Sid Haig (1939-2019)

 

On s’en doutait un peu depuis l’annonce de son hospitalisation en début de mois, mais l’éternel barbu Sid Haig s’en est allé, n’ayant finalement pas survécu aux complications liées à son infection pulmonaire. Il part malgré tout au très bel âge de 80 ans et avec un dernier film sortant actuellement dans les salles ! Une maigre consolation, même s’il faut admettre que le géant avait prit un sacré coup de vieux ces derniers temps, son apparition dans la bande-annonce de 3 From Hell le montrant plutôt amoindri. On préfèrera garder de lui l’image d’un gros dur au sourire carnassier, celle-là même qu’il n’a eu de cesse de nous montrer à travers une longue liste de bandes d’exploitation débridées et ultra violentes. Car c’est dès les années 60 que l’acteur commence sa carrière, et si cela lui permis de faire de petites apparitions dans à peu près toutes les grandes séries télés d’autrefois (L’Agence tous Risques, Batman, Drôles de Dames, L’Homme qui Tombe à Pique, MaGyver, Mission: Impossible et Star Trek, mais aussi Buck Rogers, Get Smart, Gunsmoke et The Man From U.N.C.L.E. pour celles moins connues de chez nous), c’est surtout dans la série B et le cinéma de genre qu’il gagna son pain.

 

 

Il faut dire qu’avec son physique particulier, il lui aurait été difficile de faire autrement ! Mais c’est loin d’être un problème puisque c’est grâce à cela qu’il fini par devenir une petite célébrité dans le monde des seconds couteaux. Malgré tout, la répétition de ces rôles limités finira par lui taper sur le système et il prit sa retraite au début des années 90, pour mieux se reconvertir… comme hypnothérapiste ! Cela n’empêcha pas quelques fans comme Quentin Tarantino et Rob Zombie de le courtiser pour de petites apparitions, et après quelques réticences (le Marsellus Wallace de Pulp Fiction, ça devait être lui) il fini par céder, débutant alors sa deuxième – et bien plus lucrative, merci les conventions – partie de filmographie qui l’impose comme une légende sur le retour. C’est notamment grâce au délirant House of 1000 Corpses qu’il séduisit une nouvelle génération, pour qui il restera avant tout ce Captain Spaulding mi-amusant, mi-menaçant, que l’on va pouvoir retrouver une toute dernière fois sur le grand écran… Il serait cependant dommage de limiter son œuvre à cet unique personnage.

 

 

Entre autre faits accomplis, il convient de citer sa participation au THX 1138 de George Lucas (l’avant Star Wars, et oui !) et à la franchise James Bond avec Les Diamants sont Éternels. Eddie Romero et Jack Hill en font une grande figure de la blaxploitation où il s’affiche souvent avec Pam Grier: Black Mama, White Mama, Coffy, la Panthère Noire du Harlem ou encore la série télé Shaft, toujours avec Richard Rountry. Il tourne de la sexploitation aux Philippines (The Big Doll House, The Big Bird Cage, Savage Sisters), participe à des productions Roger Corman (Blood Bath où il joue “Abdul the Arab”, La Galaxie de la Terreur, où il est tué par son propre shuriken de cristal) ou pour le compte de la Cannon (La Lambada !). On le retrouve chez Fred Olen Ray (Commando Squad, Warlords), chez Charles Band (Ghost Poker), chez Tarantino (Jackie Brown, Kill Bill: Vol. 2) et Rob Zombie l’invite dans son vidéo clip pour Feel So Numb. Citons aussi sa contribution au presque culte The Aftermath, sans doute le film post-apocalyptique le plus pessimiste jamais tourné, une présence furtive et même pas crédité au générique dans Beware ! The Blob, suite moisie du classique avec Steve McQueen, et la comédie horrifique Spider Baby où il apparait totalement glabre aux côtés de Lon Chaney, Jr.

 

 

Beaucoup moins révérée, sa période post-Rob Zombie s’inscrit principalement sous le signe du DTV. Car désormais vieux, Sid Haig ne peut que capitaliser sur son nom et gagne finalement plus d’argent en restant assis sur une chaise à vendre des autographes qu’à trimer à l’autre bout du monde devant la caméra. Les producteurs le place en tête d’affiche pour vendre leurs tambouilles même si le résultat est bien souvent décevant tant il apparait à peine. C’est l’arnaque du nouveau siècle, celle à laquelle n’échappent pas non plus les fans de Danny Trejo et de tout un tas de vieilles trognes burinées de la série B. Ainsi le retrouve t-on dans House of the Dead 2, suite plus sombre du nanar de Uwe Boll, dans La Nuits des Morts-Vivants 3D, second remake honteux et oubliable du chef d’œuvre de Romero (préférez-lui sa suite/préquelle où il est remplacé par Andrew Divoff), et dans ce Creature / Lockjaw où il joue un mix entre le Crazy Ralph de Vendredi 13 et le Cuisinier de Massacre à la Tronçonneuse, offrant de jeunes filles en pâture à un homme-alligator queutard. Tout un programme.

 

 

Peu regardant sur le contenu de ces navetons, le gaillard flirt avec les loups-garous (Dark Moon Rising), les vampires (Brotherhood of Blood), les zombies (Zombex) et avec d’autres dinosaures du cinéma de genre (le Death House que réalisa partiellement Gunnar “Leatherface” Hansen avant de mourir, et qui n’est pas du tout un remake du film de John Saxon contrairement à ce que l’on veut nous faire croire) au grès des projets, sans vraiment se préoccuper de la qualité générale de ces productions au rabais. Heureusement alors que certains camarades plus sérieux viennent le récupérer de temps à autre, comme Adam Green (Hatchet III), S. Craig Zahler (Bone Tomahawk) et surtout Rob Zombie qui ne le lâche pas (Halloween, The Lords of Salem) et lui offre ce qui va sans doute être son tout dernier film avec 3 From Hell, puisque ses autres projets n’étaient pour la plupart qu’en état de pré-production. Inutile de dire que cela va apporter un degré de lecture supplémentaire à cette séquelle où il ne semble pas apparaître bien longtemps, la bande-annonce montrant clairement Richard Brake prendre sa place dans le trio qu’il formait avec Bill Moseley et Sherri Moon Zombie.

Une chose est sûr, il va nous manquer.

 

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