Penitentiary III (1987)

 

Penitentiary III

(1987)

 

 

Quelle meilleure façon de commencer ce troisième opus qu’en montrant son héros, Martel “Too Sweet” Gordon, tenir un gobelet d’urine d’une main tremblante ? Pas de doute, nous sommes bien dans une production Cannon, la glorieuse firme des israéliens Golan et Globus. En 1987, la popularité de la boite n’est plus à faire et pas mal de leurs films connus sortent cette année là: American Ninja attaque son second volet, Charles Bronson rempile pour un quatrième Death Wish et Ruggero Deodato tourne l’improbable Barbarians avec les frères Paul. Hélas c’est aussi la période où l’entreprise montre de sérieux signes de faiblesses, particulièrement en raison de surendettements. Le projet Spider-Man, qui n’a jamais vu le jour, en est principalement responsable, engloutissant des montagnes de dollars pour des prunes et forçant le duo à rogner de plus en plus sur leurs autres budgets.
Résultat, sont produits en catastrophe quelques “blockbusters” sans le sou, Golan et Globus espérant capitaliser sur les titres des films pour attirer la foule et donc remporter la mise au box-office pour rembourser leur déficit. C’est ainsi que les très drôles (et ratés) Superman IV et Les Maîtres de l’Univers furent conçus cette année là, leur qualité déplorable allant ironiquement enfoncer les derniers clous du cercueil de la Cannon.
Au regard de tout ça, Penitentiary III apparaît comme un petit film insignifiant et va sortir dans l’indifférence générale. Même les fiches Wikipedia et IMDB ne semblent pas être tout à fait à jour et omettent de préciser le lien entre l’œuvre et la compagnie. Il faut dire que les deux patrons devaient être très occupés et leurs noms n’apparaissent même pas au générique. Leur contribution à certainement dû être minime au-delà de quelques directives, et Jamaa Fanaka revient alors au poste de scénariste et de réalisateur, partageant cette fois celui de producteur avec son complice Leon Isaac Kennedy, lequel reprend évidemment le rôle de Too Sweet.

 

 

Puisque la franchise a été “récupérée” par la Cannon, cela signifie qu’il n’y a plus de liens avec les originaux si ce n’est le personnage principal. Exactement comme Death Wish 3, qui déviait de ses prédécesseurs, Penitentiary III se transforme en une série B gonflées aux hormones, complètement à l’opposé du film original et dépassant haut la main l’étrangeté du second volet. Celui-ci, comme je l’expliquais dans ma chronique précédente, pourrait presque être vu comme un épisode de transition, permettant d’accepter plus facilement cette différence de ton. Quiconque passerait directement du premier au dernier film serait totalement perdu et en proie à l’incompréhension la plus totale.
Cependant il serait difficile d’accuser uniquement la Cannon à propos de cette métamorphose, et à vrai dire il semblerait que Fanaka soit l’unique responsable de cette surenchère dans le n’importe quoi. Après un premier film comme Penitentiary, on pouvait estimer que le résultat derrière Penitentiary II était dû au fait que le cinéaste avait préféré s’investir sur la forme (le côté technique) plutôt que sur l’histoire. Mais ce serait oublier que l’homme possède en fait une fascination pour l’absurde et le bizarre, comme le prouve son délirant Welcome Home Brother Charles (1975, quatre ans avant Penitentiary) où un détenu sort de prison et se venge de ceux qui l’ont condamné en les tuant avec… Son pénis mutant qui peut s’allonger indéfiniment ! Du coup, forcément, le nain castrateur et le caveau médiéval de ce troisième volet ne paraissent pas tellement surprenant dans la filmographie du bonhomme.
Le Penitentiary original avait probablement était soigné et conçu de manière à éviter les problèmes, en raison de la subvention gouvernementale qui lui fut alloué.

 

 

Fanaka accouche ici d’un script étrange qui conviendrait beaucoup plus à une franchise comme Bloodsport (dont le quatrième volet est d’ailleurs très similaire), avec un héros combattant qui est contraint de participer contre son gré dans un tournoi clandestin. On retrouve les graines de ces prémices dans les opus précédents, mais l’idée est ici poussée à son paroxysme avec ce riche criminel qui contrôle toute la prison depuis sa cellule, ces boxeurs dopés à une substance qui augment leur force physique et ce repaire secret où est enfermé un nain gladiateur réduit à l’état de bête sauvage. Pour autant, on peut tout à fait comparer ces éléments avec leur équivalent du premier Penitentiary et en conclure que cette seconde séquelle n’est en fait rien d’autre qu’une sorte de remake !
L’histoire s’ouvre sur un match de boxe amical entre Too Sweet, qui a poursuivit sa carrière professionnelle et demeure toujours aussi populaire, et un combattant nommé El Cid. Nous sommes prévenu que les deux hommes sont de très bons amis et le match se déroule effectivement dans les règles de la bien séance. Seulement l’entraineur de notre héros verse une drogue dans sa boisson, un acte de conspiration justement observé par un individu suspect caché dans le public. La substance fait effet et le boxeur entre subitement dans un état de rage incontrôlable, s’acharnant dangereusement sur son adversaire. Résultat, El Cid décède et le comportement de Too Sweet ouvre une enquête qui révèle la présence du produit dans son organisme. Suspecté de s’être dopé, condamné pour homicide involontaire, Too Sweet se retrouve condamné à trois ans de prison ferme.

 

 

Il n’est même pas encore arrivé au pénitencier qu’un détenu lui annonce, pendant le convoi, qu’est organisé une compétition de boxe très prochainement. Non seulement ça, mais il y a en fait deux équipes qui s’affrontent pour le contrôle du bâtiment: d’un côté les quelques détenus enrôlées par le directeur de la prison, officiellement la personne en charge mais qui n’a en réalité aucun pouvoir, de l’autre les poulains de Serenghetti, un criminel richissime qui est le véritable maître des lieux. S’il s’engage avec le premier, Too Sweet peut éventuellement permettre un retour à l’ordre et peut-être obtenir les faveurs du directeur. Avec le second, il peut gagner une prime de 1000 dollars par combat, plus 5000 en cas de victoire du tournois, mais surtout protéger sa propre vie car personne ne désire se mettre à dos ce Parrain de la pègre carcérale.
Mais hanté par l’acte qu’il vient de commettre, il décide d’abandonner la boxe car il redoute cette part de Ténèbres qu’il s’est découvert au fond de lui-même. Pour lui la drogue n’est qu’une excuse et la substance fait ressortir ce qui est déjà là. Aussi refuse t-il les offres des deux hommes, préférant faire sa peine loin de la violence et des gens qui pensent pouvoir l’exploiter comme une simple chose. Bien sûr les deux partis le prennent très mal, et si le directeur en reste là, Serenghetti s’offusque de l’attitude du champion et considère cela comme un affront personnel. Il envoie son “monstre”, le mystérieux Midnight Thud, s’occuper de son cas. Une créature qu’il garde enfermé dans les sous-sols de la prison et qu’il utilise pour détruire tout ceux qui s’opposent à lui. Naturellement Too Sweet est un trop bon combattant pour être mis hors jeu et il terrasse la Bête.
Ne supportant pas qu’on puisse lui tenir tête, Serenghetti décide de détruire le champion et l’enferme dans les geôles, où il lui fait subir des électrochocs afin de briser sa volonté. Torturé, isolé, malade, Too Sweet aurait certainement trouvé la mort si Roscoe, son co-détenu et jeune boxeur en admiration, n’avait pas retrouvé sa trace…

 

 

Le reste de l’intrigue suit le schéma classique des autres Penitentiary, avec le retour du héros sur le ring pour venger la mort de ceux qui croyaient en lui. Ici le jeune boxeur soigne son idole afin qu’il puisse l’entraîner personnellement et l’aider à gagner le tournoi. Car parmi les participants se trouve un adversaire redoutable, See Veer (surnommé ainsi car il “botte des culs sévèrement”), que personne n’a jamais vaincu. S’ils parviennent à triompher, le directeur promet de leur accorder tout ce qu’ils voudront.
Rétablit, Too Sweet prend sur lui de former ce jeune poulain tout en développant des liens avec le Midnight Tud qui les observe depuis sa cellule. En fait de monstre, celui-ci n’est qu’une des victimes de Serenghetti et fut rabaissé à l’état de bête primaire à force d’électrochocs et de mauvais traitements. Naturellement, l’antagoniste a vent de la situation et donne à See Veer la même drogue qu’il avait utilisé sur Too Sweet afin de s’assurer la victoire. Roscoe survit à la confrontation mais il est transféré à l’hôpital à cause de ses blessures. Voilà qui en est trop et le champion décide de participer pour mettre un terme à cette situation. Un peu trop tard peut-être, la compétition étant trop avancée pour que cela fonctionne. Martel “Too Sweet” Gordone va alors miser le tout pour le tout: un combat véritable, sans règle ni arbitre, dont l’issue sera décisive. Du pain bénit pour Serenghetti qui se voit déjà gagnant, lequel sélectionne son champion personnel pour l’occasion: le géant Hugo. Un titan surhumain dont la force va être décuplée par l’utilisation de la fameuse drogue.
Cependant Too Sweet va compter sur l’aide inattendue du Midnight Thud, redevenu lui-même et capable d’élever le champion au-delà de ses capacités…

 

 

Comme on le voit, de grandes portions du premier Penitentiary sont rejouées ici, bien que déformées. Dans les deux cas Too Sweet est condamné pour un crime dont il n’est pas directement responsable, se retrouve obligé de participer à un tournoi de boxe, sympathise avec un détenu qui va malheureusement être victime de l’antagoniste et va finalement gagner sa libération à la force de ses poings. Entre temps, il aura un long combat dans sa petite cellule (le fameux duel avec le nain, en fait repris à la meilleure scène de l’original où il affrontait son rival Half Dead dans les mêmes conditions) et se permet une escapade sexuelle à l’abri des regards tandis qu’un entraineur de génie le prend sous son aile pour le rendre encore plus performant qu’il ne l’est déjà. Le directeur de prison, un Blanc, est coupable d’actions illégales mais jamais perçu comme un ennemi, et Too Sweet refuse d’être vu comme une simple “propriété”, ce qui était l’un des grands axes de Penitentiary.
Bref, le squelette de l’histoire est exactement le même et il est possible que Fanaka n’ait pas eu le temps de créer une nouvelle histoire de toute pièce pour cette occasion. Les productions Cannon sont connues pour être particulièrement précipitées (avec parfois plus d’une dizaine de sorties par an) et les réalisateurs / scénaristes n’avaient certainement pas le loisir de travailler tranquillement sur leurs projets. Du coup on peut supposer que Fanaka s’est contenté de recycler son script original en modifiant drastiquement les détails et l’ambiance afin de camoufler la fraude, ne versant dans l’originalité que lors de la toute dernière partie du film qui s’éloigne de la boxe traditionnelle et présente une forme de combat libre.
Ainsi Penitentiary III est un ancêtre de ces films de MMA contemporains et, en remarquant que les producteurs sortirent le célèbre Bloodsport tout juste un an plus tard, mettant en scène un concept similaire sur plus grande échelle, on peut également le voir comme le précurseur de ceux de tournois d’art martiaux qui fleurirent par la suite (les Kickboxer, Shootfighter, Bloodfist et autres Best of the Best).

 

 

Il faut d’ailleurs peut-être y voir là la patte de Golan et Globus, car ça serait tout à fait leur genre de demander au réalisateur d’orienter le film dans cette direction, afin d’amorcer une mode intéressante à exploiter. Auquel cas, l’unique inventivité de Penitentiary III serait un rajout qui ne viendrait même pas de son créateur original ! Mais soyons beaux joueurs, et reconnaissons que Fanaka lui-même a pu être responsable de ce changement de direction.
La Blaxploitation a parfois été influencée par les bandes en provenance d’Asie, qui circulaient dans les cinéma (les fameuses Grindhouses) au même moment, et nombreux étaient ceux qui faisaient de leurs héros Black et musclés des adeptes du kung-fu. Ici par exemple, Leon Isaac Kennedy adopte un look similaire à celui de Bruce Lee au début d’Opération Dragon pour son combat final (gant MMA et slip noir) tout en singeant son maniérisme et en reprenant certaines de ses tactiques du Jeu de la Mort, qu’il employait contre le géant Kareem Abdul-Jabbar. De la Blaxploitation à la Bruceploitation, il n’y a qu’un pas qui est ici largement franchi lorsque l’on garde en tête que Bruce Lee est mondialement reconnu comme l’inventeur des arts martiaux mixes.
Amusant de revoir le film maintenant, à l’heure où des acteurs comme Scott Adkins et Michael Jai White se démènent comme ils peuvent pour faire revivre le sous-genre du film de baston et introduire au reste du monde le concept de Free Fight. Ils y arrivent très bien et cette forme de combat est désormais reconnue et adoptée par beaucoup, revigorant effectivement un type de cinéma tombé en désuétude à travers des cascades et des chorégraphies inédites et visuellement incroyables.

 

 

Et comme pour mieux dresser le parallèle, il est impossible de ne pas comparer la trilogie Penitentiary avec celle de Undisputed (chez nous Un Seul Deviendra Invincible), où figurent justement Adkins et White. Dans les deux franchises, le premier volet traite de matches de boxe en prison, avec un regard crédible, plausible, sur la situation. Il ne s’agit même pas vraiment de films d’action à proprement parlé et ils utilisent simplement ce sujet au cœur d’une histoire réaliste. Puis vient le second volet qui commence à modifier les choses. Penitentiary II part dans le n’importe quoi avec son Mr. T oriental, ses nains partouzeurs et son atmosphère en dents de scie. Undisputed II transforme littéralement son protagoniste, passant du boxeur professionnel au corps épais (Ving Rhames) à celui d’artiste martial multidisciplinaire au physique d’Apollon (White). L’intrigue devient équivalente à celle de Penitentiary III avec des combats clandestins livrés dans les souterrains d’une prison miteuse et l’incarcération du personnage principal qui est un piège pour le faire participer. Enfin l’ultime volet va encore plus loin dans la surenchère, avec chez Undisputed un improbable tournoi inter-prison et son héros qui surmonte un handicape logiquement irréparable.
Pour Penitentiary, cela se traduit par une dernière aventure totalement absurde qui ne perd pas un instant pour montrer à son public sa véritable nature. Passé le prologue, le film entre dans le territoire de la parodie avec cette musique mélancolique au saxophone qui se fait entendre lorsque Too Sweet monte dans le fourgon de transfert. La caméra balaye l’intérieur du véhicule et nous découvrons que cet air de Blues est joué par le prisonnier qui est assis juste à côté de lui. Il débarque dans une prison encore moins crédible que celle des opus précédent et se met à dos un méchant de carnaval.

 

 

Serenghetti, un albinos avec la voix enrouée de Marlon Brando et la coupe en brosse peroxydé de Frank Zagarino dans Project Shadowchaser. Une tête pensante forcément famélique par rapport aux gros bras qui l’entourent, des larbins capables d’envoyer bouler un type sur trois mètres d’un seul coup de poing. Habillé bling-bling comme Karl Lagerfeld, façon aristocrate du XIXème siècle avec dorures et bijoux, et doté d’ongles long à la Fu Manchu, ce génie criminel vit perpétuellement reclus dans sa cellule qu’il décore façon Louis XVI et se fait servir du champagne sur commande. La raison d’un tel luxe ? Tout simplement parce qu’il a su profiter du système de paris des précédentes tournois et a mis le directeur sur la paille (qui jouait avec le budget d’État de la prison !), rachetant carrément le pénitencier au passage.
Pourtant il ne se pavane pas dans les couloirs tel un empereur et ne quitte en fait jamais les murs de sa petite cage, posant même des rideaux occultant pour empêcher quiconque de l’observer et forçant ses visiteurs à lui tourner le dos car personne n’a le droit de poser le regard sur lui. J’ai presque envie de dire qu’il s’est créé une prison dans sa prison et qu’il se renferme dans un environnement encore plus confiné que celui du détenu lambda, mais passons. La seule exception à la règle est Cleopatra, sa favorite, vêtue comme une princesse mais pour qui il n’a aucun égard et qui a tout juste le droit de lui faire les ongles de pied. Un travelo, forcément, car il ne pouvait en être autrement avec Jamaa Fanaka. Car oui, arrivé là il n’est guère surprenant de retrouver son étrange point de vue sur l’homosexualité, sorte de fascination / répulsion qu’il revisite constamment.

 

 

Encore une fois ici, seuls les antagonistes ou les idiots se livrent à ce penchant et il s’agit clairement d’un moyen d’asservissement plutôt que d’un acte purement sexuel. Too Sweet à le droit de s’envoyer en l’air avec une femme de caractère tandis que Serenghetti se contente d’un objet sexuel soumis et d’allure ridicule.
Sans être poussée à l’extrême, le concept est tout même un peu plus exploré que précédemment ici, notamment lorsque nous découvrons que la compétition de boxe inclue maintenant une division féminine. Les prisonnières d’une autre prison (ou d’une autre aile du pénitencier, rien n’est expliqué et ça sort de nulle part) ont également le droit de se battre entres elles et ne s’en privent pas. A priori voilà un bon redressement de valeur qui change un peu de l’univers macho dans lequel est enfermé le genre du film de combat, d’autant plus que, tout comme Too Sweet avait le droit de profiter d’une prostituée en gagnant des matches dans Penitentiary, cette fois c’est lui qui est la récompense de la gagnante !
Et pourtant Fanaka en rajoute avec son jugement, montrant une brève scène où deux boxeuses, en plein combat, finissent par s’agripper, s’interrompent et s’embrasser subitement, sous les huées d’une foule consternée et déçue. La vainqueuse, en revanche, est une femme qui assume son hétérosexualité à la manière du pire des films porno: “On m’appelle Sugar, parce que j’adore la canne à sucre”. Et Too Sweet, d’abord réticent de prendre du plaisir vu sa situation difficile, fini par sourire et considérer qu’il s’agit là d’une très bonne forme de thérapie…

 

 

Le reste du film est une succession de choix étranges de la part du réalisateur, un peu comme si le but réel de Penitentiary III était de surprendre constamment le public et de le faire s’interroger sur le bon sens du cinéaste. Comment expliquer ce gardien de prison qui a été redoublé afin de le rendre bègue sans aucune raison ? Le choix du kimono doré offert par Serenghetti à son champion, le fait que Leon Isaac Kennedy surjoue sa scène de fièvre à la manière d’un enfant, l’utilisation abusive de la machine à fumée pour créer l’ambiance, ou encore cette scène où le Midnight Thud pisse en ricanant sur le directeur de prison qui l’observait par la lucarne ?
Évidemment rien ne peut rivaliser avec cette absurdité de personnage. Un “monstre” qui prend la forme d’un nain bodybuildé, vêtu d’un pagne et d’un collier SM, sorte de version miniature d’un être primitif. Il grogne comme un animal, halète et exhibe une dentition en mauvaise état qui n’est là que pour rappeler de quelle façon Serenghetti l’utilise: il ne se contente pas de passer à tabac ses victimes, il les émascules ! Ainsi tout ceux qui s’opposent au criminel voient leur “virilité” être arrachée à coup de dents puis rejetée dans les toilettes. Là, question symbole, Fanaka ne pourrait pas être plus clair. Jamais le terme “concours de bites” n’aura autant pris sens, surtout durant le combat contre Too Sweet où le héros semble lui-même terrasser son adversaire en lui mordant le sexe. Une manière de dire qu’il domine la créature au point de lui retirer sa propre… Masculinité.
Pour autant la scène n’est pas totalement illustrée et laisse plus l’imagination parler. Le nain est perché sur les épaules du boxeur, lui couvrant le visage avec son entrejambe, puis du sang gicle de la bouche de Too Sweet alors qu’il parvient à rejeter son agresseur. Théoriquement, on pourrait tout autant supposer que le hérps a été blessé à la bouche par les protections à pointes dont est vêtu le Midnight Thud, mais l’idée d’une morsure reste la première image qui vient en tête.

 

 

Ce personnage est une source intarissable de séquences effarantes, inénarrables quand bien même je vais essayer. Lorsqu’il ne dévore pas le sexe des détenus, il est enfermé dans un sous-sol tendance donjon médiéval éclairé à la bougie, fumant sa pipe à crack alors qu’un projecteur diffuse en boucle un vieux porno vintage sur les murs de sa cellule. Il vit en compagnie des rats, lesquelles semble même lui réclamer une bouffée de fumée de temps à autre, ce qui peut d’ailleurs mal finir pour les rongeurs (la drogue c’est mal, compris ?).
Lorsqu’il est convoqué, ce sont des gardiens en combinaisons protectrices qui viennent le chercher, portant également des masques de soudure pour se protéger. Cela vous semble excessif ? Et pourtant c’est nécessaire tant le Midnight Thud est imprévisible. L’une de ses techniques de combat consiste, tenez-vous bien, à faire de grands moulinets des bras et ainsi faire un vol plané incroyable jusqu’au plafond. Pratique pour sauter par-dessus ses adversaires. Le plus fou c’est que Fanaka semble tout à fait y croire, et selon lui les Noirs sont ainsi capable de s’envoler (car au contraire, les Blancs ne savent pas sauter, c’est bien connu). Notre monstre de foire va donc apprendre ce secret à notre héros, lui répétant en boucle “Fly, Too Sweet !” lors de son combat contre Hugo. “Libère-moi et je te montrerai de la magie” disait-il. C’est pratiquement ça tellement ses méthodes semblent provenir d’un autre monde. La corde à sauter est remplacée par une chaine qui fait des étincelles dès qu’elle racle le sol et l’endurance se travail en claquant une lourde porte en métal renforcé sur le torse de Too Sweet. “Le secret c’est dans les tripes”, confesse le nain avant de répéter en boucle “guts ! guts ! guts !ad nauseam. Qu’on se rassure, sitôt que son champion à un coup de blues, le Midnight Thud lui tire la joue pour le remettre d’aplomb. Effet garanti !

 

 

Et dans tout ce joyeux bazar, Jamaa Fanaka continue de vouloir faire de Too Sweet une sorte d’anti-héros sombre et limite asocial, toujours à la manière de John Rambo. Lorsqu’il parvient à humaniser le monstre de Serenghetti et que le directeur de la prison s’étonne d’un tel changement, le boxeur répond avec ironie. “It’s amazing what a little self respect will do to a man”. C’est court, ça paraît hors sujet par rapport à tout ce qui se trouve dans le film, mais c’est efficace. Et lorsqu’enfin Too Sweet surmonte tous les obstacles, destitue l’empereur criminel et se voit offrir la possibilité de retourner dans le pénitencier avec le reste de l’humanité en attendant sa libération, celui-ci décline. “No, I prefer the quiet”.
Poussif, Fanaka va jusqu’à inclure un surprenant (et hilarant) symbole christique durant le combat final: propulsé violemment par un coup puissant, le corps blessé du champion heurte un mur, les bras en croix. Lorsqu’il retombe au sol, on peut voir une emprunte sanglante en forme de crucifix sur la paroi.
Cela peut paraître incroyable, mais, finalement, peut-être pas tant que ça. L’interprète de Too Sweet, Leon Isaac Kennedy, officiait également au poste de producteur sur ce film et a donc certainement pu glisser quelques unes de ses idées personnelles en cours du tournage. Quelques années après Penitentiary III, l’acteur se retire du cinéma et va devenir un pasteur évangélique, allant jusqu’à ouvrir sa propre paroisse: Kennedy Healing Love Ministries. Il y a donc fort à parier que tout cela lui trottait déjà dans la tête et qu’il voulait se mettre en scène avec une forte imagerie chrétienne et se présenter comme une sorte de libérateur et voix de la raison.

 

 

Terminons ce tour d’horizon avec les quelques uns de ses partenaires de scène, à commencer par Raymon Kessler, l’interprète du Midnight Thud. Celui-ci fut catcheur pendant une courte période pour la WWF sous le nom du Haiti Kid et participa même par deux fois au plus grand évènement annuel de la fédération: Wrestlemania. Croyez-le ou non mais en 1986, soit tout juste avant Penitentiary III, il s’y trouve justement au côté de Mr. T pour un match contre Rowdy Roddy Piper (oui, le héros de John Carpenter pour son Invasion Los Angeles). Nul doute que c’est ainsi que la rencontre avec Fanaka s’est opérée puisque, pour rappel, la star de Rocky III était la grosse attraction de Penitentiary II.
Roscoe, l’allié de Too Sweet, possède un visage que vous trouverez peut-être familier. Certains se souviendront de lui dans Les Goonies, où il était le rival de Josh Brolin et se faisait plaquer par l’une des héroïnes durant la scène du puit. L’albinos Serenghetti marqua peut-être les esprits par sa bizarrerie car son acteur, Anthony Geary, partit ensuite jouer le rôle mémorable et tout aussi déjanté de Philo, l’extraterrestre du film UHF avec “Weird Al” Yankovic. Enfin, sortant de nulle part le temps d’une scène, un jeune Danny Trejo vient jouer le rôle de See Veer, exhibant comme d’habitude son tatouage et sa belle moustache. Maintes fois employé par la Cannon, il figurait déjà au générique de Death Wish 4 cette même année.
Si ce n’est pas encore la fin de carrière du duo Fanaka / Kennedy, ce dernier volet de la trilogie Penitentiary marque tout de même la conclusion de leur collaboration et leur dernier “grand” travail. Jamaa Fanaka ne réalisa qu’un seul film après cela, toujours un peu fou mais bien moins remarquable: Street Wars, où un citoyen qui ne supporte plus l’invasion de la drogue décide de faire le ménage dans son quartier, survolant la ville en ULM et descendant les dealers au Uzi depuis le ciel ! Le réalisateur arrêtera là sa carrière une bonne fois pour toute, avant de décéder quelques vingt ans plus tard…

 

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