Slugs (1982)

Shaun Hutson

La Mort Visqueuse

Slugs

(1982)

 

Grand écrivain de livres horrifiques et gore, Shaun Hutson a pondu de nombreux romans sous une dizaine de pseudonymes (Nick Blake et Robert Neville (!) pour les plus connus) et possède une grande réputation qui lui a valu d’être surnommé le Parrain du Gore, ou le Shakespeare du Gore. L’écrivain se montre très grand fan de football mais aussi (et surtout) de hard rock, un genre musical qui n’est pas sans faire écho à son style de prédilection et qui s’accorde d’ailleurs parfaitement a la lecture de ses écrits, bien souvent dans la veine des EC Comics (Tales From the Crypt pour les plus célèbres) et leur contes horrifiques outranciers mais absolument fun. Avec Slugs, version trash des Rats de James Herbert, il signe ici son premier roman.

La petite ville anglaise de Merton subit la progressive invasion d’une étrange race de limaces carnivores extrêmement voraces. Mike Brady, qui travail au service de l’hygiène, découvre petit à petit l’horrible vérité tandis que les morts se succèdent autour de lui et que les limaces se font de plus en plus nombreuses… Un postulat extrêmement simple et prétexte à une accumulation de séquences bien crados, de l’horreur basique fonctionnant sur la répulsion naturelle de la plupart des gens pour les petites bêtes gluantes et l’idée d’insalubrité qu’elles entraînent. Simpliste et peu subtile. Efficace ? Oui car Hutson se lâche complètement et livre exactement ce à quoi on peut s’attendre avec une histoire pareille !

Véritable apôtre du mauvais goût, l’auteur parsème son récit de meurtres certes épisodiques mais très complaisamment écrit. Aucun détail n’est épargné lorsque les limaces passent à l’attaque et c’est un véritable festival de répugnances: un jardinier, se retrouvant la main piégée dans un gant où se sont cachées quelques limaces, tente de se la couper à l’aide d’un sécateur avant de supplier sa femme de l’aider avec la truelle, un couple se fait attaquer en plein coït, une limace venant remplacer le pénis de l’homme pour mieux dévorer sa partenaire de l’intérieur ! Un autre va subir à peu près le même sort lorsque les créatures vont s’infiltrer en lui par son anus. Sans parler de certains parasites sanguins propres à la limaces, très actifs dans le corps d’un malheureux qui aura ingurgité par mégarde un morceau de gastéropode, et entraînant une poussée de kystes dans le cerveau avant de se trouver une sortie par le nez et les yeux de leur hôte !

 

       

 

Du lourd, très graphique et ultra vomitif, mais bien narré. L’auteur va ainsi décrire différemment la mise à mort d’un gardien de cimetière et d’une petite fille: le premier, pilleur de tombe à ses heures perdues, voit ses jambes être dévorées alors qu’il est coincé au fond d’une tombe et qu’il tente vainement de remonter, Hutson concluant par un petit “C’est haut, deux mètres” des plus hilarant. A l’inverse toute la tension dramatique lors du meurtre de la petite fille empoisonnée sous les yeux de sa mère est parfaitement établie. Deux façons de faire très différentes mais qui montre tout de même que tout aussi déjanté que soit l’écrivain, il sait quand même très bien y faire et ne donne pas l’impression d’être un simple tâcheron qui tente de recopier les œuvres les plus délirantes de James Herbert ou Stephen King.

 

 

De James Herbert d’ailleurs, impossible de ne pas penser à sa fameuse trilogie des Rats (ou à Fog qui suit une construction semblable) en lisant Slugs. Hutson en reprend toute la trame et la structure: l’invasion de créatures plus grosses et voraces que la normale et porteuses d’un virus hautement toxique et attaques sanglantes… De la même manière dont Herbert donnait un physique très particulier à ses rongeurs pour les rendre plus menaçant, Hutson n’hésite pas à transformer radicalement ses bestioles pour nous faire oublier le côté franchement ridicule de la menace (une limace c’est lent et petit), multipliant leur taille, leur nombre et en les dotant de sécrétion suffisamment dangereuse pour empoisonner une fillette d’une dizaine d’années. Elles sont grosses, noires et carnivores, avec un appétit féroce puisqu’elles dévorent pratiquement n’importe quoi. Le livre peut donc être perçu comme une variation plus gore et trash des Rats, un peu à la manière de certaines séries B.

Passé les séquences grand-guignolesques il ne faut cependant pas trop s’attendre à un récit particulièrement prenant. Nous suivons Mike Brady qui tente de faire quelque chose pour enrayer l’invasion (mais sans vraiment savoir quoi) et on attend tout bêtement la prochaine attaque. Slugs devient comparable aux œuvrettes érotiques type Harlequin où l’on est tenté de sauter les scènes de blabla pour accéder directement aux passages plus pimentés. Heureusement il faut compter sur l’auteur pour nous amuser et il ne faut pas s’étonner de le voir placer ici et là quelques phrases franchement savoureuses (“Le parquet était aussi lisse et brillant qu’un crâne de politicien la veille des élections.”) quand il ne se livre pas à la private joke lorsqu’un conservateur de musée se trouve être un adolescent vêtu d’un T-shirt Iron Maiden !

On constate également qu’il n’y a pas de textes servant à faire du “remplissage” Hutson esquivant les personnages secondaires qui auraient pu rallonger l’intrigue et ne dévoilant jamais l’origine de la mutation de ses limaces (tout au plus peut-on croire qu’elle est issue d’un stock de viande dont se nourrissent les bébêtes depuis plusieurs mois à l’insu de tous, mais cela reste très vague). A noter que ce fait est peut-être à imputer à l’édition française de Fleuve Noir qui publia le livre chez sa collection Gore, amputant très certainement le texte pour le faire correspondre à son petit format (pratique courante pour les textes étrangers paraissant dans cette sélection).

Très loin d’être une grande œuvre littéraire, Slugs est surtout un petit plaisir coupable, assumé ou non, auquel on succombe aussitôt qu’il nous atterrit dans les mains. Un plaisir qui sembla satisfaire bon nombre de lecteurs car le livre devint un best-seller qui entraîna même une adaptation cinématographique. Pas insensible à ce petit succès, Hutson n’hésita pas a retrouver ses limaces quelques temps plus tard pour une séquelle: Breeding Ground (chez nous, La Mort Visqueuse 2).

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