Community (2012)

 

Community

(2012)

 

 

Petit film de hicksploitation anecdotique, Community est l’œuvre d’un cinéaste encore mois remarquable, Jason Ford, dont il s’agit à ce jour du dernier projet. Un réalisateur à la carrière inexistante (un court et un long métrage seulement) qui était a l’origine un acteur dans de banales séries télé. Difficile de comprendre pourquoi il s’est senti le besoin de faire son propre film d’horreur et cela ne semble pas lui avoir porté chance, pour autant les intentions étaient louables. Car à une époque où les nombreux avatars du genre rivalisent de cruautés et d’effets gore hérités du torture porn pour accrocher le public, il préfère miser sur l’ambiance et présenter plutôt le mode de vie démentiel de ses cannibales que leurs méfaits à proprement parler. Et l’idée n’est même pas de faire dans l’atmosphérique, mais de présenter le triste reflet de la réalité des classes pauvres en Angleterre. Les cockneys, les marginaux, les cas sociaux vivant entassés dans des banlieues parfois presque en autarcie.

 

 

Ici ils sont même séparés de la grande ville par des kilomètres de champs, dans un petit bled si paumé qu’il est pratiquement une légende urbaine. Et l’histoire de débuter sur des interviews de citadins questionnés à propos de ce lieu dont ils ne se souviennent de l’existence qu’en raison d’un fait divers à moitié oublié. A la manière de la famille de Massacre à la Tronçonneuse, Community présente une population abandonnée par son pays et livrée à elle-même, où la quasi disparition de la “civilisation” a de désastreuses conséquences. Mais ici pas de catacombes remplies d’objets abandonnés ni de manoirs décorés d’ossements humains, plutôt une ZUP pas si éloignée des vraies, où il n’y aurait pas d’agents municipaux pour nettoyer les encombrants et les dégâts engendrés par la population. Les murs sont tagués ou brûlés, les fenêtres brisées et les cours servent de dépotoirs où s’entasse du mobilier cassé. Detroit n’est pas loin, même si l’ampleur est forcément limitée pour cause de budget et de proportion géographique.

 

 

Voilà qui est bien dommage d’ailleurs, tant le film n’exploite jamais la taille pourtant conséquente de son village. En l’état il se résume à trois pâtés de maisons, ce qui amoindri considérablement l’impact recherché même si l’on peut croire que quelque chose d’horrible se déroule sous cette fange humaine. On y croise des gamins qui semblent moins zoner que patrouiller, comme à la recherche de proies potentielles, tandis que les parents – bêtes, sales et vulgaires – sont du genre à fumer de l’herbe à longueur de temps lorsqu’ils ne se crêpent pas le chignon. Ils font des plaisanteries salaces, s’humilient, et s’ils éclatent parfois de rire ensemble, c’est pour mieux se battre la seconde d’après. Voilà qui fait froid dans le dos car ce portrait évoque plus le PMU du coin que les bouseux mutants qui hantent habituellement ce type de film. C’est là que la jeune et jolie Isabelle, étudiante en cinéma, décide de se rendre pour faire un reportage dans le cadre de ses études. Avec un copain en charge des prises de vue, elle embarque dans l’unique bus existant pour rejoindre la zone et va vite se rendre compte que quelque chose cloche…

 

 

Le résident qu’elle avait contacté a mystérieusement disparu tandis que les gosses du quartier évoquent l’existence d’une sévère Matriarche qui veille au grain. Dans la chambre du disparu, les traces apparentes d’un suicide et bien pire: l’homme aurait cédé à la folie et dévoré son propre chien avant de se donner la mort, de peur de céder à de nouvelles pulsions. Un groupe d’enfants prend des allures d’une petite meute de loups s’entrainant à chasser et à tuer, avec différents stages de progression en fonction de la taille des proies (écureuils, chats, vaches). Et une visite parentale montre une maman à la ramasse sous l’emprise d’une variété de cannabis hyper addictive qu’elle n’hésite pas à souffler à son marmot, afin de le calmer durant ses crises de colères quasi animales. Pour le caméraman il est grand temps de décamper et même de prévenir la police, mais Isabelle insiste pour découvrir où se cache cette herbe étrange. Il s’avère qu’elle est en fait là pour ça, piégée par un ex-petit ami dealer de drogue qui la force à en récupérer un plant pour lui.

 

 

Mais ils sont déjà prit au piège: le criminel qui la surveille est massacré tandis que la jeune fille et son compagnon découvre la vérité derrière le comportement des habitants de la communauté: ils fument des pétards contaminés, leur engrais étant formé à partir du sang et des os de leurs victimes, et le petit creux qu’ils ressentent après consommation ne peut alors être rassasié que par la consommation de viande humaine. Un concept franchement surprenant puisque totalement loufoque et très éloigné du parti pris du réalisateur. Ce qui en résulte n’est ni vraiment horrifique ni particulièrement sanglants malgré quelques bonnes idées ici et là: Community apparait surtout comme bancal, le cul coincé entre deux chaises, se voulant très sérieux malgré un point de départ qui semble plutôt convenir à la série des Evil Bong de la Full Moon. Au regard de ce qui arrive, il n’y avait même aucun besoin de cette sous-intrigue, l’idée de cette populace ayant régressé à l’état sauvage avec le temps se suffisant à lui-même.

 

 

Le plus intéressant reste sans doute le comportement des jeunes, encore “humains” mais retournant vers un état primitif. Ils chassent ensembles, obéissent à un Alpha et s’appellent même en hurlant à la manière de loups. La consanguinités et l’abolition de la Loi en font les membres d’une véritable tribu, les plus jeunes devant faire leurs preuves en trucidant des proies de plus en plus importantes tandis que les adolescents représentent les guerriers de la Communauté aux ordres des adultes, eux-mêmes au service d’un chef de clan. La meilleure scène reste sans doute le triste sort réservé à l’ami d’Isabelle: blessé, il se retrouve prit en chasse par les bambins déterminé à en faire leur rite de passage. Et la victime de riposter malgré tout, frappant et balançant les petits corps qui n’ont de cesse de revenir pour le lacérer jusqu’à ce que mort s’en suive. De son côté la jeune femme se retrouve prisonnière, la Matriarche voyant en elle une reproductrice qui apportera sa contribution à leur groupe.

 

 

Attachée à un lit dégueulasse, elle va devoir endurer le comportement grossier de ses geôliers (“Tu trouves pas que ma femme est super moche ?” demande un gros beauf alors que cette dernière est présente et n’a pas droit à la parole) et avaler un ragoût immonde contenant des morceaux de ses camarades. Le problème c’est qu’au-delà de ça, il ne se passe pas grand chose dans ce film de seulement 73 minutes. Ça explore et ça parle pas mal pour un minimum de mésaventures finalement bien sages. Notons quelques effets gores assez timides (les têtes coupées servant de fertilisant, un couteau planté dans un crâne), l’utilisation au compte-goutte de séquence à la found footage pour augmenter la tension lors de certaines scènes et surtout le final, très Quatrième Dimension dans l’âme, où l’héroïne s’enfuit en voiture mais semble incapable de trouver son chemin hors de la banlieue, ne faisant que tomber sur des impasses. Un twist final inattendu et original, mais qui aurait bien bénéficié d’une meilleure présentation géographique de la cité.

 

 

Sinon Isabelle se vomie dessus en découvrant un morceau de peau dans une gamelle en guise d’en-cas, et cette séquence où la Matriache – en fait un travesti très sobre et bien peu autoritaire – tripote la plaie ouverte du caméraman agonisant avec un plaisir non dissimulé. Aussi la mignonne et sexy Jemma Dallender se laisse attacher en sous-vêtements pendant une bonne partie du film, ce qui ne gâte rien. D’ailleurs elle en fit de nouveau l’expérience l’année suivante dans I Spit on Your Grave 2, suite DTV mais sympathique de l’horrible remake de 2010. Clairement Community ne vaut pas le goreux Inbred dans le même genre, mais sa volonté de dépeindre un univers déprimant et ancré dans le réel reste louable et relativement unique en son genre. De quoi présenter une alternative à certaines productions similaires mais trop routinières comme Theatre of Fear.

 

 

 

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