Railgun Portable – StormWatch #4 & 6 (1997)

Lost (and found) in the 5th Dimension

Épisode 28

 

RAILGUN PORTABLE

StormWatch #4 & 6 (1997)

 

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Si l’on peut tromper l’ennui de la même manière que l’on trompe sa femme, on peut aussi s’y prendre différement. Et en ces périodes de confinements qui se répètent et s’éternisent, il faut apprendre à s’occuper autrement qu’en s’envoyant en l’air. Hélas. En ce qui me concerne j’ai donc décidé, sans trop savoir pourquoi, de me réattaquer à l’œuvre complète de Warren Ellis, mais dans le sens inverse de sa chronologie. Après tout enchaîner des titres comme Planetary ou Transmetropolitan demeure un plaisir quel que soit leur ordre de publication. En revanche remonter le temps ainsi s’avéra un peu plus pénible lorsqu’il fut question de passer de The Authority à son prédecesseur StormWatch, et une fois achevé le second volume de ce dernier, je n’ai pas trouvé le courage de me farcir le très moche Volume 1 qui a prit un sacré coup de vieux.

“Quésaco StormWatch ?”, me dira le novice en comic book qui n’a certainement aucun souvenir de l’émergence d’Image Comics ni de sa fragmentation en plusieurs petites compagnies différentes. Pour répondre grossièrement, il s’agit de l’équivalent du SHIELD de la Marvel mais dans un autre univers où se mêlaient des personnages comme Spawn, Savage Dragon, Gen 13 et quelques autres super (anti) héros d’une nouvelle génération lors des années 90. En guise de Nick Fury, l’équipe était menée par le Weatherman, un cyborg chauve au design complètement repompée sur celui de ce mec de L’Empire Contre-Attaque (Lobot où je ne sais quoi) qui fini par faire un heel turn pas vraiment surprenant avant d’être remplacé par un nouveau Weatherman Black plus sympathique même si intransigeant, préfigurant de ce fait un peu ce qui arrivera au véritable Nick Fury.

 

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Comme la plupart des BD pour ados d’alors, les intrigues se focalisaient principalement sur la technologie de pointe plutôt que sur le super-héroïsme primaire, et il était impossible de lire une page de quoique ce soit sans tomber sur un cyborg, un hologramme ou un vaisseau spatial. Une manière de réunir le public des comics et celui des jeux vidéos, qui pourtant bien souvent ne faisait qu’un, et de donner un peu de sang neuf à un genre perçu par quelques uns comme vieillot et “plus vraiment cool”. Qu’elle soit légitime ou non cette remise en question fut prise très au sérieux par les entreprises se disputant le marché, et nombreux furent les artistes qui modernisèrent et réinventèrent leurs vieux concepts dans l’espoir de ne pas paraître trop démodé. Mais si certains le firent intelligemment, la majorité se contenta de bâcler le travail sans trop y penser.

Soyons honnête, pour beaucoup la solution au problème fut simplement de faire partouzer Mortal Kombat avec Le Cobaye puis de transformer chaque personnage en des sosies de Wolverine ou du Punisher en leur donnant les plus grosses épées ou les plus gros flingues possibles. Et c’est dans cet improbable arsenal que j’ai décidé de piocher le sujet de ce nouvel épisode de Lost (and found) in the 5th Dimension, car si l’objet en question est affreusement générique et n’est qu’un MacGuffin au sein d’une story arc qui sert surtout à introduire les personnages d’Apollo et de Midnighter pour la toute première fois aux lecteurs, il est quand même plutôt cool, il faut bien l’avouer. La raison étant principalement son apparence, puisque pour une fois il fut vraiment question d’exploiter le côté cybernétique du concept plutôt que de simplement coller un lance-roquettes à une mitrailleuse Gatling.

 

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Donnant sensiblement dans le body horror, l’arme est un fusil high-tech utilisant un véritable cerveau humain comme système de guidage. Une invention qui devrait être impossible à produire selon Apollo, dont la super-vision lui permet de comprendre le fonctionnement de la chose : le cerveau est relié à des calculateurs quantiques qui établissent leur cible selon sa taille, sa forme, sa couleur de peau ou même son style vestimentaire. De cette manière il est impossible pour le tireur de se tromper ou de rater son tir. Un examen conduit un peu plus tard par un membre de StormWatch confirme que la matière grise est d’origine humaine en plus de l’identifier comme étant “récemment fabriquée”, un peu comme le serait un clone ou un réplicant. Les munitions ne sont pas en restent puisque l’on y détecte une forte présence de buckminsterfullerène, une molécule qui existe belle et bien et n’est pas juste là pour faire savante.

Pour reprendre Wikipédia, elle est utilisée dans le domaine des nanotechnologies comme roues de fabrications, pour divers types de nanomachines, et théoriquement il serait également possible de la manipuler pour créer un matériau plus dur que le diamant. A cela se rajoute un système de tir électromagnétique qui en fait donc un véritable railgun, lequel est décrit ici comme étant la toute première version portable jamais conçue. Voilà qui reste discutable considérant les différentes super technologies qui évoluent régulièrement dans les pages de WildStorm Comics, mais peu importe, le but étant surtout de faire de cette arme une abomination futuriste très dangereuse. On imagine bien comment un petit groupe de terroristes peut avoir le dessus grâce à ce truc, même confronté à une équipe de surhumains, et voilà l’excuse parfaite pour grossir les rangs StormWatch.

 

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L’ironie c’est que le fusil n’est jamais utilisé une seule fois contre les héros, hormis durant la brève introduction d’Apollo et Midnighter où il s’avère totalement inefficace. On ne voit même pas concrètement ce qu’il est capable de faire, l’artiste se contentant de montrer le tireur en pleine frénésie de la gâchette plutôt que représenter les tirs eux-mêmes ou le verrouillage cérébral de la cible. Un exemplaire est broyé par le pseudo Superman tandis qu’un autre repose dans les locaux de StormWatch, et c’est à peu près tout. Le reste de l’histoire, qui s’étire en trois numéros de StormWatch #4 à #6, s’intéresse plutôt à son fabricant, une entité nommée Nevada Garden qui fut secrètement développée par l’ancien Weatherman, du temps où il planifiait ses sombres projets. Surprise : il n’y a pas grand monde aux commandes car tout y est automatisé !

Pour rester dans le thème de la terreur technologique, Warren Ellis présente une usine techno-organique ayant autrefois appartenu à The Engineer, monstre cyborg en perpétuelle évolution qui abusait des nanomachines pour produire tout ce dont il avait besoin. Son Jardin était une sorte de corne d’abondance destinée à prouver sa supériorité et sa capacité quasi divine à fabriquer n’importe quoi, l’endroit pouvant générer à volonté des matières organiques et inorganiques comme de simples plantes, et les fusionner si besoin. Une perversion du transhumanisme qui va parfois loin, comme lorsqu’un bio-réacteur (d’origine Daemonite, clin d’œil aux WildC.A.T.s) développe ses propres défenses et surtout ses propres gardes, humanoïdes exhibant quelques difformités comme de multiples visages sur une même tête.

 

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Bref, plein de petites choses intéressantes à propos de ce “railgun portable” qui n’a même pas de nom officiel et n’apparaît que dans une poignée de cases. On s’amusera notamment de sa représentation visuelle ultra excessive par les illustrateurs Bryan Hitch et Paul Neary, qui semblent s’être amusé à parodier ce qui se faisait à l’époque. L’arme est ainsi surdimensionnée et limite impossible à épauler correctement, avec un canon principale doté de trois museaux ainsi que d’un second plus petit installé sur un bras articulé. Les cylindres à gaz sont des tubes organiques dégoûtants, un compteur digital façon Aliens est visible sur le côté de l’arme et un compartiment s’ouvre pour révéler un intérieur phosphorescent qui me rappel un peu la bio-puce folle de L’Ascenseur. Aussi, il y a des leviers et des manettes absolument partout.

 

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J’imagine que le manuel d’utilisation doit être aussi gros qu’un annuaire de téléphone et c’est bien le gag. Ce flingue est tout bonnement absurde, permettant à Warren Ellis de se moquer de ses pairs et de leurs idées à la noix, et en ça l’objet n’est finalement pas très différent du pistolet à diarrhée de Transmetropolitan. De nos jours la satire se perd sans doute un peu puisque l’hyper masculinité et ses attributs parodiques ont pratiquement été bannis de l’industrie de peur de choquer le monde et de paraître sexiste, ou machiste ou quelque chose. Il n’y a qu’à voir chez Marvel comment Cable, une montagne de muscle ne se déplaçant jamais sans un fusil aussi grand que lui, a été transformé en jeune éphèbe pré-pubère ne dégageant par une once de virilité pour éviter tout problème. Même Lobo a un temps subi le même traitement chez DC.

Mais bon, on aura toujours l’incroyable catalogue des Xtreme 90s pour se marrer un coup et Warren Ellis pourra continuer à se moquer de ses camarades à travers ses… ah non, c’est vrai… lui aussi a été boycotté pour comportement abusif. Un peu sa faute à vrai dire, le bonhomme ayant apparemment décidé sur ses dernières années de profiter de sa célébrité pour coucher avec quelques jeunes femmes en leur promettant monts et merveilles. C’est très con et je doute que Elijah Snow, Midnighter ou Spider Jerusalem auraient approuvés, même s’il est amusant de voir que personne n’accuse les demoiselles d’avoir marché dans la combine en toute connaissance de cause. Peut-être que la prochaine fois au lieu de greffer un cerveau à un flingue il pourra s’en greffer un à la bite, après tout cela ne serait pas si éloigné que ça de ses thèmes habituels…

 

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