Shin Godzilla & Shin Era

Petits changements au sein de Mental Hurlant puisque l’expérience a fini par muter de façon inattendue. En effet l’idée était à l’origine de concevoir de “petits” textes courts, vite fait, n’explorant jamais en profondeur leurs sujets. Une sorte d’avis écrit en vitesse au jour le jour, sans s’embêter avec des recherches ou des analyses. Si les deux ou trois premiers articles abondaient dans ce sens, les suivants sont vite devenus des chroniques ordinaires. Peut-être pas aussi poussées que les vraies mais progressivement au moins aussi longue. Du coup impossible de vraiment tenir un rythme quotidien (et pourtant j’ai essayé !).

Je relance donc le concept mais sans nécessairement me limiter aux critiques de films. Puisque le thème est grossièrement ma réaction à chaud, sans véritable réflexion derrière, autant en profiter pour balancer sur un peu tout et n’importe quoi, d’une œuvre à un support, en passant par des objets, des images ou des informations. Comme mes impressions sur la tronche du nouveau Godzilla par exemple ! Après plus de dix ans, le vrai Lézard Atomique revient, un peu en retard sur son anniversaire, et on peut dire qu’il s’est fait désirer. Certes on avait été prévenu dès 2004, Final Wars ayant été annoncé comme une sorte d’au revoir aux fans avant une pause de durée indéterminée, la Toho souhaitant préserver sa créature et ne plus lasser le public par des apparitions trop régulières, mais quand même.
Nombreux sont ceux qui patientèrent pour en retour en forme du Roi des Monstres, dépités par l’allure totalement branque du dernier opus, ou au contraire gonflé à bloc par la réunion incroyable qu’il offrait en terme de créatures. Quelques petites choses firent effet de substitut pendant un moment, comme les généralement très bons comics d’IDW Publishing, le second remake américain ou le jeu vidéo hélas très mauvais, sorti récemment sur les consoles Next Gen.

 

 

Pourtant ça y est, le successeur de la Millenium Era vient de se dévoiler, et depuis ces dernière 48 heures les fans n’en finissent plus de discuter et théoriser sur l’apparence du nouveau Godzilla. Laissons donc derrière nous le public lambda qui croira certainement avoir à faire à la suite du récent remake, pauvres hères, et intéressons nous à ce “Shin Godzilla” qui effectivement change la donne comme jamais et s’éloigne considérablement du Fatzilla américain.
De corps il semble toujours le même, avec la même stature, le même physique, la même épine dorsale. Ce n’est pas un relooking total et tous les plans éloignés montrent qu’il s’agit bien du daikaijū que l’on connait. Toutefois divers éléments viennent fortement chambouler l’aspect général de cette incarnation, à commencer par sa queue d’une taille démesurée qui va même jusqu’à le dépasser ! Un choix qui doit surtout servir à une chose: les dommages collatéraux. On peut déjà imaginer le membre titanesque s’abattre sur des centaines de building lorsque Godzilla se tourne dans un sens ou dans un autre, sans même le vouloir. Étant donné que la promo du film insiste sur le mélange des effets spéciaux à l’ancienne et de CGI modernes, je visualise sans problèmes de nombreux plans digitaux de cet appendice fouettant l’air ici et là, pulvérisant tout sur son passage. De quoi animer un peu plus le monstre dans son ensemble et lui éviter un côté “caoutchouc” flasque j’imagine.

 

 

rouges sur le corps et un visage difforme, fondu, avec notamment avec les yeux qui ressemblent plus à des globes oculaires posés à même la tête, comme si les orbites n’existaient plus. Cela lui donne une allure terrifiante, cruelle, qui n’est pas sans évoquer un véritable monstre. Un côté presque “Freddy Krueger” qui serait volontaire, puisque le scénario semble partir du principe que ce Godzilla est en fait… un grand brûlé !
Ce n’est pas encore confirmé pour l’instant, mais l’une des explications est qu’il s’agit en réalité du même Godzilla que le film original de 1954. Bien que les dernières images nous le montre réduit à l’état de squelette, grâce à l’Oxygen Destroyer du Dr. Serizawa, Godzilla Resurgence montrerait que celui-ci à en réalité survécu et en porterait toujours les cicatrices, même soixante ans plus tard, ne parvenant pas à se régénérer pleinement. Cela expliquerait la présence de certains détails comme le squelette de baleine soudée au bout de sa queue (présence confirmée sur un jouet promo) et les zones brûlantes prouvant une instabilité nucléaire (hommage évident à Godzilla vs. Destoroyah, où le Lézard apparaissait mourant et surchauffant comme un réacteur endommagé, menaçant d’emporter le monde avec lui dans une titanesque explosion).
D’autres sources parlent toutefois d’une sorte de mutation qui l’amènerait à se transformer et à obtenir une nouvelle forme, ce qui passerait sûrement mal avec les fans hardcore mais serait très osé. Imaginons même, l’espace d’un instant, que Godzilla devienne un autre kaijū à travers cette corruption organique, comme par exemple King Ghidorah, son adversaire de toujours et symbole récurrent du Mal absolu dans la franchise !

 

 

Il y a de toute façon quelque chose de très particulier qui va émerger de cette nouvelle mouture. Rien que la façon dont le film est annoncé prouve que l’on aura sans doute quelque chose de plus complexe que l’habituel kaijū eiga. Ainsi le slogan du film, difficile à décrypter, annonce la chose suivante: Reality (Japan) vs. Figment (Godzilla). Réalité contre Imagination ? Réalisme contre Fiction ?
Impossible de dire de quoi il en retourne, mais l’intrusion d’un concept métaphysique ne serait pas étonnant étant donné que l’un des réalisateurs se trouve être Hideaki Anno, créateur de l’anime Evangelion, qui fut une petite révolution en soi. Ceux qui se souviennent de la perturbante fin de la série originale (j’avoue ne pas du tout avoir testé Rebuild) sauront qu’on peut s’attendre à tout, et je veux dire à TOUT, de la part de cet artiste.
Pour le moment la bande-annonce ne laisse rien transparaitre de tout cela et présente une approche semblable au film de Gareth Edwards. Les images se concentrent sur les forces armées et les scientifiques (Romero va adorer) et Godzilla ne bouge pas, sa simple présence et laideur suffisant à prouver la menace qu’il représente. Difficile de savoir si le produit final sera différent ou si Godzilla Resurgence sera juste chiant, mais il y a fort à parier que le résultat sera de toute façon plus intéressant que celui de son homologue occidental. J’apprécie d’ailleurs la volonté de ridiculiser l’idée que les américains avaient eu en surgonflant la taille de leur monstre géant, le rendant plus grand et plus fort que le japonais comme pour s’imposer par rapport à eux. Shin Godzilla le dépasse désormais d’une bonne tête et c’est bien fait. De toute façon dans un kaijū eiga ce n’est pas juste la taille qui compte, contrairement à ce que l’on croit, mais la façon de filmer.

 

 

Gareth Edwards et Guillermo Del Toro avec son Pacific Rim s’en sont mordus les doigts, montrant platement leurs bestioles et les associant à la shaky cam, la nuit, la pluie, le brouillard et des plans américains neutres. Chez les américains, quoiqu’il arrive, même s’il fait plus de 100m de haut, on ne voit jamais clairement le monstre, puis la notion de gigantisme est nullifié par la mise en scène. Au Japon, au contraire, on préfère les plans larges, statiques, avec une très bonne visibilité de la dominance du kaijū . Et c’est pour ça que Godzilla Resurgence va aisément enterrer les productions Legendary. Ça et le fait que l’autre réalisateur, c’est Shinji Higuchi, responsable des effets spéciaux qui a notamment travaillé sur Gamera durant sa merveilleuse Heisei Era (la meilleure) et dont le talent et l’expérience va facilement faire la nique aux studios hollywoodien. Qui plus est, le duo Anno / Higuchi a déjà œuvré dans le genre avec l’étrange court-métrage Giant God Warrior Appears in Tokyo, en 2012. Une collaboration qui leur aura sûrement permis de savoir comment gérer leur créativité pour donner le meilleur, et cela malgré des limitations évidentes.
Autant dire que je ne me fais pas de soucis et que la surprise qu’est ce Shin Godzilla (pour info, “Shin” est utilisé ici car il peut aussi bien être traduit par “nouveau”, “vrai” ou “dieu”, ce qui s’applique parfaitement à cette nouvelle version) m’apparait plutôt engageante et revitalisante. La Toho ayant clairement affirmée son désire de “rebooter” la franchise, cela signifie que nous attaquons bel et bien une quatrième série pour Godzilla et ses compagnons (la “Shin Era”, à défaut d’un autre nom, car ça sonne mieux que “reboot”) et j’espère que celle-ci sera fructueuse. Même Gamera s’y met, avec un nouveau film qui marquera son anniversaire à lui ! Un merdier d’après la bande-annonce, avec un abus de CGI franchement déplorable, mais aussi quelques images fulgurantes (les Gyaos cramant progressivement sous le jet de feu de la tortue, les bulles-désintégrantes d’un autre monstre, hommage évident aux délires des Seventies de l’Ère Showa) signe indéniable que les monstres géants japonais sont bel et bien de retour.

Après avoir bouffé autant du kaijū US tout fadasse, ça ne pourra faire que du bien.

 

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