Les années passant, les enfants deviennent des hommes et ils participent à divers conflits, tuant sans sourciller, accomplissant leurs missions comme on l’attend d’eux… Dans une période entre deux guerres, un nouveau type de soldat fait son apparition. Génétiquement crées dans le but de devenir la nouvelle élite, ils sont la fierté de leur supérieur même s’ils n’ont encore jamais effectué de véritable mission. Lors de tests réalisés pour les comparer à l’ancienne garnison, ils se montrent effectivement compétent au point qu’un seul d’entre-eux réussi à se débarrasser de trois anciens soldats lors d’un combat, parmi lesquels Todd, le meilleur élément de cette unité désormais obsolète. Décrétant ces décès comme accidentel, l’Armée se débarrasse des corps en les abandonnant sur Arcadia 234, une planète-décharge. Mais Todd n’est pas mort et se réveil en ce lieu inhospitalier dans lequel il rencontre des colons abandonnés sur place suite au crash de leur vaisseau. Alors que le soldat est accepté au sein de la communauté malgré le danger qu’il représente, l’Armée décide d’effectuer une première mission de terrain pour leur nouveaux soldats, sur la planète même où se trouvent Todd et les colons…

Soldier est écrit par David Webb Peoples, entre autre scénariste de L’Armée des 12 Singes et de Blade Runner. A ce dernier film, il “emprunte” le même univers, Anderson allant jusqu’à qualifier Soldier de sidequel (terme comparable à séquelle ou préquelle mais pour une œuvre se déroulant en parallèle). Un argument plus marketing qu’autre chose évidemment, même si la présence du même scénariste vient faire coïncider quelques éléments. Le côté low-tech du design général, la carcasse d’un taxi volant repérable dans la décharge d’Arcadia, on y cite aussi la bataille de Tannhauser Gate (celle dont parle Roy Batty, joué par Rutger Hauer, à la fin de Blade Runner). Quant aux soldats génétiquement élaborés, ils ne sont pas sans renvoyer aux Replicants… Dire que Soldier est issu du même univers que Blade Runner n’est ainsi pas en mensonge en soi, mais il est clair que le film ne s’inscrit pas pour autant dans celui présenté par Ridley Scott.

En fait, si Blade Runner nous montrait comment des êtres artificiels tâchaient de devenir humain malgré leur nature, Soldier tend plus à raconter l’inverse, des êtres humains réduits à l’état de pantins au service de l’Armée. Certes le script du film n’est pas véritablement conçu pour jouer dans le subtile, mais il faut constater qu’au cours de la deuxième partie du film, le concept abordé est aussi intéressant que casse gueule.

Après sa déchéance, Todd atterrie par hasard dans une communauté de pacifistes. Son intrusion provoque évidemment des tensions , mais il est intégré à la société et apprends à travailler avec eux. Le problème est que Todd ne connaît pas la vie sociale et continue d’agir comme un soldat, ne parlant que très peu (ce point est souvent critiqué, mais on se souvient tous du nombre de répliques limité de Mel Gibson dans Mad Max 2, et de toute façon l’absence de communication et l’incompréhension sont les thèmes de cette partie du métrage) et restant très méfiant de cet environnement étranger. De même, des sentiments humains commencent à l’atteindre comme l’attirance physique pour une femme, ou un sentiment de protection envers un enfant.

Cette première partie se concentre alors sur les rapports entre Todd et les colons, et plus particulièrement le personnage de Sean Pertwee et sa famille, choisissant d’accueillir le soldat chez eux. Et ce qui aurait pu être débordant de guimauve et de bons sentiments exacerbés se laisse pourtant voir, n’ayant pour seul défaut que d’avoir un impact hautement prévisible à ce genre d’histoire, à savoir l’exclusion de Todd après un malentendu. A force de crainte envers ses capacités, son comportement est finalement jugé nuisible au mode de vie des colons et il se retrouve rejeté par ceux qui l’ont accueillie. Une manière d’humaniser encore plus le personnage en lui incluant la notion d’injustice et de tristesse.

Mais à ce point précis du scénario, on ne peut plus vraiment dire que l’histoire importe sérieusement. L’Armée arrive avec ses supers soldat, et il est évident que Todd va choisir de protéger les civiles, réintégrant leurs rangs après avoir fait ses preuves. Au passage on supprime même le personnage qui l’empêchait d’aller plus loin dans sa romance et dans son côté paternel. Pas de doute, le film fini bien et Todd gagne femme et enfant après les avoirs sauvés d’un grand danger. La base même de l’héroïsme, cliché par excellence du personnage déchu se cherchant une rédemption dans la voie du Bien.

Cela donne bien sûr matière à critiquer le film dans le mauvais sens du terme. L’histoire est archi-connue et ce n’est pas le cadre futuriste du film qui va rehausser l’intérêt. Alors ? Et bien on attend la bataille, l’inévitable conflit opposant l’ancien soldat aguerri aux nouvelles générations expérimentales. Et là, on est loin d’être déçus puisque Soldier déploie tout une énergie guerrière et sauvage qui lui confère une atmosphère hautement appréciable. Le côté “série B à petit budget” disparaît pour laisser place à un divertissement très prenant qui va jusqu’à prendre un aspect comic-book au détour de certains plans magnifiques qui profitent à fond du design du film. Jeu de traques à la Predator, fusillades énergiques et bien entendu empoignades musclées entre Todd et sa Némésis (qui l’avait mis au tapis au début du film), bref, le film ne fait plus dans la bluette et délaisse le côté “gentillet” mis en place jusqu’ici pour utiliser le moteur principal de son histoire: les soldats.

Soldier devient évidemment encore plus prenant lors de cette partie, faisant de l’entertainment 100% fun et décomplexé à la manière d’un Commando mais en moins stupide. Avec une mise en scène stylisée, un look sympathique et de l’action non-stop, ce dernier acte permet de bien situer le film: très réussi dans sa forme et non dans son fond. S’il n’y a rien en substance (en tout cas rien de nouveau), le film n’en demeure pas moins extrêmement efficace et plaisant.

S’il n’est pas l’un des meilleurs films de Kurt Russell, Soldier demeure un titre très sympathique de sa filmographie, qui se permet par ailleurs de faire un petit clin d’œil à quelques uns de ses meilleures rôles: lors de l’affichage des états de faits de Todd sur un ordinateur, on peut s’amuser à retrouver quelques décorations particulières comme la Cash Medal of Bravery (référence à son personnage de Gabriel Cash dans le très marrant Tango & Cash), le O’Neil Ring Award (le colonel O’Neil de Stargate) et surtout la MacReady Cross et le Pissken Patch (les personnages de MacReady et Snake Plissken, deux des meilleures rôles de Russell, bien entendu tirés des chef d’œuvres de John Carpenter The Thing et New York 1997).

On pourrait évidemment débattre sur les nombreux petits défauts du film, notamment un manque de développement des personnages ou encore l’étrange rupture de rythme entre les différentes parties du film, mais il faut reconnaître que Soldier est une très bonne surprise compte tenu de son budget et de son scénario bourré de cliché. Quant en plus on peut compter sur des acteurs aussi bon que Kurt Russell, Sean Pertwee ou encore cette bonne vieille tronche de Gary Busey (qui disparaît trop vite ! C’est ça LE vrai défaut du film !), on ne peut que se laisser aller à ce petit divertissement agréable et pas prise de tête pour un sou.

 

   

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