Commando Ninja (2018)

 

Commando Ninja

(2018)

 

 

La rétro-culture à la gloire des années 80 (et 90) est désormais partout, c’est comme ça, on ne peut pas y échapper. Et ainsi de nombreuses réalisations viennent leur rendre hommage ou tout simplement exploiter le filon, aussi bien à travers le cinéma, la musique que les jeux vidéos et la bande-dessinés. Parmi ces avatars, certains sont terriblement creux et superficielles tandis que d’autres se montrent au contraire fun, sincère et empli d’une passion véritable pour cette époque. Citons par exemple la récente série Cobra Kai, ou bien ce Commando Ninja qui vient de chez nous, sorte de fanfilm à la gloire du bon vieux temps. Un projet qu’il faut entièrement attribué à Benjamin Combs, jeune metteur en scène de Montpellier qui a surtout roulé sa bosse chez Ubisoft pour quelques jeux vidéos comme Assassin’s Creed et quelques Lapins Crétins. Désireux de ressusciter à sa manière le film d’action à l’ancienne, celui de la Cannon, celui du one man army aux muscles saillants, il débute sa parodie avec quelques potes pour un tournage aléatoire en fonction de son agenda.

 

 

Sur ce projet il tient d’ailleurs plusieurs casquettes et ainsi il écrit, réalise, joue le caméraman, l’accessoiriste, le costumier et le directeur de la photographie, gère aussi bien le casting que les costumes et les effets visuels, et s’occupe autant de la direction artistique que de la production. En résulte un court / moyen métrage encore incomplet qui n’aurait sans doute jamais été finalisé sans crowfunding, mis en place à l’aide d’une bande-annonce hilarante et très représentative du produit proposé – voir cette fausse pub pour jouets avec des Barbies customisées à la fin. La campagne Kickstarter fut couronnée de succès et Commando Ninja se retrouva gratuitement sur YouTube avec une version française, anglaise et même polonaise – auxquelles ils faut désormais rajouter de nombreux autres doublages et sous-titres conçus avec l’aide de fans dévoués – afin de toucher le plus de monde possible. Sans surprise le film a fait l’effet d’une bombe et se retrouve même souvent comparé au populaire Kung Fury auquel il ressemble effectivement en théorie.

 

 

En pratique c’est un peu différent puisque, contrairement à l’œuvre de David Sandberg, Benjamin Combs n’a que très rarement recourt au digital, préférant utiliser des effets à l’ancienne et de véritables décors pour un résultat parfois impeccable (plein d’effets gores exagérés mais réussi et un paysage post-apocalyptique plus vrai que nature), parfois volontairement mauvais comme pour rappeler le côté système D rudimentaire du cinéma de genre (les mannequins qui chutent ou explosent, bien visibles). Son adaptation des années 80 sonne donc beaucoup plus vraie que celle, trop virtuelle avec son esthétisme green screen, de son prédécesseur. Plus marrante aussi, car au-delà des situations rocambolesques, il y a là un plus gros travail encore sur les gags et les répliques afin de garder un ton léger. Du coup, et si l’essentiel du film joue au jeu de la référence, en découle un esprit de déconne qui rappel que l’idée est simplement de s’amuser et pas d’afficher le parti pris du “c’était mieux avant” un peu catégorique et prétentieux.

 

 

En témoigne le scénario qui reprend à son compte celui de Commando, film phare des 80s mais avant tout connu pour son incroyable stupidité. En guise de John Matrix nous avons ici John Hunter, vétéran du Vietnam qui a apprit l’art du ninjutsu lorsqu’il était prisonnier de guerre. Il coule désormais des jours tranquille au Canada où il n’a rien d’autres à faire que de couper du bois avec son katana, jusqu’au jour où sa fillette est kidnappée par un mystérieux trafiquant d’armes et son armée de ninjas. Avec l’aide d’un ancien frère d’arme, il se lance à la poursuite du Colonel Kinsky, maudit communiste qui était déjà responsable de leurs malheurs au pays des Viêt-Congs et désire maintenant conquérir le monde. L’ancien commando va le traquer jusqu’à Val Verde, cette ville fictive d’Amérique du Sud établit par la 20th Century Fox pour éviter les incidents diplomatiques la population locale (notamment Commando, Die Hard 2 et Predator). Là, John Hunter va devoir affronter des centaines de gardes, un maléfique ninja rouge pouvant devenir invisible et même un cyborg livreur de pizza (“avec supplément 9mm”).

 

 

Évidemment les clins d’œil sont légions et forment même le gros du film: il y a le ninja qui imite Predator avec sa thermo-vision et son camouflage optique tandis que les bidasses qu’il affronte pratique la déforestation à l’artillerie lourde, et un soldat transformé en robot possède la même vision infrarouge que le T-800 tandis qu’un autre s’écroule au sol comme Willem Dafoe dans Platoon. Un montage à l’entrainement reprend l’écartèlement de Kickboxer (avec de jolies gambettes mal effacées digitalement exprès), les flèches explosives de Rambo 2 et la Gatling de Terminator 2 viennent faire leur apparition et la Pontiac de Smokey and the Bandits sert d’Interceptor à la Mad Max. Un voyage temporel imite le Quickening de Highlander et c’est toute la séquence finale de Commando qui est ici reprise avec des militaires en plein barbecue. Citons un bras bionique à la Future Force qui transforme la virile poignée de main de Schwarzy et Carl Weathers en un remake de Over the Top. Et comment oublier ce ninja moustachu et ce téléphone Garfield échappés d’un Godfrey Ho ?

 

 

Mais si Pumping Iron sert de vidéo d’aérobic et que les posters d’American Ninja et de Ninja III décorent la chambre de la gamine de John Hunter, Benjamin Combs n’oublie pas non plus son lien avec l’industrie du jeu vidéo: l’héroïne joue à Operation Wolf tandis que son papa, prisonnier dans la jungle, fait un cosplay saisissant de Snake dans Metal Gear Solid 3. L’androïde ressemble aussi bien à Mario qu’à Captain N, le Power Glove permet le déplacement temporel (Kung Fury, comme on se retrouve) et surtout il y a tout une scène d’après générique plongeant les protagonistes dans un jeu vidéo style beat’em’up à la Cadillacs et Dinosaures. “What the fuck ! My boobs are square ?!” s’exclame une demoiselle surprise par la transformation. Prions pour que ce Commando Ninja: Back in Time puisse un jour exister ! Les réfractaires pourront quant à eux se pencher sur bien d’autres moments qui permettent au film de ne pas avoir l’air d’être qu’une grosse compilation. Il faut ainsi saluer cette idée de vietnamiens dresseurs de dinosaures qui nous permet de voir de bon vieux bestiaux en caoutchouc comme au temps des Carnosaur.

 

 

Les créatures sont montrées de plein pied et en plein jour, avec leur petite démarche ridicule forcément hilarante. Il y a ces idiots de ninjas qui infiltrent une maison et renversent maladroitement des boites de conserves en passant par la cuisine, et tout une séquence à la Maman, j’ai Raté l’Avion en plus violent, où la môme n’hésite pas à user du tromblon ni à enfoncer ses saïs dans le cul de ses kidnappeurs. Et quand on ne voit pas quelques donzelles topless ici et là, le gore se montre créatif, comme lorsque ce type avec une mitrailleuse à baïonnette plantée dans le visage est utilisé comme un trépied vivant. La musique synthwave est bonne (OGRE et Cobra Copter), Commando Ninja possède son propre theme song bien sympathique et les dialogues touchent au sublime (“T’as le bonjour de Smith et Wesson !”). L’épilogue post-apocalyptique avec ses punks et ses hommes cochons termine le tout en beauté, se permettant même une pique à Turbo Kid façon Duke Nukem 3D.

 

 

Même s’il ne dure pas plus d’une heure (63 minutes sans générique), ce fanfilm défile à une vitesse folle et enchaine les moments forts les uns après les autres en plus de proposer un combat véritablement soigné et chorégraphié lors de l’ultime duel contre le ninja rouge. On ne s’y fout donc pas de la gueule du monde, contrairement à ce que ce doublage parodique (les YouTubeurs Ganesh2 et Superflame) pourrait laisser croire. Une belle manière de rappeler les VF catastrophiques et obligatoires de l’ère VHS, même si cela ne fonctionne probablement pas aussi bien dans la version anglaise pour des raisons culturelles. Commando Ninja est un véritable petit triomphe qui a rapidement fait le tour du monde malgré ses faibles moyens, et si l’attention médiatique n’a pas été aussi forte que pour Kung Fury cela n’en est pas moins bon pour autant. Souhaitons tout le bien possible à la carrière de Benjamin Combs, et vivement que l’on puisse prolonger le plaisir avec Commando Ninja: Back in Nam, la préquelle en comic book !

 

 

 

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