It Follows (2014)

ROAD TO HALLOWEEN II

 

 

It Follows

(2014)

 

 

Jay (diminutif de Jamie, comme Jamie Lee Curtis) est une adolescente toute mignonne et innocente, qui vit une vie tranquille et sans histoire. Elle passe son temps à trainer avec ses amis dans le petit bled où elle habite et entretient une relation amoureuse naissante avec Hugh, un beau garçon. Un jour, par ennuie, ils s’amusent à un jeu où il est nécessaire d’observer la foule qui les entourent, et l’adolescent désigne une jeune femme situé près d’eux. Mais Jay ne voit pas la personne en question. Aussitôt le comportement de Hugh devient troublant, comme s’il était terrifié par quelque chose, et il l’emmène loin de là où il se trouvait.
Jay est perturbée par cette réaction mais n’en tient finalement pas compte, sautant le pas quelques temps plus tard avec lui. Au terme de l’acte, Hugh la capture et la retient dans une zone abandonnée… Il explique qu’en lui faisant l’amour, il lui a transmit “quelque chose” qui va venir la chercher pour la tuer. Une entité, qui arrive en marchant calmement, lentement, mais ne parle pas. Celle-ci peut prendre la forme de n’importe qui, y compris de proches, et massacre ceux qu’elles traquent. On ne peut pas l’arrêter, mais il est possible de lui faire changer de cible en couchant avec quelqu’un. Cela ne met pas un stop à la malédiction pour autant, car si le nouveau convertis est tué, la chose retournera son attention vers le précédent, remontant progressivement la chaine…
La jeune femme est perturbée mais voit effectivement quelqu’un venir vers elle. Hugh se dépêche alors de la ramener en lui conseillant d’avoir une relation sexuelle au plus vite, l’abandonnant. Dès lors, Jay perd tout ses repères. Est-ce que Hugh était un fou qui a profité d’elle et lui à pourri la tête avec ses délires, ou est-ce qu’il disait la vérité et l’a manipulé afin de survivre un peu plus longtemps ? Incapable de comprendre, l’adolescente commence à devenir paranoïaque en observant autour d’elle, et fini par croire en cette entité meurtrière…

 

 

La chose à propos de It Follows, c’est qu’il divise. Tout le monde s’accorde pour dire que le film possède une certaine influence issue des films d’horreur des années 80, avec notamment John Carpenter comme référant. Mais là où certains voient cela comme une force, donnant à l’œuvre une atmosphère rétro et effective qui renforce son intrigue, d’autres perçoivent cela comme un mauvais pompage, preuve que le réalisateur est incapable d’originalité et va fouiller chez les autres pour trouver la moindre valeur technique ou artistique.
Après vision du film, il m’apparait clair qu’il n’y a pas un groupe ayant tort ou ayant raison, et qu’il s’agit simplement d’avis différent à propos de la même chose. It Follows choisi délibérément de ressembler aux films de genre tels qu’ils étaient réalisés autrefois, qu’il s’agisse du rythme, de la musique, du type d’histoire ou des personnages. Ainsi on retrouve, et c’est probablement volontaire, bon nombre de séquences déjà vu auparavant dans les grands classiques. Halloween et Les Griffes de la Nuit en particulier. On est en droit de percevoir cela comme du recyclage sans véritable ambition, voir même sans idées neuves, et c’est parfaitement compréhensible. Le film cherche à être effectif, et non original, et on peut clairement zapper son existence au profit des œuvres citées précédemment.
En revanche on peut également voir ce concept comme une bouffée d’air frais dans le paysage du cinéma horrifique actuel, à l’époque où des “trucs” comme Ouija, Annabelle ou les Paranormal Activity envahissent les salles avec leurs jump scares, une cinématographie à la ramasse (vive le found footage pour tourner à la va-vite !), des personnages aussi interchangeables que détestables et l’utilisation abusive de CGI en guise de mise en scène. It Follows semble être un retour au source, lorsqu’un film avait le droit de prendre son temps, de rester mystérieux et de fonctionner sur son ambiance…

 

 

Je ne vais pas mentir et déclarer qu’il s’agit d’un des films les plus innovants de ces derniers temps, ou d’un chef d’œuvre absolu. Plusieurs fois je me suis surpris à voir certaines séquences comme une simple reprise de séquences célèbres ; par exemple l’héroïne observe de sa chambre la maison voisine, où se trouve le garçon avec lequel elle flirte, et réalise qu’il est en danger de mort, et elle tente sans succès de le prévenir par téléphone. Il s’agit ni plus ni moins d’une décalque des Griffes de la Nuit, lorsque Nancy, enfermée chez elle, découvre que Johnny Depp va s’endormir et que Freddy va l’attaquer.
A vrai dire tout le principe du film paraît être un hommage au Halloween de John Carpenter, se déroulant carrément dans une petite ville identique. Non pas le côté Slasher, avec Michael Myers assassinant à tour de bras le voisinage, mais plutôt l’idée même du stalker silencieux qui apparait ici et là, sans bouger. Le concept de “The Shape” (la forme), surnom souvent oublié de ce Boogeyman. Pour rappel, un des “gimmicks”dn b de ce dernier est de ne pas passer à l’attaque immédiatement, mais plutôt de errer comme un fantôme dans les rues de Haddonfield. Jamie Lee Curtis aperçois plusieurs fois sa silhouette dans le décors, et l’audience elle-même peut la retrouver derrière des rideaux ou une fenêtre en cours de film. Michael Myers était un danger omniprésent, et ce qui était effrayant n’était pas de le voir, couteau en main, entrain de frapper les adolescents, mais plutôt de réaliser sur le tard sa présence dans une pièce.
La scène la plus connue, qui représente tout ceci, est celle se déroulant à l’école. Durant un cours, l’héroïne décroche et regarde par la fenêtre, découvrant au loin un homme qui se tient immobile, tourné dans sa direction. La professeur rappelle son élève à l’ordre et, un court instant, l’adolescente tourne la tête. Lorsqu’elle revient vers la fenêtre pour détailler l’inconnu, celui-ci a tout simplement disparu…

 

 

La séquence est ici reprise pratiquement à l’identique, à l’exception que la forme humaine se déplace vers elle. Et vu la réaction du personnage, et ce qui s’ensuit, cela ne fait que rebondir une fois de plus sur Les Griffes de la Nuit et le moment où Nancy, dans un rêve, découvre le fantôme de sa copine dans la salle de classe. Voici ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de It Follows: on connait les ficelles et on pense immédiatement à un film qui a fait la même chose. Cela peut désamorcer la tension que le réalisateur essaye de construire, des fois que l’on soit réticent à tomber dans le panneau, ou frustré de décoder immédiatement la référence. Pourtant impossible de ne pas reconnaitre que cela fonctionne. Michael Myers était dérangeant à cause de ses apparitions-éclairs et de sa furtivité, et il se dégage la même sensation de l’entité qui marche.
Tout comme dans Halloween, où il devenait presque un jeu de regarder dans l’arrière-plan afin de trouver The Shape, on regarde sans cesse à travers l’image où pourrait se cacher l’antagoniste. Parfois très discret, parfois souligné par la mise en scène, il devient clairement l’une des grandes attractions du film et fait son effet la plus grande partie du temps. Il ne s’agit pas de peur, mais plutôt d’une ambiance pesante, prenante, le rendant à part de ces innombrables fantômes bondissant ayant tous la même tronches.
A cela se rajoute une absence totale de règles, d’explications ou de personnage détenant la moindre réponse. On ne sait rien de l’entité, ni d’où elle vient, ni pourquoi elle s’attache à certaines personnes afin de les tuer. Tout ce que l’on perçoit d’elle, c’est qu’elle est imperturbable et invincible. Le Mal à l’état pur – comme Michael Myers était défini ! – puisque prenant la forme de n’importe qui, mort ou vivant, et bien souvent de ceux qui vous sont chères (dans l’idée que cela est plus perturbant pour la victime de se faire tuer par un proche que par un visage anonyme).

 

 

La réussite du film, en mon sens, c’est de proposer une histoire très simple mais soutenue par une atmosphère un peu irréelle. L’ambiance 80s aide beaucoup (la musique, très discrète, possède ce son synthé inimitable et livre un thème plutôt sympa lors du tout dernier acte) mais le réalisateur accumule les petites choses pour rendre It Follows sensiblement surréaliste, ou en tout cas très proche d’une réalité alternative: le monde où se déroule l’action et à la fois moderne et ancien, mélangeant des véhicules datés, des postes de télévisions diffusant de vieux films en noir et blanc, mais aussi des téléphones portables voir des appareils qui n’existent tout simplement pas (l’étrange iBook à deux écrans, en forme de coquillage). Sa mise en scène compte beaucoup sur une caméra balayant la zone avec des mouvements amples (panoramique, travelling, vue aérienne ou subjective) et généralement sensiblement ralentis.
Et puis naturellement il y a la façon dont l’entité est filmée. S’il ne s’agit que d’une personne entrain de marcher calmement, pas une seule apparition n’est montrée de la même manière. Les avatars sont parfois étrangement grands, parfois difformes. Ils peuvent surgir des ténèbres comme apparaître en plein milieu d’une foule. On les voit parfois très nettement, avec musique stressante à l’appuie, et des fois il ne s’agit que d’une silhouette floue en arrière plan sur laquelle le film ne s’arrête même pas. Enfin certains corps sont clairement décomposés, démembrés ou étrangement positionné, évoquant les fantômes de Hideo Nakata dans Ring ou Dark Water. Le résultat, c’est que pas une seule fois l’entité ne devient familière, reconnaissable. Ce n’est pas un Boogeyman avec un look identifiable. En fait on se rapproche là plus de la Mort de Destination Finale, en beaucoup moins démonstrative. Encore que le cadavre à jambe brisée vu au tout début du film est pour le moins impressionnant, et la force physique de la chose fait froid dans le dos.

 

 

On peut toutefois noter certains choix discutables à propos du personnage. Ainsi les “marqués” peuvent voir l’entité venir vers eux, mais elle n’apparait pas au commun des mortelles. Immédiatement on suppose qu’il s’agit d’un esprit ou d’un espèce de fantôme, dans tous les cas d’un être intangible. En vérité la créature est tout simplement invisible. D’une part, les formes humaines qu’elle présente à ses proies ne correspondent pas aux traces qu’elle laisse sur la peau de ses victimes, grandes marques évoquant plutôt des griffes ou de longs doigts très fins et acérés. Ensuite lorsque les amis de Jay finissent par intervenir, il est montré qu’ils peuvent détecter la chose en plaçant un drap dessus ou en la frappant avec un objet.
Cela rompt un peu la dimension surnaturelle et imposante de l’antagoniste, et on se demande alors pourquoi personne ne pense à prendre un pot de peinture pour lui envoyer en pleine poire. Cela permettrait de le repérer au moins le temps de prendre la fuite, et en ressort l’impression de pouvoir riposter. Si au final il est invulnérable et peut se relever après avoir reçu une balle en pleine tête, on peut tout de même imaginer des plans pour le contenir, l’esquiver ou le ralentir, et cela le rend du coup un peu moins impressionnant…
A ce titre la dernière partie du film se révèle être assez bancale puisque les héros tentent de tendre un piège à la créature en sachant parfaitement qu’elle est invincible. Peu de temps avant, ils la criblent de balles et Jay peut témoigner qu’elle se relève. Pourtant ils espèrent quand même l’attirer dans une piscine et l’y électrocuter ! Et lorsque le plan échoue et que les jeunes ressortent les armes à feu, l’un des personnages demande à Jay si la chose est bien morte. Pourquoi serait-ce différent la deuxième fois ?

 

 

En dehors de cette séquence difficilement compréhensible (est-ce que les personnages sont censés être naïf car jeunes, comme ceux de Ça lorsqu’ils tentent de détruire le Clown avec leur logique de gamins ? ou est-ce qu’ils sont juste stupides et désespérés ?), le seul véritable défaut de It Follows vient du fait que le script est répétitif. Passé toute la découverte de la menace, et la réunion des amis de Jay afin de veiller sur elle, l’histoire se répète un peu trop avec l’intrusion de l’entité et la fuite des personnages. Il semble clairement manquer une révélation, un retournement de situation ou un twist final qui changerait la donne et permettrait de faire rebondir l’action.
A la place, le film fait le choix de rester sur son concept et se conclut de manière un peu prévisible. Thématiquement cela est logique et convient à la trame: Jay et un garçon finissent par s’accoupler et poursuivent avec quelques prostituées, dans l’idée de repousser autant que possible la menace. Mais l’un des tous derniers plans révèle ce que l’on sait déjà. On ne vainc pas la Mort, on ne peut que retarder l’inévitable. Un épilogue en fait très similaire à Phantasm, autre film fantastique à l’ambiance irréelle et dont le grand vilain était une représentation de la Grande Faucheuse…
Pour autant cela n’affaiblit pas le film dans son ensemble. Il s’agit d’une mauvais point, certes, mais It Follows le contrebalance par un atout de taille: des personnages sympathiques. Jay et ses amis sont des adolescents crédibles, gentils, soucieux et humains. La tragédie qui frappe l’héroïne, totalement vulnérable, la rend attachante et on souhaite qu’elle s’en sorte. Et comme l’intrigue tourne totalement autour de ces protagonistes, voilà un bon élément qui rétablit la balance.

Très franchement il est compréhensible de ne pas accrocher à cette œuvre. On reconnait immédiatement les influences, le style est une imitation de grands classiques et on peut aisément décrocher à cause du rythme flegmatique. C’est tout simplement une question de goût, et vous saurez dès les premières minutes si It Follows est un film pour vous ou non. Cependant, il est indéniable que le réalisateur sait construire une atmosphère et en jouer pour se démarquer des productions superficielles des grands studios. Il a prit un risque, celui de créer l’exact opposé de ce que l’on trouve actuellement au cinéma. C’est courageux, mais surtout ça lui a permis de créer une œuvre intéressante, prenante et respectable. Et si l’hommage vous parait trop forcé, les influences mal digérées, dites-vous que c’est toujours mieux que l’alternative !

 

 

VERDICT: TREAT

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