Leprechaun: Back 2 tha Hood (2003)

 

Leprechaun: Back 2 tha Hood

(2003)

 

“Even if you steal for God, you still have to pay the Devil.

 

 

Compte-tenu des mystérieux problèmes de production dont a souffert Leprechaun in the Hood, il n’est pas étonnant de voir la Trimark plaquer la franchise. Celle-ci est heureusement récupérée par Lions Gate (qui en toute honnêteté récupère un peu n’importe quoi dans son catalogue) qui engendre un nouvel opus après quelques années de gestation. Bonne nouvelle: Gabe Bartalos et Warwick Davis reviennent, garantissant la continuité entre ce nouveau Leprechaun et les précédents, et assurant surtout le retour de la fanbase. Car bien que la série change de bannière, la formule reste la même et l’idée est de continuer les aventures du lutin irlandais comme d’habitude. Rob Spera, réalisateur de l’opus précédent, est même pressenti pour diriger ce nouveau film.
Soucieux de ne pas se répéter, celui-ci propose alors deux idées qui reposent sur le même concept visant à plonger l’antagoniste dans un environnement décalé: situer l’intrigue à Venice Beach, quartier de Los Angeles célèbre pour sa plage, ou sur une île durant Spring Break. Dans les deux cas l’ambiance “vacances d’été” semble de mise et pourquoi pas ? Voir le gnome parader auprès de jeunes femmes en bikini semble amusant et on imagine d’ici les clins d’œil aux Dents de la Mer ou à Alerte à Malibu.

 

 

Hélas les producteurs ne l’entendent pas de cette oreille et, apparemment alléchés par les réactions positives recueillies par Leprechaun in the Hood (!), veulent rejouer la carte de l’Hoodsploitation. Pas intéressé (et peut-être victime de stress post-traumatique), Spera abandonne le projet et se fait remplacer par Steven Ayromlooi, dont la filmographie est aussi mince que son nom est compliqué. Unique scénariste et réalisateur, il s’évite au moins les problèmes d’écritures de son prédécesseur et en plus il récupère un budget bien plus important: après les épisode 4 et 5 flirtant avec le Z tant ils étaient cheap, la saga Leprechaun ressemble de nouveau à du cinéma !
Où est l’arnaque me demandez-vous ? Elle n’est pas énorme et c’est à peine si l’on s’en rend compte à moins d’enchainer la vision des films. Mais il se trouve que cette nouvelle aventure n’est pas tout à fait originale puisque Leprechaun: Back 2 tha Hood est en réalité… un remake du tout premier opus. Et tant pis si l’introduction présente clairement la chose comme le sixième chapitre de la série, nous avons ici suffisamment d’éléments pour dire que l’histoire générale est une reconstruction de celle de Mark Jones.

 

 

De votre check-list, vous pouvez cocher les éléments suivants: l’arc-en-ciel qui pointe vers le trésor et le fait qu’il se trouve dans une cassette plutôt qu’un chaudron. La réplique “Damn clover !” et l’allergie du lutin aux trèfles à quatre feuilles. Le farfadet pilote un véhicule, a une altercation avec la police , fout la merde dans les placards d’une cuisine, se fait crever un œil par l’héroïne et grogne “An eye for an eye, me dear” lorsqu’il l’attrape. Comptons aussi une scène de trouille dans un ascenseur, le prologue montrant un vieillard qui piège la créature, et le fait que celle-ci n’utilise pas de magie pour commettre ses crimes, attaquant plutôt avec ses griffes et ses crocs. Un chantier abandonné remplace la maison délabrée et le final laisse entendre que le Leprechaun n’est pas mort.
Heureusement le metteur en scène ne se contente pas de déplacer l’action du premier film dans le ghetto et, plutôt que faire une décalque, se contente de piocher dedans de temps à autre. Son récit fonctionne ainsi de la même façon mais avec suffisamment de différences pour faire illusion, et ce n’est de toute façon pas comme si la franchise possédait la moindre chronologie à respecter ! Voilà donc qui n’est pas un véritable problème, et l’auteur se rattrape de toute façon sur la mise en scène et surtout sur la mythologie, qui est bien plus fournie que d’habitude…

 

 

Ainsi l’histoire s’ouvre sur une surprenante séquence d’animation qui narre les déboires d’un riche roi dont les trésors remontent aux temps anciens. De l’or, évidemment, et que beaucoup convoitent. Mais le souverain est de mèche avec le Petit Peuple et lorsque ses adversaires assiègent son château, il invoque les Leprechauns (ou Leg’re Ghauns) pour défendre son bien. Féroces, ils massacrent quiconque tente de le voler, décimant des armées entières. Et quand leur maitre fini par mourir, tous retournent à Mère Nature, enfin libéré de leur obligation. Tous sauf un, qui va rester dans le monde des mortels afin de s’emparer du butin désormais libre. Ce faisant il va devenir mauvais et passera les 2000 prochaines années à massacrer ceux qui essayent de dérober son magot…
Nous le retrouvons de nos jours dans une banlieue défavorisée, poursuivant un prêtre qui espérait financer un centre pour jeunes avec les ressources infinies du farfadet (le coffre se rempli magiquement dès qu’il est vide). Dans une séquence clairement pompée à Jason va en Enfer, il parvient à le bannir dans les entrailles de la terre au prix de sa vie, l’enfermant sous les constructions en cours. Un an plus tard, un groupe de jeunes se rend sur le chantier abandonné pour un barbecue (!) et va accidentellement mettre à jour les fondations, exhumant le trésor…

 

 

Une petite partie du film se concentre sur la présentation des protagonistes, des jeunes paumés qui ont tous une vie difficile: problèmes d’argent, de travail, de cœur ou démêlés avec le gang du coin. Il y a l’héroïne, une oie blanche qui espère avoir un avenir, sa copine agressive mais fidèle, un pote stoner obsédé par la fumette et son ex petit ami devenu dealer à son compte et s’étant fait des ennemis de ses anciens partenaires. Les mecs se plongent dans les emmerdes tout en courant les jupes des deux filles qui n’en demandent pas temps et aimeraient juste que les choses s’améliorent un peu.
La découverte du coffre est une véritable aubaine, et ils se partagent les pièces anciennes qu’il contient, dépensant sans compter: fringues, voitures, accessoires de luxe, grosse quantité d’herbe, etc. Bref les héros du ghetto n’ont pas de grands idéaux et se révèlent être plutôt égoïste dans leur bonheur – et croyez-le ou non mais il s’agit d’un message volontaire, la corruption de l’héroïne étant justement soulignée par le Leprechaun à la fin du film. Sans doute une façon de critiquer les rêves “bling bling” de bien des jeunes de banlieue, qui ne voient finalement pas plus loin que le bout de leur nez et n’ont aucune ambition.

 

 

Libéré de sa prison, le farfadet se met à la poursuite des voleurs, et c’est là que Leprechaun: Back 2 tha Hood brille, retrouvant le fun des opus 3 et 4 même si un peu plus tempéré. Contrairement au volet précédent qui faisait du lutin un quasi figurant dans son propre film, ce “remake” veut au contraire profiter du caractère stupide de la menace et plonge l’antagoniste dans les situations les plus délirantes: il offre un massage à une cliente obèse avec ses pieds (très moches et qui fileraient des cauchemars à bien des fétichistes), se retrouve enfermé dans un frigo après un improbable concours de circonstance, confond un Bang avec une pipe et se retrouve stone à en tomber par terre, parodie la célèbre scène de la porte de Shining, et demande poliment à la police ayant attrapé les héros en fuite de lui remettre son or, avant de s’agacer lorsqu’on lui demande de “rentrer chez sa maman”, prenant cela comme une insulte. Il se prend même un vent par téléphone lorsqu’une demoiselle lui demande de se décrire physiquement.
Notons aussi ce passage où le farfadet, en plein speech et l’air menaçant, est interrompu par un appel sur un portable. Incrédule, il voit son interlocuteur s’excuser, décrocher et le faire patienter ! Son expression outrée vaut de l’or…

 

 

L’une des meilleures scènes, dans la parfaite lignée de ce que faisait Brian Trenchard-Smith en son temps, le montre grimper dans une voiture pour poursuivre ses proies… avant de réaliser qu’il ne peut pas atteindre les pédales (“Oh, Bloody Hell !”). Il parviendra à conduire le véhicule en utilisant la jambe coupée d’une de ses victimes, qui trainait dans les parages !
Certains meurtres conservent également cet aspect comique même si le manque de budget ou d’inspiration en saborde quelques uns. Il transperce un type avec une pipe à eau qui se remplie de sang, refait le coup de la dent en or de Leprechaun 2 mais en plus brutal, arrachant ici toute la mâchoire, empale un flic avec sa propre matraque et imite même Jason dans le Vendredi 13 à Manhattan lorsqu’il se laisse boxer à répétition par un gros dur jusqu’à ce que celui-ci s’épuise, répliquant d’un seul coup au thorax et arrachant son cœur encore battant. Le plus douloureux ? Une manche brisée planté vicieusement dans un genou ! Simple mais effectif. En revanche certaines attaques laissent de marbre: une grosse dame se fait briser le cou très proprement, une héroïne est éventrée d’un coup de griffes avec un simple jet de sang en guise de blessure, et la mort de la sorcière – une voyante dotée de véritables pouvoirs – se déroule honteusement hors champ ! Impossible de même comprendre ce qui lui arrive.

 

 

C’est dommage car il y avait là une possibilité de lutte magique entre deux êtres surnaturels, et hormis quelques CGI moisis et les yeux du Leprechaun qui s’allument en rouge, cela ne débouche sur rien. La faute peut-être à cette volonté de ne pas offrir de sortilèges à la créature, qui n’a même pas l’excuse d’être affaiblie, comme dans le film original. Il semble que l’idée était de rendre cette incarnation plus bestiale dans ses agissements, comme s’il s’agissait d’une créature férale, vive et agile. De manière intéressante, cela préfigure un peu Leprechaun: Origins, le prochain épisode de la série, qui modifiera tout ce que l’on connait de la franchise pour faire du farfadet un monstre quasi animal. Ici Warwick Davis bondit, esquive habilement les coups, se perche dans les arbres pour guetter ses proies… L’acteur se fait plus vieux et admettra que cela devient de plus en plus difficile pour lui, mais il se débrouille pas mal, quand les plans en questions ne sont pas plombés par un mauvais cadrage (l’objectif pointe trop haut !) ou un montage hasardeux (des ralentis saccadés qui enlaidissent le film).
L’aspect “physique” de ces confrontations se retrouve pleinement exploité lorsqu’il est question des blessures que reçoit le petit gnome. Car les victimes défendent chèrement leur peau et le lutin s’en prend ici bien plus dans la gueule que dans tous ses précédents exploits.

 

 

On lui détruit un œil au rasoir électrique (lorsqu’il cours après le coupable, le câble encore branché le ramène violemment au sol), on lui brûle le visage avec un lance-flammes improvisé, on le frappe à coups de battes de baseball, de matraques, à la barres à mine et de dictionnaires ! Même le prêtre le poignarde rageusement avec son crucifix ! Il se fait tirer dessus au fusil à canon scié, au pistolet, au AK 47 (tout un gang le fusille !) et on utilise des balles à têtes creuses remplies de trèfles à quatre feuilles. Il se fait percuter par une voiture, rouler dessus en moto, il est électrocuté, brûlé vif dans une chaudière (“I’m melting !”), et il y a cet incroyable moment où il se cache sous une voiture qui file à toute allure: comme il s’agit d’un lowrider qui rebondit sur ses suspensions, il est écrasé à répétition sur le bitume, à pleine vitesse !
Voilà un scénariste qui a parfaitement compris l’intérêt d’avoir un personnage immortel et qui n’hésite pas à en jouer ! Et il rajoute d’autres petites choses intéressantes ici et là: l’histoire étant supposément racontée dans un livre, on peut remarquer régulièrement des transitions façon pages qui se tournent. Trouver un trèfle dans le ghetto n’est pas chose aisée et cela est amené via une arnaque de dealer qui refourgue du gazon à ses clients.

 

 

On y retrouve le meilleur gag de Rush Hour, où les Blacks passent leur temps à se dire “Nigga” mais vont se vexer aussitôt qu’un Blanc fait la même chose – bête, mais tellement vrai ! Certaines répliques font mouches (“Time to go fuck up some little people”), les héroïnes sont constamment vêtues de tenues ultra sexy, et certaines trouvailles font bien rire tel ce musée du Bang, l’adorable chien du stoner qui réclame la fumée, le prêtre qui frappe à coup de pelle l’arc-en-ciel en espérant le faire disparaitre, ou se flic s’étant fait arracher la jambe et qui, en état de choc, sautille sur celle qu’il lui reste pour aller récupérer son membre manquant.
La mise en scène tente même de compenser son faible budget et son calendrier serré, qui ne laisse guère de temps pour soigner les choses, en truquant quelques plans avec des CGI. Une façon de créer des angles de vue ou des mouvements de caméra que le cinéaste n’aurait pas pu se permettre autrement. Certes cela sonne faux, mais ce n’est pas dégueu et il faut apprécier cette volonté de surpasser la qualité habituelle des DTV en s’essayant à la cinématographie. Et il n’y a qu’à voir le nouveau look du personnage principal pour voir a quel point Ayromlooi veut soigner ce Leprechaun 6. Fini la tenue verte traditionnelle, ici Warwick Davis porte un classieux costume sombre avec une cape et un chapeau haut-de-forme fait dans une soie marbrée qui rend vraiment classe !

 

 

De quoi faire pardonner l’unique échec du film, car comme dans Leprechaun 4, le farfadet a perdu ses rimes ! Heureusement les choses ne sont pas aussi terrible que la dernière fois puisqu’il conserve une façon de s’exprimer soutenue, ancienne, qui tranche superbement avec l’argot de la banlieue (“You hit like a wee lass.”). Le comédien, de nouveau très habité par son rôle, fait de toute façon des miracles et possède toujours autant d’énergie. Un miracle quand on sait les quelques déboires qu’il a dû subir sur le plateau, l’équipe n’étant pas nécessairement intéressée par son travail. Pour la scène du frigo, l’acteur a eu la mauvaise surprise de découvrir que l’appareil était d’une taille modeste, trop petit pour qu’il puisse s’y installer confortablement. Il proteste mais entend l’accessoiriste lui répondre qu’il est petit, et qu’il n’y a donc aucun problème ! Le nain n’en démord pas et le technicien l’empoigne de force pour l’enfermer dans le réfrigérateur afin de ne pas perdre plus de temps !
Des comme ça il y en a d’autres, qu’il raconte dans son autobiographie Size Matters Not. Un ouvrage obligatoire pour tout fan du lutin homicide, afin d’en savoir un peu plus sur les coulisses de ces petites productions dont on parle très rarement.

 

 

Leprechaun: Back 2 tha Hood fut, contre toute attente, une résurrection pour la franchise. Changer de compagnie lui aura permis de retrouver sa dignité, et malgré sa nature de remake déguisé, cet ultime opus possède suffisamment de caractère et de bons moments pour mériter sa place auprès des meilleurs films de la série. Autant dire que l’avenir s’annonce radieux et tout laisse présager la mise en chantier d’un Leprechaun 7. Seulement Lions Gate ne fait pas de cette licence une priorité et va attendre longtemps – très longtemps – avant de donner le feu vert à une nouvelle suite. Elle fait la sourde oreille non seulement aux réclamations des fans, mais aussi à celles de Warwick Davis, qui les presse maintenant que l’âge commence à le rattraper. Plus tard c’est le réalisateur Darren Lynn Bousman, alors auréolé Maitre de l’Horreur moderne vu son implications répétée avec la saga Saw, qui tente de leur faire entendre raison.
Celui-ci explique avoir une histoire toute prête, qui plonge cette fois le farfadet durant la conquête de l’Ouest lors de la ruée vers l’or, et espère bien réaliser lui-même cette nouvelle aventure !

 

 

Mais Lions Gate se tape complètement de Leprechaun et de son public. Lorsque, vers 2014, elle fait un deal avec la WWE (célèbre compagnie de catch) afin de produire une série de films avec certains de leurs lutteurs, elle y balance la franchise comme on se débarrasserait d’un kleenex usagé. Vince McMahon veut une place quelque part pour son nain cascadeur, Hornswoggle ? Faisons un Leprechaun, et c’est réglé ! Non seulement l’absence de Warwick Davis va attiser la colère des fans, qui ne soutiendront pas le film, mais il se trouve que ce nouvel opus n’a strictement rien à voir avec la saga que l’on connais. Leprechaun: Origins est un “reboot” s’orientant dans une direction très différente, celle du creature feature, où le petit monstre pourrait tout aussi bien être remplacé par un singe mutant ou un extraterrestre affamé.
Ne sachant décidément quoi faire de la saga, la firme a récemment annoncée un nouveau projet intitulé Leprechaun Returns. Une suite directe au tout premier film, histoire de brosser les fans dans le sens du poil. Mais Warwick Davis et Gabe Bartalos sont toujours absent, et le teaser dévoilant le nouveau lutin est loin d’être convaincant, celui-ci ressemblant à un cosplayeur imitant très mal son idole. L’espoir est mince.

 

 

 

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