Troma’s War (1988)

 

Troma’s War

(1988)

 

 

Difficile de croire qu’il fut un temps où la Troma était suffisamment sérieuse pour bénéficier de distributions en salles. C’était pourtant le cas dans les années 80, même si tout changea après ce Troma’s War, mis en chantier en 1986 mais gardé au placard pendant deux ans jusqu’à une sortie cinéma catastrophique en 1988 qui poussera la petite boite à rester fondamentalement indépendante et anti-hollywoodienne. Il faut dire que le concept s’accordait mal au paysage politico-social de son temps: c’était les années Reagan, la glorification de la guerre par une administration ultra patriotique, anti-communiste et pro armes à feu. La mode  est à la violence et le cinéma livre ces Invasion USA, Rambo II, L’Aube Rouge et autres productions que tout bon gauchiste se doit de considérer réactionnaire et fasciste. Cette Amérique, le duo Lloyd Kaufman / Michael Herz la juge beauf et dangereuse et décide de s’en moquer comme il se doit avec leur nouvel opus qui parodie donc le film de guerre, comme Toxic Avenger le faisait avec le film de Justicier et Class of Nuke ‘Em High avec la teensploitation.

 

 

Le résultat est une caricature anarchiste et très punk de stéréotypes déjà éculés: le one man army, le sens du devoir et du patriotisme, la menace terroriste forcément étrangère, et l’image du vétéran du Vietnam héroïque. Tout cela se retrouve amplifié, déformé au point de ne plus avoir de sens, tandis que les scènes d’actions sont aussi délirante que celles d’un Hot Shot! 2 mais avec bien plus de sang. A vrai dire les responsables voient tellement gros qu’ils gonflent leur budget comme jamais au point d’atteindre la somme de trois millions de dollars, chose qu’ils ne pourront plus jamais s’autoriser par la suite. Une somme impensable pour un Troma, mais nécessaire considérant le nombre d’explosions, fusillades, impacts sanglants et cascades véhiculaires que nécessite leur histoire. Impressionnant aux yeux de l’habitué de la compagnie, mais sans doute indigeste à ceux du public de base qui aura bien du mal à accepter ce drôle de mélange où des scènes d’action crédibles et efficaces côtoient des personnages grotesques et l’habituel humour pipi-caca-érotique de la compagnie.

 

 

Le scénario est de toute manière quasi inexistant, simple prétexte à un jeu de massacre au point qu’il fait pour une bien meilleure adaptation des jeux vidéos Far Cry que le film de Uwe Boll. Un avion de ligne en provenance de Tromaville s’écrase ainsi sur la petite île de Ilsa de Providencia, située en plein territoire cubain et occupée par une bande de terroristes se préparant à l’invasion imminente des États-Unis. Parce qu’ils sont un peu stupides, ces derniers pensent que les survivants du crash sont des commandos américains venu contrecarrer leur projet et leur donnent aussitôt la chasse, forçant le groupe blessé et apeuré à se réfugier au cœur de la jungle. Certains sont fait prisonniers et les autres se décident à les secourir, utilisant les moyens du bord pour tuer l’ennemi avant de découvrir qu’un complot encore plus grand relie ces guerrilleros à l’armée Russe et même aux dirigeants corrompus de leur propre pays. Il ne tient qu’à eux de résoudre l’affaire en massacrant tout le monde… si toutefois cela leur est possible, car nos héros sont loin d’être compétents.

 

 

Des personnages qui évoquent plutôt Les Bronzés que Les 12 Salopards puisque l’on y trouve quelques vieilles dames, un prêtre rigolo, un retraité manchot, une bimbo aveugle, un businessman très exigeant et même un groupe de rock punk plus préoccupé par l’état de leur matériel que de leur propre survie. Il n’y aurait pas beaucoup à attendre de cette bande s’il n’y avait pas dans leur rang un ancien soldat, une sorte d’agent secret cachant divers gadgets meurtriers sur sa personne et un jeune homme plein de bon sens faisant le médiateur. Contre toute attente ces américains moyens vont finir par devenir de vrais petits G.I. Joe en utilisant aussi bien leur environnement que les armes abandonnées par leurs adversaires, dérouillant les terroristes par dizaines: une maman étouffe un garde avec le pyjama de son bébé, l’handicapé en bas un autre à mort avec sa prothèse de bras et l’ex-militaire devient psychotique, se faisant un collier d’oreilles qui n’a de cesse de s’agrandir (ironiquement il perdra la sienne). Les rebelles sont poussés dans les sables mouvants ou se retrouvent avec des grenades fourrées dans la bouche.

 

 

Bref, Monsieur et Madame tout le monde se transforment en véritables barbares, mais leurs ennemis ne sont pas en restes. S’ils se montrent d’une stupidité confondante (un vigile perché dans un arbre trahi sa position en pétant involontairement, un Néo Nazi pense que tous ses prisonniers sont forcément Juifs), ils sont eux aussi capable du pire. Ainsi un haut gradé ordonne à l’un de ses hommes de se tuer devant tout le monde pour prouver que son armée de fanatiques lui est fidèle, et il y a ce Señor SIDA au visage ravagé par la maladie a qui l’on offre quelques filles à violer. On retrouve une gamine dans leur rang avec l’idée d’un embrigadement façon Jeunesse hitlérienne, et les personnes en charge de l’opération sont des monstres au sens littéral car il s’agit de frères siamois reliés par le visage ! Des créatures tout droit sorti d’un film de Frank Henenlotter que nos héros iront séparer d’un bon coup de machette. Cette force armée sadique prend grand plaisir à tourmenter les touristes égarés, comme lorsqu’ils arrachent à la main la langue du prêtre pour qu’il arrête de chanter ses prières !

 

 

Une séquence pour le coup très sérieuse et un rien perturbante puisque l’homme d’église va continuer de fredonner malgré tout, en gargouillant, pour ne pas plier face à la tyrannie. Son tortionnaire l’exécute alors d’une balle dans la tête, la mise à mort étant montrée de la façon la plus réaliste possible. Des moments chocs comme ça on en retrouve quelques autres comme lorsque l’on peut entendre un bébé pleurer tandis que la caméra nous montre l’épave d’avion prendre feu, ou quand ce brave gars condamné par un cancer décide de se sacrifier dans une mission suicide, mais se fait aussitôt dégommé par un sniper. Autant de séquences réussies qui font presque regretter que Troma’s War ne soit pas un film un peu plus sérieux, car du reste la violence est exagérée à l’extrême et donne plus dans le cartoon qu’autre chose: les impacts de balles font couler des litres de sang, une fille crache trois ou quatre dents après avoir reçu un coup à la mâchoire, les visages se déforment complètement lors de morsures de serpents ou de chutes mortelles… Le titre alternatif de 1,000 Ways to Die n’était pas galvaudé.

 

 

Bien sûr il faut garder en tête que la chose a été réalisé par deux rebelles à l’humour lourdingue, et le film est loin d’être un simple défilé de scènes gore. Il y a ces punks qui pensent à s’envoyer à l’air alors qu’ils viennent à peine de s’extraire des débris du crash. Ce terroriste au nez difforme qui grouine comme un cochon. Les héros fouillent un garde pour ses armes mais ne trouvent que des préservatifs, et des ménagères tentent de comprendre le fonctionnement d’une M60 en se référant à leurs aspirateurs. La bande-son est truffée d’effets sonores de dessins animés et de musiques totalement décalées façon Gardiens de la Galaxy (le tube Alive de Chris DeMarco). Les filles dévoilent évidemment leur poitrine de la façon la plus gratuite possible et certaines répliques sont franchement hilarantes (“Come here, you pseudo-socialist slut”). Et jusqu’à l’après-générique où tous les morts de la bataille finale se relèvent pour saluer la caméra. Certes ce n’est pas très fin mais on se marre franchement, et certains détournements des stéréotypes de l’Amérique patriotique fonctionnent à fond.

 

 

Le plus drôle est sans doute le dernier: après la destruction totale du repaire terroriste, les protagonistes pleurent leurs pertes et trouvent un peu de réconfort dans l’idée d’avoir agit comme des héros. L’une d’entre eux proteste avec chagrin: “What are you talking about ?! They’re all dead !” – la seconde d’avant, ils assassinaient froidement celui qui avait agit en traitre et rejoint l’ennemi pour sauver sa peau. Sans surprise, Troma’s War n’aura pas plu et Michael Herz reçu même un coup de téléphone de Richard Heffner, président de la MPAA à l’époque, qui tenait à lui dire que le film n’était vraiment pas bon. Le comité lui sucra tout de même un bon quart d’heure, supprimant quelques impacts de balles, des scènes montrant des personnes immolées par le feu, et forçant les réalisateurs a retirer les frères siamois et le Señor SIDA du montage. Avec eux disparait toute la sous-intrigue impliquant l’utilisation de cette maladie comme arme de dévastation sur le sol américain. D’après Lloyd Kaufman, le résultat était tout simplement irregardable et ce montage n’a jamais été commercialisé depuis lors.

 

 

Tant mieux puisque cela nous permet d’apprécier le film dans toute sa splendeur. Le fan des productions Troma n’en sera que plus heureux puisque c’est l’occasion d’y voir la première apparition de la légende qu’était Joe Fleishaker, sorte de mascotte de la firme que l’on retrouva par la suite de films en films. Initialement casté comme simple figurant, il tapa dans l’œil des cinéastes qui rallongèrent son rôle (comprendre par là qu’au lieu de simplement apparaitre à l’écran avec d’autres, on le voit tuer quelqu’un et se faire tuer en retour). Un autre habitué sympathique qu’il convient de mentionner c’est le toujours chauve Dan Snow, ici dans le rôle du prêtre, plus connu pour jouer ce gangster à cigare récurrent dans les trois premiers Toxic Avenger et le chef de police nazillon dans le quatrième. Autant de retrouvailles sympathiques qui perdent leur signification face au grand public et qu’il aurait fallu sacrifier à la longue si la Troma avait continué à collaborer avec les major companies de l’industrie. Finalement le titre du film, “La Guerre de Troma”, possède une sorte de double sens qui est intéressant à remettre en perspective !

 

AIRBORNE !

 

 

 

GALERIE

 

   

   

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>