Monsters (3.17) – Leavings (1991)

ROAD TO HALLOWEEN V

 

 

Monsters

Leavings

(1991)

 

 

Il n’a l’air de rien avec son titre anecdotique et ses créateurs aux CV anémiques (le scénariste a écrit Freeway Maniac et le réalisateur a eu un petit rôle dans Doctor Who en 1966, à l’époque du premier Docteur), mais Leavings se trouve être sans conteste l’un des meilleurs épisodes de tout Monsters et Tales From the Darkside ! Un épisode au potentiel incroyable qui ferait un excellent film, proposant un mystère passionnant, une mise en scène parfois un peu plus artistique que d’habitude et une révélation finale vraiment surprenante. En plus de conjuguer une ambiance kafkaïenne et un humour tout droit sorti des EC Comics ! J’en fais trop ? Peut-être, mais force est de constater qu’avec seulement trois bouts de ficelles, le court métrage parvient à captiver son audience du début à la fin !
La première partie repose principalement sur le suspense et la lente progression de l’affaire: l’étrange découverte faite par deux flics qui ne savent pas trop s’ils doivent en parler à leurs supérieurs de peur de passer pour des dingues. Coincés dans la mystérieuse salle 113 avec le vieux clochard qu’ils ont ramassés, ils attendent avec angoisse l’arrivé d’un inspecteur qui va entendre ce qu’ils ont à raconter, croisant les doigts pour que leur carrière n’en prenne pas un coup…

 

 

Les agents Mancini et Parkhurst vont alors présenter à leur collègue un sans-abris victime d’un vol plutôt bizarre… celui de ses bras ! L’ayant déjà croisé la veille, ils assurent que celui-ci était un individu non handicapé, doté de ses deux membres supérieurs. Mais maintenant il se retrouve avec deux moignons sans cicatrices, la peau étant parfaitement lisse comme s’il était né ainsi. Le vieil homme avoue même ne ressentir aucune douleur, s’étant simplement réveillé de cette manière sans avoir le souvenir de quoique ce soit. Le fait est que le cas n’est pas isolé, et parmi les policiers circulent d’étranges rumeurs à propos de cas similaires où des SDF auraient “perdu” leur nez ou leurs oreilles du jour au lendemain, sans jamais porter la moindre trace de blessures.
Eux-même ont déjà croisé d’autres victimes comme ce musicien de rue, guitariste dont les doigts ont disparu pour le laisser que des mains semblables à des nageoires inutiles, ou ce pauvre type entrain d’essayer de hurler sans pouvoir émettre le moindre son: c’est tout l’intérieur de sa bouche qui s’est envolé, ne laissant qu’un trou vide à la place !

 

 

Leur histoire est entendue avec une perplexité apparente, mais bien vite l’inspecteur va les encourager à tout débaler et si Mancini comptait sur l’appuie de son partenaire pour confirmer ses dires, il va désormais vouloir faire machine arrière tant leur dernier point est encore plus fou. Mais Parkhurst s’emporte, trop obsédé par la folie de ces évènements, et va parler de leur rencontre avec un autre personnage effrayant. Un être difforme qui lui possède bien tous ses morceaux, mais lesquels ne vont cependant pas ensemble comme s’il avait été assemblés à partir de différents bouts. Un monstre boiteux se déplaçant avec difficulté du fait que ses jambes n’ont pas la même forme, et dont les épaules auraient une taille différente.
Le récit terminé, ils vont recevoir l’ordre d’attendre tandis que le vieillard est embarqué par l’inspecteur pour interrogation… sans échange de formulaires ni rien de ce qui doit être respecté d’ordinaire par la procédure réglementaire. A son retour, il leur demande de garder le secret sur la situation avant de leur faire signer un étrange document (titré Reg. 666 !) et leur donner l’autorisation de visiter la zone interdite qu’abrite la pièce où ils se trouvent. Un endroit protégé par une porte munie de nombreux verrous.

 

 

Leavings amorce alors un virage complet pour sombrer dans l’horreur de train fantôme. Car le commissariat cache une sorte de laboratoire secret évoquant l’antre de Frankenstein, plein de bocaux remplis de liquides étranges, de cerveaux, de mains coupées qui bougent encore et même d’une tête coupée de femme qui semble vouloir embrasser Mancini depuis son récipient ! L’inspecteur qui les accompagnent s’en amuse, précisant que la chose est bien vivante et ici depuis si longtemps qu’elle n’a sûrement pas revu un homme depuis des lustres, et qu’il ne faut donc pas lui en vouloir ! Et oui, les hautes autorités sont bien responsables de ces vols de morceaux humains et elles s’en servent pour fabriquer des êtres artificiels. Des patchworks composés avec ce qu’ils peuvent, les premiers modèles étant plutôt disgracieux et mal foutu.
Comme le monstre qu’ils rencontrent alors, mi-homme mi-femme et dont le visage est un puzzle constitué de quatre têtes différentes ! Une créature qui se révèle être un flic avec son propre uniforme et répondant au nom de S. Partz (parts – morceaux). Il apparait que le gouvernement s’amuse à fabriquer ses propres membres, et ils ne se sont d’ailleurs pas arrêté à la police puisque l’on évoque des personnes “bien plus importantes que de simples flics”.

 

 

Des réplicants produit par soucis d’obtenir un personnel loyal, pas encombré par une vie de famille… et qui surtout ne pose pas de questions comme Mancini et Parkhurst ! Véritable réussite, Leavings parvient amplement à combiner l’ambiance oppressante de la première partie aux délires façon Tales From the Crypt de la seconde, sans que l’un ne vienne amoindrir l’impact de l’autre. Le point de départ se montre étouffant entre la paranoïa des deux héros et la sensation de claustrophobie qui se dégage de la petite pièce mal éclairée où ils attendent (ce beau plan d’ouverture filmé depuis le plafond).
On fini par s’y sentir mal à l’aise avec l’histoire folle de ces corps dérobés, cette idée de conspiration avec la hiérarchie que l’on ne voit jamais et l’attitude de l’inspecteur, parfois naturelle et parfois suspecte. On ne peut que se demander ce qu’il a fait du clochard retrouvé et ce que sont exactement les contrats qu’il fait signer aux policiers avant de les jeter dans la gueule du loup. La suite, plus routinière dans sa représentation de l’épouvante, n’en reste pas moins intéressante car on se retrouve au même niveaux que les protagonistes qui ne réalisent la vérité qu’au dernier moment. L’épisode devient volontiers plus comique tout en gardant un semblant de suspense quant au sort qui leur est réservé.

 

 

Et puis il y a le monstre bien sûr, visuellement saisissant grâce aux nombreux détails qui le composent. Torse nu, il révèle une poitrine masculine et féminine, avec un sein nu qui a miraculeusement échappé aux censeurs. Il dissèque une tête coupée tout en fumant une clope avant d’enfiler une chemise aussitôt qu’il reçoit de la visite. Et il montre même qu’il sait se servir de son arme de service, donnant un côté plus moderne à l’imagerie traditionnelle du Monstre de Frankenstein qui se sert généralement de ses mains ou d’objets simples pour attaquer. Diffusé en 1991, Leavings fait en quelque sorte le pont ultime entre Creepshow et ses horreurs en latex cartoonesques, et Les Contes de la Crypte de HBO plus réalistes dans leurs traitements des effets spéciaux.
Je tiens d’ailleurs à mentionner cette idée géniale qui est de doter Partz d’un bras très fin, greffé à une épaule beaucoup plus épaisse, les diamètres des deux ne concordant pas ! Forcément, face à lui, les acteurs pourraient paraître insignifiant mais c’est totalement faut. Le trio est excellent et toute la première partie repose sur leurs talents: ils racontent ce qu’ils ont vu dans les rues sans que le budget ne permette le moindre flashback, mais parviennent malgré tout à rendre cela très inquiétant.

 

 

On terminera en mentionnant le fait que Mancini est interprété par le célèbre Tony Shalhoub, surtout connu pour son rôle dans Monk, et déjà vu dans 13 Fantômes et Galaxy Quest. Son supérieur hiérarchique fera quant à lui plaisir aux vieux fans de James Bond puisqu’il s’agit de Clifton James, qui fut le Sherif Pepper dans Vivre et Laisser Mourir et L’Homme au Pistolet d’Or, personnage de gros nigaud apparaissant aussi – mais secrètement – dans Superman II, bien avant l’époque des crossovers inter-compagnies. Quel dommage que les carrières du scénariste et du réalisateur n’ont elles jamais suivies après cela !

 

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