Billy Drago (1945-2019)

 

Avec Brion James et Richard Lynch, Billy Drago était sans doute mon second couteau préféré à retrouver au hasard des films et des séries télé. Une trogne mémorable et naturellement imposante lui ayant valu de continuellement jouer le méchant de service. Sadique, menaçant, le pauvre acteur se montrait si naturel dans la peau d’un antagoniste qu’il serait presque plus facile de retenir les nombreux sévices qu’il commit dans sa longue filmographie (plus d’une centaine de rôles au total) que de la qualité de son interprétation, qui elle était plutôt variable d’une production à l’autre. Capable du meilleur comme du pire (son jeu outrancier dans l’épisode “interdit” de Masters of Horror, c’est quand même quelque chose), l’homme se donnait à fond dans tous les cas, se montrant tour à tour réservé ou cabotin selon son bon vouloir.

 

 

Pas question de pourrir Brian DePalma pour autant, et avec Les Incorruptibles il trouve d’ailleurs là son plus grand personnage: ce mafieux tout de blanc vêtu, tueur à gage d’Al Capone, qui fait exploser une gamine dès les premières minutes. Son ultime confrontation avec Kevin Costner demeure à ce titre l’un des meilleurs moments d’une œuvre qui n’en manque pourtant pas. On le retient aussi chez Clint Eastwood avec Pale Rider, quasi remake de L’Homme des Hautes Plaines où il fait un desperado cruel et impeccable, et aux côtés d’un Michael Jackson très abimé pour le clip de You Rock my World. L’y voir lui et Michael Madsen, façon transfuges de DTV d’action des années 90, côtoyer le Roi de la Pop demeure encore à ce jour surréaliste. Mentionnons aussi Gregg Araki, qui avec Mysterious Skin lui offrit un rôle de pervers sordide et mémorable malgré sa courte apparition.

 

 

A la télévision son physique l’amène évidemment sur le tournage d’un épisode de X-Files, mais c’est surtout avec l’ignoble Charmed qu’il va être reconnu, jouant sur plusieurs saisons le démon Barbas un peu par accident: à l’origine engagé pour une apparition unique, son charisme fait tellement effet qu’il va revenir années après années en guise de super-vilain. La série est abominable mais, pour une raison incompréhensible, Billy s’y investit totalement, surclassant tous ses partenaires de scènes. Pas bien difficile, mais respectable. Quelle tragédie que le monde se souviendra de cette purge et pas des Aventures de Brisco County Jr., version moderne et fun des Mystères de l’Ouest où il était l’ennemi juré de Bruce Campbell et accessoirement voyageur temporel du XXVIème Siècle pour venu foutre le boxon dans le Far West.

 

 

Enfin il est impossible de ne pas évoquer son long partenariat avec Chuck Norris, qui fit plusieurs fois appel à lui pour jouer son adversaire d’occasion. Que ce soit dans Walker Texas Ranger ou chez la Cannon, les deux n’ont eu de cesse de se retrouver et de se foutre sur la gueule. Il faut dire que les deux hommes partagent des origines similaires, puisqu’ils sont chacun métis et doté d’un parent d’origine amérindienne. Nul doute que cela créa des liens entre les eux, et après un faux départ (dans Invasion USA, Richard Lynch explose les roubignoles de Billy au 9mm dès la première partie, et avec Héros ils sont du même bord), ils s’affrontent copieusement dans Delta Force 2 avant de remettre ça plusieurs fois de suite sur le petit écran. Dommage que le changement d’orientation de la carrière de Norris, privilégiant le familial à la violence, mis fin a tout ça.

 

 

Mais cela n’empêcha pas Billy Drago de croiser nombre de castagneurs et autres redresseurs de torts du milieu de la série B. Entre Action et Horreur, il affronte Cynthia Rothrock (Lady Dragon 2), Danny Trejo (Zombie Hunter), Jeff Fahey (True Blood), Jeff Wincott (Martial Law 2), Joe Lara (Death Games) ou encore Olivier Gruner (The Circuit). Dans Death Ring il chasse comme du gibier le frère de Patrick Swayze et les  fils de Chuck Norris et de Steve McQueen. Le mal nommé Sci-Fighters, plus proche de Blade Runner que du Kickboxing, le transforme en un mutant très contagieux que pourchasse le regretté Roddy “Rowdy” Piper. Avec Hunter’s Blood, il fait son Délivrance à lui et veut faire un barbecue de Clu Gulager du frère de John Travolta ! Il croise l’inoubliable Grace Jones dans Vamp et Sid Haig dans Dark Moon Rising.

 

 

Dans un registre plus bizarre, ou en tout cas plus notable, il convient d’évoquer Mad Dogs de Larry Bishop. Un petit rôle dans ce film de gangster avec Gabriel Byrne, Jeff Goldlum et Richard Dreyfuss pour une intrigue clairement “décalée façon Tarantino” comme c’était la mode en 1996. Dans Tremors 4, téléfilm projetant les Graboïdes à l’époque de la conquête de l’Ouest, il joue un bounty hunter qui va former l’ancêtre de Burt Gummer à l’art du tir au pigeon. Il y joue comme une patate, mais ses dialogues sont hilarants (“Vous voulez apprendre en 25 minutes ce que j’ai appris en 25 ans ?!”) et ça suffit bien. Film sous-estimé, Cyborg 2 fait du pur Cyberpunk à une époque où ce n’était pas encore à la mode et lui donne un rôle assez incroyable de tueur à gage se faisant régulièrement des greffes de visages.

 

 

Mon préféré restera sans doute Mirror, Mirror III: The Voyeur, rien que pour le titre. La saga dérive dans le softcore pas bien méchant et les visions maléfiques montrées par le miroir hanté ne sont plus qu’un prétexte pour mettre en scènes quelques séquences érotiques. Cela dû plaire à l’acteur car il revint cinq ans plus tard pour Mirror, Mirror IV: Reflection, dans un rôle totalement différent. Mais lorsqu’il ne se perdait pas dans les tréfonds du cinéma Z (Soccer Dog: The Movie ou Children of the Corn: Genesis, huitième opus de la saga), Billy Drago retournait parfois sur le grand écran pour notre plus grand surprise. Comme dans le remake de La Colline à des Yeux par exemple, où il est hélas méconnaissable sous le maquillage et sous-exploité. Pas de chance. On se consola alors avec Imprint, l’épisode de Masters of Horror cité plus haut qui fut refusé d’antenne aux USA.

 

 

Il faut dire que le réalisateur fou Takashi Miike livre là une histoire de yokai plutôt méchante, sombre et extrêmement sadique, en témoigne la torture aux aiguilles infligée à l’héroïne. C’est peut-être à cause de la barrière du langage que Billy Drago se retrouve en roue libre, clamant ses dialogues de la façon la plus grossière possible. Ou peut-être est-ce lié à l’héritage culturel japonais, plutôt théâtral et qui passe mal dans la langue de Shakespeare. Dans tous les cas le résultat fit son impact et demeure à ce jour l’un des meilleurs épisodes de la série en plus d’être une parfaite introduction à Billy Drago pour les non initiés. C’était également une preuve que l’acteur, atypique, valait mieux que l’étiquette de “second couteau” ou de “sale trogne” de série B, et aurait fait des merveilles dans du cinéma de genre un peu “autre”.

 

 

Quoiqu’il en soit sa carrière se termina aux alentours de 2014. Né Billy E. Burrows Jr., veuf depuis 2012 (il était marié à l’actrice Silvana Gallardo, la domestique violée dans Death Wish 2 !), Billy Drago est mort lundi dernier des suites d’un AVC. Il laisse derrière lui deux fils dont l’acteur Darren E. Burrows, vu essentiellement dans la série Bienvenue en Alaska mais aussi dans 976-EVIL, Class 1999 et le revival de X-Files. On aimerait pouvoir dire que la relève est assurée, mais ce n’est évidemment pas le cas. Personne ne pourra remplacer notre Billy Drago, et nul doute qu’il doit déjà avoir retrouvé Brion James et Richard Lynch de l’autre côté. Espérons qu’ils y poursuivent leurs activités malfaisantes et que les anges filment tout ça pour continuer à faire vivre leurs légendes depuis l’au-delà !

 

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