Amityville 3D (1983) AKA. Amityville III: The Demon

 

Amityville 3-D

(1983)

 

 

Après un second volet réussi, la saga Amityville va se développer en une franchise peu glorieuse qui commence avec ce troisième épisode. Les bons résultats de Amityville II permettent la mise en chantier d’un nouveau film qui ne va cette fois-ci non pas s’inspirer d’un “fait divers réel” (à savoir la fumeuse histoire de maison hantée des Lutz pour le premier épisode, et le massacre des DeFeo pour la séquelle) mais partir d’un scénario original écrit par William Wales, dont il s’agit du seul et unique travail de sa carrière. Pas étonnant d’ailleurs puisque son script accumule les emprunts aux grands classiques du genre sans jamais innover, et que tout le concept de cet épisode ne réside finalement que dans sa fameuse 3-D, un gimmick dans l’air du temps puisqu’à la même époque d’autres séries filmaient ainsi leur troisième volet comme Meurtres en 3-Dimensions, le troisième Vendredi 13 (1982), et Les Dents de la Mer 3D (1983). Un fond sacrifié au profit de la forme, et cela témoigne de l’origine mercantile de cette nouvelle séquelle réalisée tout juste un an après la précédente pour capitaliser. Dire qu’Amityville 3-D part du mauvais pied n’est pas un euphémisme surtout que cette fois-ci les producteurs ont probablement voulu éviter les sujets fâcheux et polémiques de Amityville II (famille désunie, inceste et surtout un final hautement pessimiste où les Forces du Mal triomphent de la religion chrétienne) en concevant un produit conventionnel au possible. Un film de commande dont le pauvre Richard Fleischer, réalisateur talentueux de 20.000 Lieues Sous les Mers et de Soleil Vert, ne réussira pas à sauver les meubles…

 

 

Amityville 3-D nous présente la célèbre maison hantée dans une version qui n’aurait jamais accueilli les Lutz. Après le massacre de la famille DeFeo, elle est désormais occupée par une extralucide qu’un couple se décide d’aller voir dans l’espoir de communiquer avec l’esprit de leur enfant décédé. Durant la séance apparaît un ectoplasme mais il s’agit en aucun cas d’un fantôme car la médium est en fait une escroc et celle-ci se fait démasquer avec toute son équipe par le faux couple de clients, en fait deux collègues travaillant pour un journal à scandale. Après avoir démasqué la supercherie, l’un d’eux décide d’acheter la maison en raison de son prix très abordable et s’y installe pour travailler son roman et profiter du calme que va lui offrir son divorce à venir. Cela n’est pas au goût de son ex-compagne qui n’apprécie que modérément de voir sa fille s’installer en ces lieux, ni de sa collègue qui est témoin de phénomènes étranges et que personne ne veut croire. Et pendant ce temps, la force maléfique qu’abrite la maison se réveille et se met à agir, commençant par tuer l’agent immobilier responsable de la vente…

 

 

Une histoire simpliste dont le manque de continuité avec les précédents volets ne choque pas outre mesure puisque la maison se suffit à elle-même, sans qu’il y est besoin de créer un lien avec les aventures précédentes. Dans le doute, les producteurs décidèrent toutefois de prévenir les spectateurs que le film n’est en aucun cas une suite directe du premier ou du second opus en plaçant un avertissement en fin de bande-annonce. Il faut reconnaître que le procédé n’est quand même pas très malin car faire table-rase des évènements à chaque film n’aide pas à la cohérence et beaucoup se demandèrent comment les protagonistes pouvaient encore acheter la demeure hantée après tout ce qui s’y était passé. C’est pourtant bien la réputation de la maison qui pousse les protagonistes à enquêter dessus après le canular et on peut supposer que cette idée est reprise sur l’idée générale qui veut – et heureusement – que toute l’histoire derrière la véritable maison d’Amityville n’est qu’une vaste escroquerie (et à ce titre on peut signaler que la famille Lutz possède des droits sur le film original et son titre, The Amityville Horror, obligeant les producteurs a utiliser uniquement le simple nom de “Amityville” pour éviter toutes poursuites).

 

 

Il existe toutefois un lien entre Amityville II et Amityville 3-D, celui-ci tenant du fait que ces deux séquelles ont été distribuées par Orion Pictures et produites (ou plutôt “présentées”) par le célèbre Dino De Laurentiis, là où le premier Amityville n’était qu’un film indépendant. La production a décidée dans les deux cas de faire totalement abstraction des évènements de ce dernier et de ne pas mentionner les Lutz, coupant clairement les ponts avec “l’histoire vraie” et les contraintes financières que cela aurait impliqué. Plus anecdotique, on peut remarquer que le film recycle la même créature démoniaque qui apparaissait déjà dans Amityville II. Un démon blanc brièvement aperçu qui ne fait ici encore qu’une courte apparition en fin de métrage, dans ce qui reste le passage le plus mémorable du film puisque bien plus démonstratif que l’ensemble du métrage, terriblement ennuyeux.

 

 

Car oui, Amityville 3-D est d’une lenteur soporifique. Son script bavard accumule les longueurs, tuant dans l’œuf toute possible montée de suspense qui de toute façon ne serait pas allée bien loin compte tenu de la faible qualité de l’écriture de Wales, mais aussi du manque total d’implication de Richard Fleischer. Le cinéaste qui nous a offert quelques classiques du genre, comme Les Vikings avec Kirk Douglas, Le Voyage Fantastique et bien sûr Soleil Vert, est ici relégué au rang de simple tâcheron qui se contente de faire son boulot sans jamais y mettre du cœur. Et si l’on peut s’étonner de voir un réalisateur tel que lui se retrouver aux commandes d’une production comme celle-ci, il faut savoir que l’homme traverse une bien mauvaise passe dans sa carrière. Après cet Amityville, il enchaîna sur les très mauvais Conan le Destructeur et Kalidor, la Légende du Talisman avant d’arrêter purement et simplement le cinéma quatre ans plus tard. Une participation se limitant finalement à la simple mise en images des scénarii, au point qu’il pourrait s’agir de n’importe qui d’autre et personne ne ferait la différence. On imagine les impératifs des studios obligeant Fleischer a mettre sa personnalité au placard au profit d’une réalisation neutre et sans risque.

 

 

Et Amityville 3-D ne risque pas d’avoir la moindre identité tant tout ce qui se passe à l’écran n’est qu’une copie éhontée de plusieurs œuvres connues du genre: les forces démoniaques peuvent désormais attaquer hors des murs de la maison en créant de faux accidents (La Malédiction), le héros étant bloqué dans un ascenseur devenu fou (L’Ascenseur, réalisé la même année) ; nous apprenons que la fameuse bâtisse de la série a été construite sur un ancien cimetière indien et le héros s’y installe pour finir d’écrire son livre (Shining) tandis que la dernière partie du film voit une équipe de parapsychologues s’installer avec toutes leurs machines pour résoudre l’affaire avant que la bicoque ne s’autodétruise (Poltergeist, sortie un an auparavant)… Autant de séquences qui surviennent dans l’indifférence générale puisque la mollesse de la narration suffit déjà a comprendre que Amityville 3-D ne vaut rien. Les déboires des protagonistes sont rares et entrecoupés de longues scènes de parlotes inutiles et exaspérantes.

 

 

A la vérité cela importait peu pour tout le monde puisque la production avait tout misée sur un gadget pour appâter le public: la 3-D. Conçu pour profiter d’une mode éphémère qui ne fut jamais un gage de qualité par ailleurs, Amityville 3-D s’illustre donc comme ses grands frères d’effets spéciaux en relief nécessitant une paire de lunettes particulières qui étaient fournie au cinéma lors des projections. Mais comme les autres productions usant de ce stratagème, le film pêche d’une véritable utilisation de l’effet qui se fait finalement assez rare. Sur la totalité du métrage, les implications de la 3-D sont terriblement limités et n’interviennent que bien peu au regard de ce que l’on attendait: la plupart des objets mis en valeur sont simplistes (appareil photo, micro, main tendue) et il va falloir s’accrocher pour supporter la vision d’une mouche maléfique sans rire. Seul la scène de l’accident de voiture s’en sort avec les honneurs… Bien entendu, tous ces films perdirent leur effet 3-D lors de la sortie vidéo et Amityville 3-D ne fait pas exception, sa version “plate” se voyant bien entendu renommé pour l’occasion,  devenant Amityville III: The Demon. Les multiples éditions DVD ne réintègrent pas la version 3-D pour la plupart, ce qui fait qu’il est désormais difficile de pouvoir regarder le film tel qu’il fut conçu.

 

 

Mais avec ou sans 3-D, Amityville 3-D demeure un sombre navet pénible à voir qui en rebutera plus d’un et qui laisse un goût amer devant certains choix scénaristiques. Pourquoi avoir troqué le très étrange passage dans la cave de la maison de Amityville II au profit d’un ancien puits pas terrifiant pour un sous (sans parler de l’illogisme de sa présence puisque la maison est construite près d’un lac) ? Pour quelle raison la maison se fait-elle exploser au final puisque le démon parvient à tuer la seule personne qui pouvait éventuellement lui porter atteinte ? Comment le scénariste pensait-il nous effrayer en nous montrant les forces du mal survivre à travers le corps d’une mouche à la fin du film ? L’apparition du monstre lui-même prête plus à rire qu’autre chose et finalement on ne retient pas grand chose des exactions de la maison hantée, si ce n’est que celle-ci envahi votre logement de vermines, fait exploser votre facture d’eau chaude et réduit le mètre carré de votre salle de bain ! Une scène impayable nous montre en effet la pièce rétrécir sur elle-même pour écraser le héros occupé à réparer son robinet, une séquence intéressante en soit mais qui s’achève sur une note d’humour involontaire lorsque l’on comprend que jamais le personnage ne remarque quoique ce soit, échappant à la mort sans même sans rendre compte !

 

 

Le reste du film accumule les fautes de goûts comme ce ridicule fantôme violet, tout aussi raté que le faux revenant verdâtre de début de film dont se moquaient les protagonistes. Le scénario se contente de quelques facilités (sursauts, bruits de pas à l’étage, hors champ) et de phénomènes surnaturels grossiers et déplacés (la tête d’un démon apparaît sur une photo, une femme se prend un vent enneigé dans la figure). Une seule scène sort du lot, bien que tout son concept soit reprit à La Malédiction, c’est celle de la l’accident de voiture. Une séquence très souvent tronquée selon les diffusions télés et les éditions DVD en une stupide censure: lorsque la collègue du héros est immolée par le feu dans son véhicule, après une collision, la scène a tendance à s’arrêter avant l’arrivée d’un automobiliste qui découvre la voiture, dont l’intérieur est enfumé, et met à jour le cadavre calciné de la femme en ouvrant la portière. Un incendie surnaturel se déclenche alors et brûle le tout. La mise en scène de Fleischer apporte une atmosphère envoûtante très plaisante le temps de cette séquence.

 

 

 

Mais l’histoire et la réalisation ne sont pas les seuls éléments qui plombent le film et il faut notamment citer la musique limite parodique composée par Howard Blake, qui avait déjà œuvré sur le Flash Gordon de 1980, produit par Dino de Laurentiis. Un score ridicule conférant au film une aura encore plus ringarde et qui fait tâche comparé aux partitions de Lalo Schiffrin pour les deux premiers Amityville. Peu réussi également est le jeu des acteurs, visiblement peu concernés par ce qui se passe autour d’eux, Tony Roberts le premier. L’homme qui fut au côté de Al Pacino dans Serpico et qui a tourné dans six Woody Allen incarne le protagoniste principal sans grande conviction, demeurant même parfaitement inexpressif lors des scènes dramatiques (la mort de sa fille ou l’apparition d’un fantôme ou d’un démon). A ses côtés la pauvre Candy Clark (vu dans American Graffiti de George Lucas et L’Homme qui Venait d’Ailleurs avec David Bowie) est contrainte de jouer la potiche effrayée par des signes que personne ne voit avant d’être rapidement expédiée et seul Robert Joy, alors tout débutant (on l’a vu plus tard dans La Part des Ténèbres et dans le cinquième Justicier avec Charles Bronson), tire son épingle du jeu en composant un professeur en parapsychologie plutôt posé et censé. Très amusant de constater qu’il va retrouver la même brûlure au visage infligé à son personnage des années plus tard dans le Land of the Dead de George A. Romero. Impossible surtout d’oublier une Meg Ryan encore inconnue dans le rôle d’une adolescente délurée qui pense que l’on peut faire l’amour avec les fantômes !

 

 

Assurément le plus mauvais épisode de la saga, Amityville 3-D cumule une série de défauts qui vont devenir récurant dans les prochains opus. Il signe aussi la fin de la franchise au cinéma puisqu’il a fallu attendre jusqu’en 1989, soit six ans, pour voir débarquer un Amityville 4. Un simple téléfilm qui sort directement en vidéo comme le feront tous les autres films de la série. Le seul avantage de cette séquelle aura été d’abaisser le niveau si bas qu’il sera difficile de faire plus nul pour la suite.

 

 

Veuillez pardonner la faible qualité des captures de la scène coupée, mais son absence dans le DVD aura nécessité de se procurer une autre source, de bien moindre qualité.

 

Avertissement des producteurs

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>