Critters (1986)

 

Critters

(1986)

 

 

Lorsqu’en 1984 sort Gremlins, c’est tout une invasion de petites créatures qui va déferler sur les écrans pour profiter du succès: les Ghoulies et Troll, produits par Charles Band, les Munchies par Roger Corman, ou bien encore les ignobles Goblins et Elves… Des petits budgets aux marionnettes très rigides, plus proches de la comédie grasse que du film fantastique mélangeant humour et terreur de Joe Dante. L’exception notable c’est Critters qui, malgré son faible budget à lui aussi, va réussir à donner vie à des créatures pouvant rivaliser avec celles de Gremlins. Un film volontairement drôle mais possédant tout de même quelques tonalités sérieuses propre au film d’horreur.

 

 

S’il est indubitable que Critters ait vu le jour grâce aux Gremlins, le projet lui-même est plus ancien que cela, ayant connu quelques années de développement. Le script de Domonic Muir (le futur Gingerdead Man, où un tueur incarné par Gary Busey se réincarne en bonhomme de pain d’épice !) intéresse un temps Roger Corman, mais la légendaire avarice du producteur empêche toute concrétisation. Le projet est vendu à Sho Films, dont l’un des associés est l’acteur Don Keith Opper (vu dans Android). Lorsque la New Line Cinema (maison de production responsable des Freddy) se procure le film, Opper va alors réécrire quelques lignes du scénario. Celui-ci va être retouché encore une fois après la sortie de Gremlins, le réalisateur préférant faire disparaître quelques séquences trop proches du film de Joe Dante pour éviter le plagiat.

 

 

Prenant ces distances avec le conte de Noël qu’est Gremlins, Critters se tourne vers une science-fiction hérité des années 50, avec l’invasion d’une petite ville américaine par une poignée de monstres extraterrestres belliqueux. Ici ce sont huit Crites (dérivé probable de critters, mot anglais désignant de petites créatures, mais parfois orthographié Krites selon l’édition du film) qui s’échappent d’une prison-astéroïde de très haute sécurité en volant un vaisseau spatial. S’arrêtant sur la Terre pour faire le plein de nourriture, ils assiègent alors une petite ferme familiale tandis qu’un duo de chasseurs de primes de l’espace se rendent sur place pour les exterminer…

 

 

L’histoire introduit des éléments communs aux vieux films d’envahisseurs avec notamment cette brave famille américaine typique composée d’un père autoritaire et bricoleur, d’une mère au foyer bonne à faire les tâches ménagères, de la jeune fille allumeuse et de son petit frère, un garnement malicieux. A leur côté, bien sûr, le shérif inefficace et l’idiot du village. Une galerie de personnages stéréotypés au possible, caricature d’une époque désuète qui fit les beaux jours de SF d’après-guerre, généralement anti-communiste. Et à ce titre la communauté campagnarde où se déroule l’action (une petite ville du Kansas) semble particulièrement arriérée. Une impression qui s’en retrouve décuplée lorsque débarque les deux chasseurs de prime extraterrestres qui restent pour le moins perplexe face à ce qu’ils vont découvrir sur Terre (la voiture, le bowling).

 

 

Car de l’humour il en est énormément question dans ce Critters qui, là-dessus, n’a rien à envier aux Gremlins. Un brin moins enfantin même, mais qui se réclame indéniablement du cartoon comme en témoigne cette scène où un Crite, après avoir ingurgité un gros pétard, se met à gonfler sous l’effet de l’explosion avant de recracher de la fumée. Le film passe ainsi son temps à jouer sur le comique de situation, tel nos chasseurs de prime qui ne savent rouler qu’en marche arrière et tirer à bout portant avec un canon géant, ou bien faisant la part belle à Charlie l’idiot du village (joué par Don Opper, qui a sûrement soigné le personnage durant ses réécritures), qui est ici assez en retrait mais qui va devenir le personnage principal de la série par la suite. Le film se permet même un clin d’œil à Ghostbusters, détournant le célèbre logo pour le recycler en celui d’une équipe de bowling. Mais ce sont les Crites qui vont remporter la palme, que ce soit par leurs répliques (en langage Crite sous-titré anglais ! Mais attention cependant, celui-ci peut disparaître selon l’édition du film et il n’a jamais été traduit en français) ou leurs réactions: l’un tente de fuir par le trou des toilettes lorsque débarque un chasseur de prime, un autre interroge une peluche E.T. en pensant avoir affaire à un congénère avant de la bouffer… Mauvais joueurs, ils iront jusqu’à faire exploser la ferme de leurs victimes au canon laser en prenant la fuite !

 

 

Critters n’est cependant pas une comédie déguisé: les morsures des créatures sont très douloureuses et plusieurs personnages en feront les frais, dans la plus grande tradition du film d’horreur. D’ailleurs au terme du tournage plusieurs séquences ont été supprimées car jugées trop violentes, la New Line désirant une classification PG-13 (interdiction aux moins de 13 ans non accompagnés). En l’état, le film ne possède ainsi pas vraiment de séquences choc et reste extrêmement sage au regard de ce qui se trouve dans le genre à la même époque. On note également une volonté de maintenir un climat stressant en faisant se dérouler la plupart du film dans l’obscurité. Un bon moyen également de camoufler les marionnettes des Crites.

 

 

Car faute de budget celles-ci n’apparaîtront à l’écran qu’un minimum, paraissant même plutôt rigides par moment. Bien heureusement leur confection est l’œuvre des frères Chiodo (les futur réalisateurs du culte Killer Klowns from Outer Space), lesquels vont façonner un design bien personnel à leurs petites créatures. Loin des aliens visqueux auxquels nous sommes habitués, les Crites sont des petites boules de poils qui pourraient presque paraître très mignonnes si elles n’étaient pas pourvue d’une bouche gigantesque garnie de trois rangées de dents ! De quoi leur permettre d’avaler à peu près n’importe quoi… Véritable petits prédateurs, ils savent également piloter des vaisseaux spatiaux, communiquer entre eux avec leur propre langage, possèdent des dards qu’ils peuvent projeter pour engourdir leurs victimes, se mettent en boule pour se déplacer plus vite et peuvent grossir jusqu’à une taille phénoménale s’ils sont bien nourris ! Autant de petites choses qui donnent une véritable existence aux Crites, une vie propre.

 

 

Une richesse qui se retrouve dans l’aspect cosmique de Critters, qui propose non pas une unique race extraterrestre mais tout un univers (qui, hélas, ne va jamais être développé dans les prochains films). Les destructeurs chasseurs de primes, capables de changer de visage à volonté, pourraient même donner sujet à un métrage à eux seuls. L’un d’eux, qui va être plus tard connu sous le nom de Ug, va jusqu’à prendre l’apparence d’un chanteur de rock typique des eighties, ce qui confère au film une dimension assez hallucinante à chacune de ses apparitions. D’autres extraterrestres sont vaguement aperçu en début de film et l’on aurait aimé s’attarder un peu plus sur eux que sur les scènes de vie quotidienne des Terriens, malheureusement leur temps de présence reste très restreint.

 

 

Critters s’embarrasse en effet de conventions et le film met un temps fou à démarrer. Il faut attendre une bonne demi-heure pour que les Crites passent enfin à l’action et que les chasseurs de prime se mettent au travail. Un défaut qui casse un peu l’efficacité du film, tout comme le cadre dans lequel se déroule l’action, se limitant finalement à une simple ferme isolée là où une ville entière nous était promis. Une contrainte budgétaire un peu trop visible, comme le côté un peu rudimentaire des Crites, toujours cachés dans l’ombre et dont on peut regretter de ne jamais clairement apercevoir la version géante au costume pourtant pas si raté que ça… Certains personnages sont franchement antipathiques (les parents) tandis que d’autres sont un peu laissé de côté (Charlie).

 

 

Fort heureusement un casting solide vient palier à ce problème: M. Emmet Walsh (Little Big Man, Serpico) vient prêter ses traits au shérif tandis que les parents seront campé par Billy Green Bush (vu dans Hitcher et plus tard dans Jason va en Enfer) et Dee Wallace, une habituée des rôles de mères puisqu’on la retrouve dans La Colline à des Yeux, E.T. et Cujo. A leurs côté un tout jeune Billy Zane qui signe là son premier véritable rôle (on l’avait tout juste entr’aperçu l’année précédente dans Retour vers le Futur). Le tandem Don Opper / Terrence Mann fonctionne à merveille et c’est avec plaisir qu’on le retrouve dans Critters 2, quant à Nadine Van der Velde, c’est dans Munchies qu’elle va poursuivre sa carrière.

 

 

Éminemment sympathique, Critters est un spectacle fort réjouissant malgré ses défauts. La fin du film appel bien sûr à une suite, laquelle va voir le jour deux ans plus tard. Une séquelle supérieure à l’original, se réappropriant tous les éléments de ce premier film en les développant considérablement et en y injectant un dose de délire encore plus massif !

 

 

 

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