B-Movie Posters, Volume 2 (2018)

 

Damien Granger

B-Movie Posters, Volume 2

(2018)

 

 

Entre la parution du premier et du second volume de B-Movie Posters, il ne s’est même pas écoulé un an. Comme l’auteur l’explique dans son introduction, seulement six mois séparent la rédaction des deux livres avec quelques semaines supplémentaires à compter pour la distribution. Une rapidité de publication étonnante qui aura surpris tout le monde à commencer par Damien Granger lui-même, qui ne s’attendait pas à ce que son projet prenne une telle ampleur. Après tout il lui a fallu à l’origine se battre un peu pour le faire naitre, entre un premier financement participatif avorté et de longs mois de publicité à gérer sur les réseaux sociaux pour intéresser le lectorat. Désormais non seulement plusieurs autres tomes sont déjà prévu, mais également des spin-off qui se concentreront sur des sujets bien précis. Un revirement de situation bien mérité comme le prouve l’excellent Volume 1 et le confirme désormais sa suite, tout aussi bonne si ce n’est meilleure que son prédécesseur.
Alors bien sûr le contenu et la maquette de ce deuxième volet étant similaire en tout point à celle du premier opus, en une parfaite continuité, je suis presque tenté de renvoyer le lecteur de cet article à la chronique du B-Movie Posters original plutôt que de réécrire les mêmes paragraphes. Mais il y a malgré tout bien des choses à évoquer pour vous donner envie de lire ce Volume 2, à commencer par les subtiles changements et différences qui interviennent ici et là sans trop se faire remarquer.

 

 

Commençons par la maquette, qui avait justement encaissée mon seul et unique reproche la dernière fois. J’expliquais que, devant le grand nombre d’affiches qui y était présentées, certaines avaient une taille plus réduite que les autres, les rendant parfois difficile à détailler du regard. Pas tellement un problème en soit puisque l’on peut foncer sur Internet pour les retrouver, mais cela va tout de même à l’encontre du côté artbook de l’œuvre. Le message est bien passé car le problème a été réglé: comme la dernière fois la majorité des flyers sont reproduit en pleine page, ou à un format suffisamment grand pour être lisible, mais la multiplication des petites vignettes façon timbres Poste a pour ainsi dire été abandonnée. Alors certes cela n’a pas complètement disparu et on peut parfois retrouver plusieurs images sur une même page, mais cela se fait rare et la taille d’affichage est de toute façon plus grande que dans l’opus précédent. En mon sens, seules les pré-affiches de la Full Moon souffrent vraiment du problème, ce qui tient du pinaillage.
Il faut aussi souligner un changement tellement subtile que j’ai presque l’impression de l’inventer, mais dans l’ensemble le visuel du livre parait bien plus clair que la dernière fois. Pas dans le sens “compréhensible” mais “moins sombre”: l’iconographie est bien plus nette et détaillée, les couleurs plus vibrantes et lumineuses, et si ce n’est pour une affiche un peu trouble (Puppet Master II), ce B-Movie Poster, Volume 2 saute un peu plus aux yeux que l’original. Il m’aura fallu les feuilleter tous les deux l’un derrière l’autre pour m’en assurer, ce changement étant si léger qu’on ne le remarque pas, et peut-être est-ce tout simplement lié à l’imprimeur plutôt qu’à une modification volontaire des créateurs.

 

 

Concernant le travail de fond Damien Granger reste égale à lui-même, conservant les mêmes formats d’articles et de rubriques qu’auparavant. Ce qui signifie que ses textes sont toujours aussi agréable à lire puisqu’il parvient à blinder ses minuscules chroniques d’informations intéressantes sur à propos des films, des équipes ou des conditions de tournages, alternant constamment entre différentes époques (des glorieuses 80s jusqu’à de nos jours), différents genres (Action, Érotique, Horreur, SF et d’innombrables amalgames entre chaque, trop nombreux pour être comptés) et différents types de production (du film de copain bricolé au caméscope au budget confortable en tourné en studios). Comme évoqué plus haut, nous somme dans la droite ligné du premier volume. Notons la petite nouveauté appréciable: les anecdotes personnelles. Car l’écrivain a dans les pattes des années de carrière, et forcément, il aura fait et vu bien des choses.
Alors à certaines occasions il partage de petites histoires qui sont forcément passionnantes et qui participent tout autant que les flyers eux-mêmes à dépeindre l’univers haut en couleur de la série B. De sa tentative désespérée d’acheter la VHS de Bloodsuckers From Outer Space à un vendeur bien chiant étant ado à sa rencontre maladroite avec le réalisateur de Raiders of the Damned en plein festival, en passant par son assistance technique fumeuse et enfumée sur Alien Platoon, ce sont presque de véritables Mémoires qui se forment mais délivrées de façon sporadiques et inattendues plutôt que de manière formelle et pompeuse. Parfaitement dans l’esprit du sujet en somme !

 

 

Et en parlant de ça il convient de mentionner la préface du livre qui débute sur les chapeaux de roues puisque le journaliste y explique comment aborder le sujet pour les novices qui ne savent pas par où commencer, ou ceux qui paniquent devant l’interminable liste de films présentée dans cette collection. Car apparemment il s’est retrouvé bombardé de questions à la sortie de son premier ouvrage – Où trouver une œuvre si elle n’est pas sortie chez nous ? Quelle version faut-il voir s’il existe différent montage ? Quelle langage faut-il favoriser ? Et si le film est sous-titré en japonais et doublé en suédois, et que du coup on ne comprend rien ? Alors, en véritable amoureux du genre, il explique comment faire: ne pas se prendre la tête, ne pas se soucier des détails. Ce qui compte n’est pas tant le film lui-même mais plutôt l’envie de le voir.
Et avec une nostalgie évidente qui réveillera des souvenirs à ceux qui ont commencé à collectionner / dévorer le B avant Internet, il raconte que le plaisir n’est pas non plus dans la vision immédiate de l’œuvre mais dans la chasse. Écumer les brocantes et les vides greniers, mener ses propres enquêtes pour obtenir diverses informations, tomber sur une bonne surprise, etc. Tout le fun est là. C’est un jeu où le visuel de la jaquette est ce qu’il y a de plus important puisque c’est ce qui fait justement vendre, le spectateur étant un aventurier qui va devoir tout essayer – quitte à tomber dans le panneau devant une affiche prometteuse – pour dénicher les perles.

 

 

Qui plus est, à l’heure où Internet facilite grandement les choses, il n’y a en réalité pas beaucoup d’excuses. Certes maitriser la langue de Shakespeare est un bonus non négligeable mais on peut désormais aisément se procurer ce que l’on désire, de manière légale ou non, en quelques associations de mots-clés. Le projet n’a de toute façon jamais été de créer un catalogue à éplucher, mais plutôt d’œuvrer pour la préservation de ces films mineures et ignorés qui font rarement l’objet de restauration ou de réédition (saluons au passage tous les éditeurs de part le monde qui font des merveilles pour ressortir ces titres des limbes de l’analogique et leur offrir une nouvelle jeunesse). En fait B-Movie Posters est un témoignage, celui de l’existence de tous ces morceaux de pellicules trop fous, trop extrêmes, trop déviants, trop “autres” pour être acceptés par la norme. Les freaks de la fiction, dont on ne parle jamais et qui pourraient bien disparaitre un jour faute d’être reconnus.
C’est un improbable devoir de mémoire qui vous donne toutes les clés en mains (dates, titres et noms sont précisés à chaque chronique) pour vous lancer dans l’exploration de cet univers, mais il ne tient qu’à vous de vous en donner la peine.
Même le vétéran sera forcé de s’incliner devant le travail abattu puisque l’on y trouve de tout. Soixante chroniques auxquelles il faut en rajouter une bonne centaine via les différents dossiers composés pour l’occasion. Au programme de jolis visuels bien sûr, à commencer par l’extraordinaire couverture issue de Ghost of Camp Blood, huitième opus de la saga, qui sait où placer les priorités.

 

 

Plusieurs célébrités viennent faire coucou, tel The Uninvited et son chat mutant qui se cache dans un autre chat, The Brain et son cerveau carnivore, le tout premier Witchcraft qui est particulièrement chiant ou encore ce génial train fantôme qu’est Spookies. Mais il y a aussi les curiosités intrigantes comme Inner Sanctum 2 et les titres méconnus qui méritent le coup d’œil (Empire of the Dark, Scared Stiff). On retrouve sans surprises de nombreux habitués comme David DeCoteau, Fred Olen Ray, la Troma, les frères Polonia ou encore Eric Roberts et Gary Daniels, mais aussi quelques nouveaux comme Olivier Gruner et même Leo Fong (à quand la chronique de Low Blow, bon sang ?). La rubrique Art of… se focalise sur tout un tas de sujets différents et nous transporte des Mockbusters (Copies Pirate et ses faux Pirates des Caraïbes) à la pin-up (Strippers, Cheerleaders & Sorority Sisters et surtout le génialement nommé MILF, pour Mummies I’d Like to Fuck), de la jeune Full Moon aux braves gars d’Astron-6 et décortique savamment les frasques de Godfrey Ho. Les Philippines et la Thaïlande sont également à l’honneur avec un historique plutôt grandiose de leurs vieux essais dans le genre.
Du coup lorsque l’œil ne s’égare pas sur les magnifiques graphismes colorés et délirants qui parsèment les pages (Bloodmarsh Krackoon, Night Frenzy et la pré-affiche de Totem sont tous de grands gagnants), il a de quoi lire de très belles choses. A commencer par le dossier-hommage sur Norbert Moutier, rédiger avec une justesse touchante et bien loin des commentaires moqueurs que l’on peut trouver dans les bonus DVD de Ogrof.

 

 

La biographie complète de Godfrey Ho inclut certains passages indéfendables comme sa relation trouble avec les Triades et cette horrifiante affaire d’immeuble incendié en une fraude à l’assurance qui aura fait de nombreuses victimes. Non content de faire la lumière sur pas mal de choses concernant la manière de fonctionner des films de ninjas moustachus, le journaliste va jusqu’à déterrer des choses introuvables (Magic Emerald) et les titres originaux des films chinois ou taïwanais recyclés qui composent les fameux 2 en 1. Voilà qui force le respect. On y lève le voile sur quelques artistes dont tout le monde se fout mais aux parcours intéressants, tel Brian Thomas Jones dont est évoqué le délirant Rejuvenatrix / The Rejuvenator dont l’introuvable affiche originale est carréement publiée ici. De la même manière, on n’hésite pas à non plus à faire connaitre les petits nouveaux en pleine ascension, en témoigne les commentaires élogieux (et mérités) sur The Editor du collectif Astron-6, probablement le meilleur dans le style “vrai-faux” rétro.
Inutile d’en dire plus sous peine de recopier l’article précédent. B-Movie Posters, Volume 2 est une réussite qui vous donnera envie de vous (re)plonger à corps perdu dans ce cinéma alternatif. Attention cependant, car réviser et développer un goût pour le genre pourra vous amener à ne pas toujours être d’accord avec ce qui est raconté ici: je suis par exemple loin de partager l’engouement de l’auteur pour Night of Something Strange tandis que Puppet Master II est ici considéré comme moins bon que le premier opus, ce qui me parait impensable.

 

 

Une question d’avis évidemment, ce qui est en fait très positif tant les connaissances de Damien Granger peuvent vous donner un sacré complexe d’infériorité. Le jeu est alors de relever les petites erreurs et les oublis, comme l’absence de Gerrit Graham dans la liste de guests de Chopping Mall, où lorsque l’article sur Bad Channel se désole que la prometteuse scène post-credits n’amena à rien… alors que justement si, Dollman vs. Demonic Toys étant le Avengers de Charles Band qui incluait (avec un gros retcon) les évènements de ce film ! Enfin il y a l’utilisation des titres alternatifs qui peuvent parfois surprendre: Pledge Night est chroniqué en tant que A Hazing in Hell, Star Slammer sous celui de Prison Ship, et Chopping Mall redevient Killbots. Un choix volontaire puisque le journaliste privilégie les noms originaux des œuvres (comme il le fait pour les dates) avant que les délires des distributeurs ne viennent tout modifier, mais qui pourra déconcerter ceux qui ont l’habitude de se référer aux titres plus connus.
Alors s’agit-il de défauts ? Pas du tout. C’est juste une manière de trouver artificiellement quelque chose à redire sur un travail impeccable abattu par un mec doué et totalement dévoué à son projet, histoire de taquiner (et le premier qui dit que je suis jaloux, je le défonce – au moins cette fois j’ai réussi à m’incruster dans les remerciements de fin, mais en même temps qui ne l’est pas ?). C’est également histoire de vous montrer a quel point les “reproches” faisables au bouquin sont ridicules tant cette deuxième fournée de B-Movie Posters est tout bonnement parfaite.

 

 

Il convient de féliciter comme il se doit les responsables, l’écrivain et son partenaire maquettiste, Matthieu “Mighty Matt” Nédey, fanzineux qui lui aussi bosse comme une bête de somme puisqu’on le retrouve sur Les Films du Placard, Cathodic Overdose, Everyday is Like Sunday ou encore Monster Squad. Un duo qui est bien parti pour duré puisqu’il va passer à la vitesse supérieur: ce n’est pas un, mais deux nouveaux livres qui sont à venir prochainement. Ce sera bien évidemment l’attendu Volume 3, mais aussi le premier hors-série dédié à un thème spécifique, B-Movie Posters: Creature Feature Edition, qui s’intéressera donc aux grosses bêbêtes carnivores qui pullulent dans les films de mutations génétiques et d’attaques animales. Une sortie simultanée est prévue pour Mai et nul doute que le résultat sera très satisfaisant. En attendant l’intéressé est prié de garder contact avec la page Facebook du projet où de nouvelles affiches sont fréquemment mises en ligne pour faire patienter.
Et ne ratez pas les pré-commandes qui débuteront le mois prochain car vous pourriez passer à côté de quelques bonus franchement sympathique. Ainsi ce Volume 2 proposait des répliques de flyers pour quelques films de la Full Moon alors annoncés sous le label Pulp Fantasy qui n’a finalement jamais vu le jour. Ce sont Prison of the Dead et Sideshow, réalisés par David DeCoteau et Fred Olen Ray respectivement, ainsi que Buried Alive et Lagoon, qui auront été abandonnés. Ces superbes pré-affiches évoquent évidemment les EC Comics en combinant horreur et érotisme, et font superbe une fois encadrées et accrochées sur un mur. Une excellente initiative forcément vendeuse que l’on espère voir être répétée par la suite !

 

 

 

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