Night of the Living Dead: Prelude (1991)

 

Night of the Living Dead: Prelude

(1991)

 

La compagnie de comics FantaCo Enterprises est notoirement reconnue dans le genre horrifique pour sa série anthologique Gore Shriek dont l’éditeur était Stephen R. Bissette, comparse de Alan Moore sur Swamp Thing. Alors que Tom Savini réalise le remake de La Nuit des Morts-Vivants (dont le but avoué était de réattribuer les droits de l’œuvre à George A. Romero), FantaCo lance une adaptation de ce grand classique. Bissette ne participe pas, quittant la firme suite à une dispute sur le sujet. C’est Thomas Skulan, fondateur de la compagnie, qui occupe le poste de scénariste tandis que l’illustrateur Carlos Kastro offre au titre des graphismes sombres et torturés.

 

 

En plus de reprendre l’histoire du film, le duo invente de toute pièce un avant et un après qu’ils vont publier dans deux one-shots, respectivement titrés Prelude et Aftermath. Le premier nous montre quelques scènes évoquées en paroles par des protagonistes du long métrage tandis que le second forme un conclusion générale de l’intrigue, pour mieux rebondir vers une nouvelle histoire (Night of the Living Dead: London, écrit par Clive Barker !). Une dérivation qui ressemble beaucoup au travail de John Russo, coscénariste du film original qui a depuis tenté de capitaliser en imaginant ses propres suites. Et si ce dernier n’est pas officiellement impliqué dans le projet, on peut retrouver son nom à la section remerciement de l’adaptation (“for taking care of the detail work”).

 

 

Night of the Living Dead papier prenant la forme d’une mini-série en 4 parties, ce prélude fait office de #0 et n’a par conséquent pas grand chose a offrir. Reprendre les backstories des différents évènements et personnages pour les présenter en prologue étaient une bonne idée, hélas Tom Skulan élude les plus intéressantes d’entre-elles ! L’histoire de Ben, avec son arrêt au restaurant et l’impressionnant crash de camion, passe complètement à la trappe, de même que la mise en place de la milice anti-zombies conduite par le shérif McClelland suite à l’invasion du comté. Même la communauté scientifique est vite évincée de l’histoire passé les premières pages.

 

 

Celles-ci nous montre le retour de la sonde spatiale après sa mission sur Vénus. La NASA préfère détruire l’appareil en raison d’un fort taux de radiation qui en émane, mais l’hésitation d’un technicien retarde l’explosion qui s’effectue alors dans l’atmosphère. Voilà donc l’explication de la résurrection des morts, information vaguement évoquée par la radio dans le film. Les désastreuses conséquences nous sont immédiatement dévoilées avec une première attaque, le récit faisant probablement un léger bond en avant dans le temps et ignorant malheureusement la réanimation des morts-vivants.

 

 

L’horreur de la situation est très bien rendue, de l’intrusion des zombies au sein d’une petite maison isolée à la mise à mort brutal de ses habitants, les enfants se faisant dévorer par leurs propres parents. En revanche on peut questionner l’utilité d’une telle scène dans un prologue censé dévoiler les scènes-clefs antérieur au film, forcément plus intéressantes. De plus l’agressivité des morts-vivants est représentée encore une fois dans la scène suivante, d’où un sentiment de superflu chagrinant.

 

 

L’histoire reprend ensuite deux jours plus tard, quelques instants avant le début de La Nuit des Morts-Vivants, et nous découvrons enfin les propriétaire de la célèbre maison assiégés. Souvenez-vous dans le film de ce cadavre dévoré retrouvé à l’étage, près des escaliers. Il s’agit du triste sort d’une épouse qui, manquant de tomber dans les escaliers, bouscule son mari qui fait la chute mortelle à sa place. Tué sur le coup, il se relève immédiatement pour s’en prendre à elle alors que ses jambes ne la soutiennent plus.

 

 

Tom Skulan en profite pour donner ici les origines du premier zombie apparaissant dans le film (joué par Bill Heintzman) puisque le mort-vivant quitte la ferme pour s’en aller vers le cimetière où l’on peut apercevoir Barbara et son frère. Une trouvaille toujours plus sympathique que celle de John Russo dans sa version 30th Anniversary Edition, qui en faisait un tueur en série fraîchement exécuté et sur le point d’être inhumé.

 

 

Après un court interlude montrant Judy et Tom, le couple d’adolescents, écouter la radio à propos des vagues de crimes dans les environs et trouver refuge dans la cave de la maison, nous retrouvons la famille Cooper en pleine dispute pour un passage mettant en scène leur attaque et la blessure de leur petite fille. Le comportement irascible et détestable de M. Cooper est parfaitement représenté (il n’hésite pas à traiter sa femme de salope parce qu’il ne trouve pas sa route !) et nous sommes enfin témoin du danger que représente un large groupe de morts-vivants.

 

 

Alors que M. Cooper se rend à un restaurant pour demander son chemin, découvrant un établissement déserté (peut-être celui où se trouvait Ben ?), sa femme et sa fille se font encercler par plusieurs zombies qui retournent le véhicule et parviennent à briser les fenêtres, mordant la petite Karen au bras. Le couple prend la fuite avec l’enfant, rejoignant naturellement la ferme où ils vont se croire à l’abri. Ainsi se conclut ce prélude à La Nuit des Morts-Vivants, tout prêt à se poursuivre dans la mini-série principale. Dommage que cette dernière scène se finisse aussi abruptement, sans prévenir le lecteur avec des mots comme “fin” ou “to be continued” et donnant l’étrange impression qu’il manque une dernière page quelque part…

 

 

En conclusion, ce Prelude est un très bon one-shot suivant correctement le film de George A. Romero et s’intégrant parfaitement à son univers. On évite ici l’effet “monstre de Frankenstein” que peuvent donner les mauvais rajouts comme ceux de John Russo par exemple, et le tout est magnifiquement illustré par Carlos Kastro qui donne aux zombies une allure cauchemardesque. Tout au plus peut-on déplorer les quelques manques comme l’histoire de Ben ou l’étude de la situation par les scientifiques et les autorités, qui auraient pu être intéressants à suivre. Du bon travail qui promet une adaptation soignée de ce grand classique de l’horreur.

 

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