Wham-Bos – The NeverEnding Story II (1990)

Lost (and found) in the 5th Dimension

Épisode 8

 

WHAM-BOS

The NeverEnding Story II: The Next Chapter (1990)

 

That’s when I’ll bring order to the chaos they call Dreams and Stories.

 

 

L’Histoire Sans Fin est probablement l’un des meilleurs films de Fantasy jamais réalisé. Et tant pis si l’auteur du livre original, Michael Ende, l’a profondément détesté. Son roman est merveilleux et, effectivement, l’adaptation ne couvre qu’une infirme portion de ce qu’il a écrit, mais il faut comprendre que l’écrivain en attendait sans doute un peu trop. Le mec voulait même Akira Kurosawa comme metteur en scène ! Du coup pas surprenant qu’il ait été enragé par un film qui s’inspire de son œuvre, la modifie drastiquement et transforme une simple partie d’un long récit en une histoire contenue. Ce genre de réaction est d’ailleurs plutôt commun et l’exemple le plus célèbre reste celui de Stephen King et du Shining de Kubrick.
En fait je pense que Ende, comme tous les auteurs se retrouvant dans son cas, n’a pas eu assez de recule pour comprendre que le film est une adaptation du livre, et pas une parfaite retranscription. Qui plus est, et malgré ses petits moyens, le résultat se montre en essence plutôt fidèle au thème principal de sa version papier: une ode à l’imagination, un encouragement à la lecture et un bel hommage aux rêves et aux histoires. Jamais film de Fantasy pour la Jeunesse n’a réussi ce tour de force, certainement pas les Harry Potter et ses multiples ersatz, et pas même L’Histoire Sans Fin elle-même qui, succès oblige, est devenu une franchise.

 

 

Et Si Ende n’a pas supporté l’original, bloquant la possibilité d’une suite pendant six ans pour cause de poursuite judiciaire (!), nul doute qu’il a dû faire un ulcère en regardant L’Histoire Sans Fin II et surtout III, qui sont pleinement mauvais. Le dernier opus particulièrement, tellement cheap et sans idée qu’il s’éloigne du concept de base (Fantasia, le monde imaginaire) et modifia le design général de la série en changeant de studios d’effets spéciaux pour des raisons de budgets. Le film est nul mais en plus il est moche, et les personnages familiers du public sont à peine reconnaissable.
Le second volet, réalisé par un George Miller qui n’est pas celui de Mad Max, s’en sort un poil mieux à première vue. L’argent est là pour assurer un minimum de décors, costumes, marionnettes et matte painting dans la droite lignée du précédent ; les responsables ont même fait un certains effort pour retrouver des lieux de tournages ou des accessoires du premier volet pour faire la liaison (la maison de Bastien est la même) et le seul “problème” notable est le changement des acteurs qui était de toute façon inévitable après de nombreuses années d’attente.
Et pourtant il suffit de voir le film pour se rendre compte que les scénaristes n’ont rien compris a ce qu’ils portaient à l’écran. Il y aurait presque un gag à faire du fait qu’il s’agisse cette fois d’un film américain, et non plus allemand, mais le fait est que L’Histoire Sans Fin II est exactement ce que l’on s’imaginerait, en plaisantant, en pensant à une version Hollywoodienne du premier.

 

 

C’est bête, mal joué, sans profondeur ni subtilité, ça reprend des scènes réussies du premier film pour l’imiter et, a contrario, tout ce qui est inventé ici ne fonctionne pas. Le nouvel antagoniste, The Emptiness, n’est qu’une variation du Nothing, Bastien n’est plus un petit garçon solitaire et perturbé mais un gamin jovial, impatient et sans aucune imagination (!). Sa relation avec Koreander, le vieux vendeur de livre, semble copiée sur celle de Daniel et Miyagi dans Karate Kid alors qu’ils ne sont rien censé avoir partagé si ce n’est la lecture du même bouquin. La méchante sorcière du film se situe quelque part entre celle de Supergirl et celle de Red Sonja, et certains personnages comme Tri Face semblent plus provenir d’un épisode de Power Rangers que de Fantasia…
Mais le pire reste l’incompréhension totale des responsables vis-a-vis de l’univers, qui est censé se dérouler dans la tête du héros, un rêveur qui manque d’assurance. Certes il semblait y avoir un peu de magie dans l’intrigue, notamment sur la fin lorsque l’Impératrice communiquait directement avec lui, mais l’idée était juste de montrer que sa lecture de L’Histoire Sans Fin résonnait avec ses problèmes et lui permettait de se remettre en question à travers cette aventure fabuleuse. Ici le bouquin est clairement magique, l’Impératrice peut communiquer télépathiquement avec Bastien du moment qu’il se tient à proximité de l’ouvrage, et le jeune héros peut “plonger” corps et âme dans le monde fictif comme un voyageur interdimensionnel.

 

 

Peut-être que quelqu’un aurait dû dire a la scénariste que la dernière scène du premier opus, montrant le petit garçon chevaucher Falkor pour partir à l’assaut des sales mômes qui l’embêtaient, n’était pas à prendre au pied de la lettre. C’était une métaphore, un symbole, montrant que Bastien avait fini par aller de l’avant. Ici nous sommes dans l’habituel cliché de l’Élu qui se retrouve en mission pour protéger un quelconque royaume magique et toute l’originalité de l’œuvre se retrouve jetée dans les toilettes. Reste quelques idées comme la corruption progressive du héros et la capacité de celui-ci de maitriser le monde de Fantasia à sa guise (via un système de vœux qui est employé sans aucune logique), effectivement tirés du roman mais de façon grossière et brouillonne.
Il suffit de voir le tout premier lieu imaginaire visité dans le film: Silver City, une ville-bateau naviguant sur une mer d’acide qui est représenté par une reproduction en carton-pâte de Venise, avec une palette de couleur limitée et quelques figurants en masques de carnaval. Comparé à l’original qui s’ouvrait sur les cours de la Tour d’Ivoire, garni de créatures inhumaines (pensez Cabal de Clive Barker, mais pour gosses), et il semble clair que le département artistique de cette suite n’était pas vraiment créatif. Plutôt problématique lorsqu’on est en charge de L’Histoire Sans Fin, non ?
Et du coup il est plutôt difficile de relever les quelques bons morceaux de ce ratage. Rien n’étant vraiment comparable avec ce qui a été fait auparavant.

 

 

Nimble est intéressant, sorte d’homme-oiseau plutôt bluffant, même 28 ans plus tard. Un personnage qui se révèle plus complexe qu’il n’en a l’air puisque s’il commence du mauvais côté mais n’apparait jamais comme un antagoniste, et fini par rejoindre le camp de Bastien. Les Géants et leur design évoquant le scarabée est une bonne addition au bestiaire et font des monstres sympathiques qui marque la mémoire des plus jeunes spectateurs. Il y a aussi une forteresse noire en forme de grosse main, qui tire des rayons laser du bout de ses doigts, mais on se croirait plus dans Starcrash qu’autre chose.
Et puis, vers la 45ème minute du film, arrive une idée si étrange et délirante qu’elle laisse d’abord perplexe. En effet, tandis que le héros et ses compagnons cherchent à stopper les ravages de l’Emptiness, ils doivent pénétrer dans le domaine de la sorcière Xayide qui est bien gardé par des pièges et une armée de ces monstres-insectes évoqués plus haut. Atreyu arrive alors en déclarant avec convaincu quelques guerriers de les aider à prendre le château, mais il est seul et traine derrière lui deux gros sacs apparemment rempli. En les tapotant, cela provoque des remous accompagnés de petits bruits limite dégoûtant, comme si une abomination façon body horror se trouvait enfermé dedans ! Seulement voilà, le contenu n’est autre que de simples œufs de Pâques. De très gros et très colorés œufs de Pâques. Et ce n’est pas moi qui affabule puisque, lorsqu’ils éclosent, on peut voir la couleur chocolat à l’intérieur des coquilles !

 

 

A l’intérieur, un mini armée qui a sans doute fait très plaisir à Charles Band puisqu’il s’agit de petits jouets à remonter qui s’activent par eux-mêmes ! Minuscules et bigarrés, ces personnages forment une armée bien étrange et sans doute pas vraiment létale. La scène, surréaliste, montre ces surprises Kinder être propulsées par des réacteurs a feux d’artifices et charger les golems tout en sonnant l’assaut à l’aide de petites trompettes ! Et leurs adversaires de piétiner, confus et incapables de se baisser ou de donner des coups de pieds puisqu’ils sont constamment perchés en équilibre sur des pattes dotées de trois serres…
Au nombre d’une douzaine, ces petites créatures n’ont pour ainsi dire pas de noms. Oh Atreyu braille bien quelque chose lorsqu’il leur demande de s’activer, ce que les sous-titres affichent comme étant Wham-Bos, go !”, mais sa réplique est parasitée par une ambiance sonore qui rend ceci inaudible. Dans le doute, j’adopte quand même ce terme même s’il peut être totalement faux. Il est aussi intéressant de noter que, bien que provenant d’œufs, ces choses ne sont pas des nouveau-nés. Ils attendent simplement dans leur coquille et en émergent aussitôt qu’on leur ordonne. Le héros de L’Histoire Sans Fin a bien précisé qu’il les avait convaincu de venir avec lui (comment communiquent-ils ensemble, cela demeure un mystère) et qu’ils sont de véritables combattants.

 

 

Si leur apparition relève plus d’un gag qu’autre chose, la caméra s’attarde heureusement suffisamment sur eux pour qu’on puisse différencier plusieurs spécimens. L’un est un espèce d’éléphant bleu doté d’une carapace de tortue et d’une trompe qui s’évase comme un instrument de musique, un autre pédale sur un vélo-cornemuse en trainant une remorque remplie de tuyaux d’orgue.. Il y a une tête de taureau doté de corne recourbée, sans doute une référence au Minotaure, tandis qu’un cheval de Carrousel possède un char médiéval vert en lieu et place d’arrière-train….
Malheureusement il devient vite difficile de les détailler puisque la multiplication de pétards et de feux d’artifices amènent une fumée gênante qui s’épaissit de plus en plus. Et c’est l’idée, puisque cela permet de distraire les méchants Géants pour laisser Bastien infiltrer la forteresse. Le film ne montre pas grand chose de plus que les Wham-Bos sortir de leurs œufs de chocolat pour se faufiler entre leurs grosses pattes et on ne sait pas du tout ce qu’il advient d’eux par la suite. Lorsque leurs camarades ressortent, faisant Xayide prisonnière, ils ne sont pas visible et on peut supposer qu’ils sont soit rentré chez eux aussitôt leur bataille terminée, soit qu’ils ont tous été détruit hors champ et que ni Atreyu ni Bastien ne s’en inquiète. Et vu la qualité d’écriture de L’Histoire Sans Fin II, c’est totalement probable !

 

 

Pour conclure, je m’amuserai juste des autres critiques du film disponibles sur Internet – celle qui mentionne ces “Œuf Guerriers”. De l’avis de la plupart, ils sont un élément stupide du film puisque pas du tout crédible en tant qu’arme. Et là je me demande vraiment ce que ces personnes s’attendaient à trouver dans Fantasia. Des épées ? Des pistolets ? Nous sommes dans le pays de l’imaginaire où cohabitent des personnages fictifs et merveilleux. Pourquoi ce monde devrait se conformer à nos normes de violence et de combat ? Pourquoi les Wham-Bos, malgré leur apparence innocente, ne pourraient-ils pas être effectivement de redoutables machines de guerre ? Pour rappel, lorsque Atreyu débarque pour la première fois dans le film original, plusieurs personnages s’offusque de voir un petit garçon alors qu’ils ont fait appel à un grand guerrier. Et celui-ci de répondre calmement qu’il est un grand guerrier – ce qui est vrai.
Tout le concept de la série repose sur les rêves, les histoires, pas le réalisme. Invoquer une bande de chevaliers en armure étincelantes pour combattre les géants serait un manque flagrant d’inventivité. Comme Tim Burton qui n’avait rien comprit avec son Alice aux Pays des Merveilles, ne se souvenant pas qu’un monde de fiction et sans logique ne peut pas répondre à nos attentes. Pour eux, une armée ne doit pas ressembler à notre armée, cela doit être créatif, stupéfiant, inattendu et prendre des formes auxquelles on ne s’attend pas.

 

 

Comme lorsque débarquent les très drôles clowns tueurs de Killer Klowns From Outer Space. Tout d’abord ils paraissent stupides, n’ont ni armes ni défenses naturelles et semblent inoffensif. Puis ils déballent des pouvoirs et des gadgets fabuleux qui sont finalement bien plus mortels que n’importe quels canons, bombes, griffes ou crocs !
Enfin bref. Les Wham-Bos. C’est une idée stupide que j’ai bien aimé et qui aurait fait un bon film Moonbeam (la branche familiale de la Full Moon). C’est toujours ça de prit sur un film décevant. Quant à L’Histoire Sans Fin II, au moins ce n’est pas L’Histoire Sans Fin III

 

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