Leprechaun in the Hood (2000)

 

Leprechaun in the Hood

(2000)

 

A friend with weed is a friend indeed

 

 

Il est loin le temps où la Trimark faisait tout pour imposer son Leprechaun, entre produits dérivés et parades pour le premier opus, et budget confortable avec sortie cinéma pour le second. Arrivé à Leprechaun 5, qui débarque tardivement après un rythme initial d’un film par an (quatre années d’hibernation), la stratégie marketing se montre discrète et se contente de reprendre le même gimmick que dans les volets précédents – placer le lutin Irlandais dans un cadre décalé – pour vendre son produit. Cette fois-ci le ghetto, alors très tendance en cette fin 90s / début 2000 avec les DTV de Ice-T, Snoop Dogg, Coolio et DMX qui fleurissent dans les programmes télé et les rayons DVD.
Las, voilà un sujet plutôt limité qui ne permet pas de développer un grand nombre de thèmes. Ils se limitent souvent à trois: le rap, la drogue ou les gangs, que l’on retrouve souvent tous ensemble avec des histoires de rappeurs qui deviennent gangsters à cause de la drogue. Autant cela peu fournir un prétexte suffisant à un film d’action, autant ce n’est pas suffisant pour le genre horrifique. Et sans surprise, Leprechaun 5, alias Leprechaun in the Hood (c’est très sûrement sur cette idée de titre que le projet a été validé, à la manière de l’épisode précédent) est très pauvre en péripéties. Pauvre à l’écran aussi, ses valeurs de productions étant aussi basses que celles de Leprechaun 4 sans avoir un vétéran de la trempe de Brian Trenchard-Smith pour relever le niveau…

 

 

L’intrigue commence pourtant plutôt bien avec un soupçon d’idée pour lier Urban Fantasy et Urban Music. Ainsi le prologue se déroule dans les années 70 en un hommage à la Blaxploitation, dont la Hoodsploitation est un descendant direct, dévoilant le toujours sympathique Ice-T dans un rôle d’ignoble truand: Mack Daddy, un proxénète dont la coupe afro dissimule cran d’arrêt et batte de baseball (!), à la recherche d’un trésor mystérieux enfoui dans les souterrains de la ville. C’est de l’or du Leprechaun dont il est question, évidemment, mais il y a cette fois un bonus non négligeable: une flûte magique qui hypnotise ceux qui l’écoute. Grâce à elle, le truand peu gravir les échelons de l’industrie musicale et s’imposer comme producteur. Une manière simple de se faire de l’argent dans le ghetto, vu le nombre de jeunes qui s’imaginent rappeurs à succès.
Avec son partenaire, il découvre la cachette du gnome qui est inoffensif puisque déjà réduit à l’état de statue de pierre, grâce à un médaillon magique. Le duo n’a plus qu’à emballer la marchandise, mais l’un d’eux se montre trop gourmand et récupère le pendentif, réveillant aussitôt la créature qui va les attaquer. Et il y a forcément quelque chose d’hilarant dans cette lutte qui oppose le lutin celtique et le gangster des cités, l’un utilisant sa magie ancienne, l’autre le combat de rue ! Par un incroyable concours de circonstance, le talisman va retrouver son chemin autour du cou du farfadet…

 

 

De nos jours, Mack Daddy est devenu un parrain riche et craint de tous, entretenant un climat de violence dans la banlieue de Compton en produisant du gangsta rap haineux et agressif. Régnant en maitre sur la cité, il a gardé le Leprechaun sous sa forme de pierre comme trophée, en plein milieu de son salon, et a sa flûte magique à portée de main pour envoûter ceux qui peuvent lui être utile. Il donne un jour sa chance à un petit groupe de jeunes rappeurs désireux de se faire connaitre, un trio d’adolescents paumés rêvant d’aller à Las Vegas pour gagner un concours et ainsi accéder à la fortune et à la gloire. Ce sont Butch, Stray Bullet et Postmaster P, des amis d’enfance. Mais non seulement ces trois là ne sont pas doué, ils refusent également de changer de style, préférant la musique à message, porteuse d’espoir, à la propagande antisociale.
Une dispute éclate, et quand Mack Daddy va trop loin dans ses insultes, Stray décide de lui faire payer en le dépouillant. De quoi financer leur voyage et prouver qu’ils n’ont pas besoin d’un petit mafieux pour s’en sortir. Hélas le cambriolage tourne mal et, après une fusillade, les musiciens laissent leur ennemi pour mort. Ils dérobent son or, sa flûte mais aussi le médaillon du Leprechaun qui revient alors à la vie et va naturellement poursuivre les voleurs…

 

 

Si l’intrigue fait moins “naturelle” que celles des films précédents, elle peut cependant fonctionner. La flûte permet de garder le mysticisme du gnome et d’intégrer le Hip Hop dans la narration sans trop forcer, et il y a une sorte de réflexion morale sur la façon d’utiliser la musique, mettant en opposition un rap pacifique et communautaire, peu vendeur, avec le rap bling-bling vulgaire mais à succès. Le rajout d’un antagoniste en la présence d’Ice-T permet une relation triangulaire entre les personnages, apportant rythme et rebondissements, et pour le côté Horreur, le fait que les héros dépensent l’or pour acheter du matériel offre de nombreuses victimes au lutin via les différents commerçants. Donc oui, si Leprechaun in the Hood semble poussif (c’est dire vu que l’opus précédent se déroulait dans l’espace !), il y avait moyen d’en faire quelque chose.
Mais pour cela, il aurait peut-être fallu que les responsables soient un minimum doué. Le réalisateur, Rob Spera, est déjà l’auteur de Witchcraft, le très soporifique original, et de Bloody Murder 2, ennuyeux slasher de fond de tiroir. Sans surprise, il fait de ce cinquième opus l’épisode le plus chiant de la série ! Une prouesse inconcevable, et pourtant: après une quasi demi-heure, son film s’endort sur place comme s’il avait fumé un peu trop d’herbe !

 

 

La faute pas seulement à lui, mais au groupe de scénaristes dont il fait parti. Car pas moins de cinq personnes ont participé au développement du script, et le jet final fut rédigé à quatre mains. Nuls doutes que le manque de moyens aura joué un rôle là-dedans, surtout que le résultat semble avoir été retravaillé en plein tournage. Cela peut paraitre difficile à croire, mais on peut même voir exactement a quel moment les problèmes ont commencés. Car au bout de vingt-cinq minutes, alors que le public est encore diverti par une histoire jusqu’ici amusante et dans la lignée de Leprechaun 3 et 4 (avec jeux de mots du lutins et meurtres sanglants), une scène saute littéralement au montage. Un numéro musical qui montre le farfadet découvrir le rap et improviser une chanson dans un night club, ensorcelant quelques serveuses afin qu’elles dansent pour lui.
La séquence existe toujours dans le film, mais elle mystérieusement été déplacée durant… le générique de fin ! Pourquoi ? Aucune explication, et c’est d’autant plus problématique que les femmes hypnotisée par le Leprechaun reviennent plus tard pour d’autres scènes. La première vision du film devient chaotique puisque l’on ne sait pas qui elles sont, d’où elles viennent, ni pourquoi elles travaillent pour le petit monstre. Et le pire c’est que, jusqu’ici, ce numéro ridicule participait au délire général. Voir Warwick Davis parodier les rappeurs MTV avec ses Fly Girls en tenues sexy collaient parfaitement avec tout ce qui avait été montré auparavant.

 

 

On peut y voir, pêle-mêle, un coup de feu qui arrache le bras du lutin, lequel appel sa main comme un chien afin qu’elle revienne vers lui, un pauvre Black qui se fait planter son peigne à coupe afro dans la gorge, un partage de joint entre Ice-T et le farfadet, plusieurs répliques amusantes (“You midget Midas motherfucker” dit le rappeur au lutin, qui est décrit comme étant “Chucky on crack”) et des séquences amusantes par leur absurdité. Outre le passage où Mack Daddy sort une batte de sa chevelure, il y a également ce dialogue incroyable entre lui et son ennemi surnaturel:

«– Knock knock.
Who’s there ?
Gold.
Gold who ?
Gold finger !» répond le Leprechaun avant de lui arracher le doigt pour récupérer sa bague !

Se trouvent également de nombreuses références et clins d’œil aux films précédents. La scène ci-dessus est reprise à Leprechaun 2, tout comme un passage où le monstre est enfermé dans un coffre fort. Celui de la main coupée qui retourne vers le farfadet vient de Leprechaun 1 tandis que le médaillon magique et la statue sont les mêmes que dans Leprechaun 3. L’introduction recycle celle du film original, du stock shot avec juste de nouvelles lignes récitées par Warwick Davis. L’intrigue se déroule ici à Los Angeles comme dans le second film et si les héros désirent se rendre à Las Vegas, ce n’est pas par hasard: avec le prologue se déroulant durant les 70s, on peut supposer que l’histoire se déroule vingt ans plus tard, plaçant Leprechaun in the Hood dans les 90s. Le twist final est qu’il s’agit là d’une préquelle de Leprechaun 3, même si l’ultime révélation laisse supposer que d’autres évènements se déroulent entre les deux (sans doute ceux qui vaudront à Lucky d’être estropié).

 

 

Si le recyclage d’idée est une preuve de plus que cette nouvelle suite fut conçue à la va-vite et sans véritables ambitions, en résulte quand même une atmosphère sympathique et légère qui se réclame des opus 3 et 4. Mais aussitôt que la scène du rap est supprimée, c’est comme si le monteur avait été remplacé et que de nouveaux rushes, tournés par un autre réalisateur, avaient été utilisé. Soudainement il n’y a plus d’humour, le Leprechaun apparait bien moins souvent et ses interventions se limitent à la diction de quelques rimes. Warwick Davis, autrefois habité, fait de la figuration dans son propre film et ses crimes se déroulent subitement hors champ ! Certains sont même limite incompréhensibles, comme quand un type se fait battre à mort (?) par une femme-zombie. Un commerçant est supposément démembré et, si l’on retrouve ses restes disposés dans des bocaux sur ses propres étagères, ce n’est qu’après une longue scène plus tard, le rythme s’en retrouvant perturbé.
Pendant ce temps les héros partent se réfugier chez une drag queen, Miss Fontaine, ce qui nous vaut de l’humour sexiste aussi vulgaire que le rap commercial critiqué, chez une de leur mère et dans une église où ils vont tester la flûte sur le public. De quoi rajouter des numéros de rap et une apparition surprise de Coolio, dans son propre rôle, qui apparemment passait dans le coin. Littéralement deux secondes d’apparition à l’écran !

 

 

Ce qui s’ensuit est une certaine forme d’ennui. On s’agace, même, devant le peu d’effort du réalisateur pour faire cache-misère. Il semble manquer des scènes, les décors font encore plus cheap que ceux de Leprechaun 4 (!), les acteurs sont mauvais comme des cochons et le scénario stagne. Je reste même persuadé que les mises à mort des commerçants furent tournées par l’assistant-réalisateur, tant la réalisation change et frôle l’amateurisme. Tout au plus peut-on s’amuser de la réaction du farfadet lorsqu’il découvre Miss Fontaine qui lui propose alors une passe. “I didn’t come to play with fruit. I only seek me flute.” dit-il, incertain de la réaction qu’il devrait avoir. La scène suivante, on le retrouve au lit avec le travesti, s’envoyant apparemment en l’air avec lui avant de le tuer, pour un autre meurtre nébuleux.
Pire que ça, le ton change fréquemment, jonglant entre des sketches à la Scooby-Doo (le trio se cache dans une pièce vide sans  réaliser immédiatement que le lutin est juste à côté d’eux) à des séquences dramatiques trop sérieuses, comme lorsque Butch et Postmaster voient Stray se tirer une balle dans la tête, contrôlé télépathiquement par le gnome. Pour éviter la police, ils cachent son corps dans un terrain vague, réalisant que quoiqu’il se passe désormais, leur rêve d’aller à Las Vegas tous ensemble est détruit. L’instant d’après, ils partent le venger en infiltrant le repaire de Ice-T déguisé en prostituées, gags machos à l’appui…

 

 

A partir de là Leprechaun in the Hood est définitivement perdu, et ça malgré quelques éléments qui tentent de rattraper le coup ici et là: Le Leprechaun découvre les joints, transperce le corps d’un pervers sexuel après l’avoir trompé avec une de ses danseuses et tire une balle imaginaire sur un gangster qui se retrouve avec un trou béant dans le ventre, à travers lequel on peut voir le visage médusé de Ice-T. Le révérend du ghetto cache un flingue sous podium sans réaliser que tout le monde est au courant. Une séquence montre même le gnome rendre visite à la maman aveugle d’un des rappeurs qui le prend pour un enfant. Lui servant à manger, elle lui arrache l’œil d’un malheureux coup de fourchette sans s’en rendre compte !
L’humour revient parfois, le gore aussi, et si le reste du film avait été de la même trempe, alors ce cinquième film aurait été un digne successeur des délires de Trenchard-Smith. Il semble clair qu’il y a eu un grave soucis en cours de production et une partie du film semble avoir été improvisée, comme pour forcer le tournage à rester en activité. Ou ce sont peut-être les réécritures et le fait que trop de monde a participé au script. On peut clairement identifier des éléments qui proviennent d’une histoire différente, sans doute issus d’une version antérieure s’inspirant profondément de… Dracula !

 

 

Les trois danseuses qui accompagnent le farfadet correspondent aux trois fiancées du vampire (elles sont ici vêtue de doré, évidemment), et lorsque celui-ci prend la place de Mack Daddy dans le ghetto, il est dit qu’il se fait apporter des filles différentes chaque soir, que l’on ne revoit jamais. Sauf que plutôt que de leur boire leur sang, le lutin semble les baiser à mort. Sa vulnérabilité au trèfle à quatre feuilles, bien que reprise du premier Leprechaun, évoque l’ail ou à le crucifix, car il perd temporairement ses pouvoirs. A ce titre l’idée de créer un joint piégé est plutôt marrante. Enfin le médaillon et les multiples “paralysie” du farfadet rappellent le pieu qui place le Nosferatu en torpeur tant qu’il n’est pas retiré…
Toute la mythologie autour du personnage reste d’ailleurs flou, piquant à droite et à gauche aux autres films tout en apportant des choses nouvelles. Un ouvrage intitulé Leprechaun for Dummy indique que les farfadets sont les “Elfes noirs de Satan”, et que leur or leur est précieux car il est leur “rançon contre leur liberté”, quoique cela veuille dire. Troquons le métal contre du sang, et cela pourrait là encore être intégré à une traditionnelle mythologie vampirique… Ce n’est peut-être pas un hasard si le maquillage général de la créature a été sensiblement révisé. Il reste globalement le même mais il y a des modifications notables: des cheveux plus long, une peau de visage plus sombre et globalement un faciès plus cruel. Au moins retrouve t-il ses rimes, cela rattrape les quelques passage où une doublure est utilisée, de dos, pour combler l’absence de l’acteur dans certaines scènes !

 

 

Bref, qui sait ce qui a bien pu se passer derrière la scène ? Qui sait ce que les responsables avaient en tête ? Après tout, à la même époque, Bones avec Snoop Dogg n’était qu’un remake de Scream Blacula, Scream. Dans tous les cas ce cinquième film marque le plus bas point de la série (jusqu’à Leprechaun: Origins, quatorze ans plus tard) et la Trimark choisira de s’en débarrasser une bonne fois pour toute, la refilant à Lions Gate qui ne saura pas plus quoi en faire. Il est évident que ce Leprechaun in the Hood fut une mauvaise expérience pour les producteurs et cela se répercute malheureusement sur le spectateur, qui ne s’amusera pas particulièrement.
Quant à ceux qui voudront savoir ce que vaut le rap, je n’ai pas plus de réponse. N’ayant pas l’oreille musical ni la moindre référence pour ce genre, je serais incapable de me prononcer sur la qualité des chansons, presque toutes réalisées par l’acteur principal, en une sorte d’auto-promo. Mais il m’apparait assez drôle que, dans le film, les héros n’ont pas un seul triomphe véritable avec leur musique ! Ils doivent tricher avec la flûte et sont véritablement perçu comme des losers durant toute l’histoire. On en conclura ce qu’on en voudra…

 

 

I come from the land of the Irish spring
Dublin’s the place where I learned my thing
From the Emerald Isle to your place in the hood
I’m the man of green come to do no good

Lep in the Hood, come to do no good
Lep in the Hood, come to do no good

Plenteous dope, this place is hot
There’s a lassie, she’s just my type
I hate to resort so soon to magic
Haven’t been laid in so long it’s tragic

I’m so bad, I’m good

I’ll show you what to do, so lend an ear
Don’t worry, little lassie, you’ve got nothig to fear
Sit with the lad who’s lean and green
And let me show you why I’m a love machine

Come to do no good

I’m a wee green guy who’s new to town
Show me what you do when you get down
I’ll do up, you go down
We’ll cause a scene, you’ll love the green

Lep in the Hood, come to do no good
Lep in the Hood, when we’re bad, we’re good

From the cliffs of More to your front door
Better turn out the lights and pray some more
We’re gonna party through the night until the dawn
Then you and I are gonna get it on

Lep in the Hood, come to do no good

Lep in the Hood …
Come to do no good

 

 

   

   

   

   

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