The Void (2016)

 

The Void

(2016)

 

 

Après quelques apparitions dans divers festivals fin 2016, The Void est enfin disponible et commence se propager sur la toile via les critiques. Et si sa réputation reste généralement celle d’un vrai bon film d’horreur, totalement premier degré et terrifiant, on commence déjà à voir les retours contraires fleurir, entre les ignorant total de l’univers de H.P. Lovecraft, visiblement incapable de concevoir la notion d’autres dimensions ou de suivre des intrigues censées chambouler la psyché humaine, les vieux de la vieille qui diront avoir déjà vu cela avant et en mieux, l’œuvre citant effectivement un grand nombre de références qui devraient toutes être connues du fan de John Carpenter ou Stuart Gordon, et par les anti Astron-6, qui n’ont jamais aimé leurs précédents films et qui ne voient donc pas trop pourquoi cela changerait. Quand bien même The Void est fondamentalement différent de ses prédécesseurs en ton comme en intentions.
La preuve, bien qu’ouvertement relayé par le site et la page Facebook de la compagnie, ce nouvel opus ne porte aucunement son nom, s’affranchissant de tout lien avec elle. Pas question cette fois de se réclamer de la série B rétro et décalée, du film Bis fantasmé et extravagant, contrairement à ses grands frères: l’idée derrière The Void est de faire du pur Lovecraft, de la terreur au premier degré, et sans aucune concession malgré les quelques clins d’œil qui apparaissent régulièrement. Mettre le film à côté de Manborg ou Father’s Day ne ferait que détruire ce concept. Pour autant, ce nouvel opus succède bien à The Editor, dernier né d’Astron-6 qui jouait avant tout sur les codes et clichés du Giallo.

 

 

La dernière partie déraillait alors complètement pour mieux rebondir sur un genre différent mais voisin, celui qui donne dans l’épouvante surnaturelle. Un hommage évident aux autres films d’horreur italiens, à commencer par la saga des Trois Mères de Dario Argento et celle des Portes de l’Enfer de Lucio Fulci. La conclusion amenait ainsi à l’existence de réalités superposées, de dimensions parallèles, et de la difficulté pour l’esprit humain à appréhender, comprendre et accepter cette notion. En gros, le tueur aux gants noirs cédait la place une sorcellerie dont les origines remontent à loin dans le temps et dans l’espace. Un thème que l’on associe bien généralement aux écrits de Lovecraft.
Et l’intrigue de The Void d’en constituer une version sérieuse, moins cartoonesque, moins délirante, mais en reprenant les mêmes idées. Le film s’ouvre sur un exécution, deux assaillants débarquant en pleine nuit dans une maison de campagne isolée, trainant un couple au-dehors afin de les exécuter. L’un s’échappe à travers la forêt tandis que l’autre victime est achevée par les assassins, lesquels la brûle vivante après lui avoir tiré dessus. Personne ne semble conscient que la scène a été observée par une figure énigmatique, vêtue d’une toge blanche dissimulant son visage et frappée d’un étrange symbole, un triangle noir…
Le fuyard est retrouvé par Daniel, un député du shérif qui se retrouve obligé de l’emmener à l’hôpital. Une situation compliqué puisque le centre le plus proche est un établissement en cours de déménagement, pratiquement désert, et que s’y trouve sa femme dont il est séparé depuis la mort de leur enfant.

 

 

Pas idéal, mais ils font avec et Daniel s’apprête à partir… jusqu’à ce qu’un patient soit massacré par une des infirmières, laquelle semble avoir totalement perdue la tête. Le député est contraint de d’abattre la femme dont il n’explique absolument pas le geste: il l’a connait depuis longtemps, qu’a t-il bien pu se passer subitement ? Mais alors que son supérieur rapplique, tout dégénère. L’hôpital semble assiégé par des hommes vêtu de blanc et portant l’insigne du triangle. Armés, ils attaquent quiconque essaye de partir. Au même moment les deux assassins finissent par débarquer, bien décidés à finir leur travail, et leur proie se protège derrière un otage. Mais surtout le corps de l’infirmière descendu se relève et passe par quelques changements, se transformant en un monstre grotesque fait de chair et de tentacules. La chose fait une apparition surprise, tue le shérif et va obliger tous les autres à s’unir pour comprendre ce qui se passe et fuir au plus vite…
Sauf qu’une patiente est enceinte cou, que l’unique médecin a été tué durant une altercation et que son corps disparait lui-aussi mystérieusement, tandis que certains hommes en blanc commencent à s’introduire dans l’enceinte du bâtiment !
En dire plus serait totalement gâcher la surprise qu’est The Void, qui fonctionne beaucoup mieux lorsqu’on s’y engage en n’en sachant rien. Pour autant sachez que le siège de l’hôpital commence dès la 20ème minute. Ça s’enchaine vite, très vite même, et il faut bien ça pour un film qui ne dure que 85 minutes.

 

 

Les réalisateurs ne nous font pas attendre et dégradent constamment la situation précaire dans laquelle se trouvent leurs personnages: les monstres, les maniaques de la gâchette, la secte meurtrière, la naissance d’un bébé qui ne s’annonce vraiment pas bonne, et puis aussi l’apparition d’un deuxième sous-sol qui n’était pas là quelques heures auparavant. Un souterrain qui semble cacher beaucoup de choses dans ses ténèbres, mais que Daniel va se retrouver obligé d’explorer malgré tout, emmenant quelques personnes avec lui tandis que les autres demeurent à l’étage, pas plus en sécurité.
Bref, les metteurs en scène privilégient ici le suspense, la tension et surtout le mystère. Car l’idée est de nous mettre dans le même draps que les protagonistes, totalement largués et devant pourtant plonger les mains dans la merde pour espérer s’en sortir, tandis que l’environnement lui-même semble étrangement transfiguré. Le ciel devient noir, des formes étranges apparaissent dans les nuages, les radios ne fonctionnent plus… Une voiture garé proche du parking est retrouvée bien plus loin, comme si elle s’était déplacée ou que le sol s’était étiré. Et puis il y a ces étranges visions que Daniel commence à avoir, prenant racine dans ses pires souvenirs (la mort de son fils) et affichant des silhouettes vaguement humaines et des paysages qui ne sont pas de notre monde.
Quiconque aura lu Lovecraft comprendra vite de quoi il en retourne, et en fait The Void n’apparait pas tellement différent d’une partie de jeu de rôles basé sur son univers. Quelque chose comme on le trouverait dans le célèbre L’Appel de Cthulhu par Chaosium / Jeux Descartes. L’adepte va très vite trouver ses marques et comprendre les évènements sans avoir besoin qu’on lui dise de quoi il en retourne ici et là.

 

 

Les autres ? A moins d’être réfractaire ou d’y mettre de la mauvaise volonté (ou d’être con), il n’y a aucune difficulté à comprendre ce qui se passe d’ici la fin du film. Seulement The Void ne fonctionne pas comme l’habituel produit Hollywoodien qui explique et simplifie toujours tout, et laisse ses visuels et ses dialogues un peu étranges fournir l’explication. Mais très sincèrement les enjeux sont finalement très simples, il n’y a là rien de nouveau, rien qui n’a déjà été fait auparavant, et il est principalement question d’une adaptation libre de L’Affaire Charles Dexter Ward. D’ailleurs ce texte avait déjà été adapté auparavant avec l’excellent The Resurrected de Dan O’Bannon, et les deux œuvres partagent des séquences forcément similaires (notamment dans la visite de l’antre secrète de l’antagoniste, où se cachent bon nombre d’expériences ratés mais toujours vivantes).
L’argument que The Void est un mauvais film parce qu’il n’explique rien est irrecevable même si beaucoup semble vouloir l’employer. D’ailleurs il suffit de citer l’extrême inverse, d’autres critiques dénigrant le film parce qu’il est beaucoup trop similaire à ce qui a déjà été fait sur le sujet ! Les réalisateurs ne s’en cachent pas, d’une part parce qu’il est sans doute difficile de traiter une telle histoire sans quelques redites, mais aussi parce que nous avons affaire aux gars d’Astron-6.

 

 

Manborg, Father’s Day, The Editor et leurs (géniaux) courts-métrages reposaient sur un mélange d’influences diverses. Bio-Cop n’est globalement qu’un mix de Dead Heat et de Street Trash, avec des morceaux de Maniac Cop dedans. Fireman est un Halloween pyromane qui pompe quelques autres Slashers d’époque. Ne parlons même pas de Lazer Ghosts 2 qui synthétise toutes les années 80/90. Bref, ces clins d’œil (volontaires) constant sont la preuve que The Void est bel et bien un film Astron-6 malgré les apparences.
Citons pêle-mêle l’hôpital assiégé à la manière d’Assaut, un leader de secte qui pourrait s’apparenter à Pinhead dans ses déclamations et son apparence mutilée, ou encore les métamorphoses de corps humains qui évoquent les abominations de The Thing. Quelques emprunts à L’Antre de la Folie (l’homme pourchassé par les monstres, qui tente de rejoindre sa propre réalité alors que tout se détériore autour de lui) et aux jeux Silent Hill qui partagent ce décor de centre hospitalier décrépit renfermant des monstres et cette corne de brume dont le son est de mauvais augure.
Les créatures errantes dans les catacombes sont évidement identiques à celles de The Resurrected, et puis il y a tout ce qui touche à l’autre dimension. Parfois lumineuse et totalement extraterrestre, comme dans Phantasm, ou prenant la forme d’une plaine grise battu par les vents, où échouent le couple de héros dans ce qui est évidement une reprise du final de L’Au-Delà. Même le triangle noir dans le ciel pourrait évoquer le Leviathan de Hellraiser II, dominant le Labyrinthe de sa lumière ténébreuse. Inutile de mentionner From Beyond, une évidence, mais Prince des Ténèbres et sa plongée de l’autre côté du miroir est également copié dans la conclusion.

 

 

L’impression de déjà vu est bien là, c’est indéniable, et si vous ne pouvez pas faire avec ce genre d’influences, vous êtes prévenus. Mais est-ce que cela vient vraiment descendre le film ? Certes il apparait comme beaucoup moins original, mais il ne l’est de toute façon pas pour celui qui connait un tant soit peu la source d’inspiration principale. Qui plus est toutes ces références n’ont aucune incidence sur le film en lui-même, qui ne déraille pas et conserve un sérieux mortuaire de bout en bout. Pas question de flatter le fan, de s’adresser à lui directement quitte à faire une pause dans l’intrigue ou de rompre la tension. D’ailleurs The Void n’est pas ouvertement connecté à la mythologie de Cthulhu et jamais ne sont mentionnés le Necronomicon, les Grands Anciens ou autres petites choses qui auraient vite pu plomber l’ambiance et faire tourner le tout au ridicule à force d’énonciations. Tout au plus peut-on apercevoir dans l’autre monde des pics rocheux qui évoquent les Montagnes de la Folie.
Qui plus est, rappelons que tous ces emprunts ne gêneront dans l’immédiat que ceux qui seront capable de les reconnaitre. De toute façon qui irait s’indigner de voir un monstre tentaculaire innommable prendre forme à l’ancienne, loin des images de synthèse sans âmes des standards Hollywoodien ? Certes l’utilisation de CGI existe ici aussi, notamment pour la représentation de la dimension extraterrestre, mais le reste est principalement conçu par des effets physiques, conférant au film une existence véritable, puisant sa force dans ses images monstrueuses.

 

 

L’infirmière-monstre paraît répulsive, dangereuse et sa stature impressionne. L’apparition de cette “mère”, engluée dans une toile de tentacules après une grossesse démoniaque, devient palpable et renforce le message affreux qu’elle renferme peut-être (un père soulagé en apprenant la mort de son fils ?). Et puis la renaissance d’une fillette, sous forme d’un immense démon quadrupède qui traine derrière lui le corps sans vie de sa génitrice, fait pour une menace réelle, surtout lorsqu’elle broie le crâne des disciples qui trainent sur son chemin.
En puisant à travers de vieux classiques et en les adaptant à ses propres thèmes (la peur de la mort, le deuil, mais surtout la perte de l’enfant, qui revient sans cesse – celui de Daniel, celui de l’antagoniste, celui d’un des vigilantes, sans parler de cet accouchement difficile), sans jamais se fourvoyer dans le second degré ou la facilité, The Void parvient finalement à se forger sa propre identité. Jusque dans sa conclusion avec un choix plutôt équilibré, là où les scénaristes hésitent souvent entre le happy end ou la fin apocalyptique.
Indépendamment du film en lui-même, voilà une énorme prouesse de la part du duo Jeremy Gillepsie (scénariste de Manborg et réalisateur sur Father’s Day) / Steven Kostanski (scénariste de Manborg, Father’s Day et de Bio-Cop, réalisateur sur ces mêmes titres), qui évoluent enfin pour de bon après tant d’années à jouer dans la cours de récré d’Astron-6. Mais cela montre également que leur bébé est bien plus qu’une simple reprise des classiques de John Carpenter et des clichés sur H.P. Lovecraft, tout en se montrant extrêmement respectueux de sa source d’inspiration. En tout cas plus approprié, en mon sens, que Guillermo Del Toro et ses Montagnes Hallucinées, qui avec Tom Cruise et tout Industrial Light & Magic derrière leurs ordinateurs auraient adapté du Lovecraft comme on fait du Harry Potter.

 

 

 

       

   

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