Killjoy (2000)

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Killjoy

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L’humanité est rarement du genre à s’entendre, c’est la raison pour laquelle le monde est secoué par toutes sortes de conflits. Il existe pourtant en ce monde une chose qui semble mettre tout le monde d’accord: Killjoy est une grosse merde. Pas un seul critique ou chroniqueur ne se risquera à dire le contraire, et il est difficile de nier que le film est raté, mal branlé et sans aucune originalité. Rien de surprenant à ça puisque l’on retrouve Charles Band à l’origine du projet, à une époque où sa compagnie commence à gravement piquer du nez. En cette période charnière que fut la fin des 90s / début des années 2000, la Full Moon a perdu beaucoup de collaborateurs, partenaires et sources de revenu, et ses productions atteignèrent un niveau de qualité très discutable. Mais parce que l’espèce humaine semble condamnée à être en constant désaccord, je vais maintenant faire l’apologie de ce Killjoy premier du nom, qui n’est en fin de compte pas si nul que ça.

 

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Tout d’abord il convient de préciser qu’un film de la Full Moon n’est pas la même chose qu’un blockbuster Hollywoodien, et qu’on ne regarde pas Gingerdead Man vs. Evil Bong comme on regarderait Mission: Impossible – Fallout, ce n’est pas comparables. Ensuite il faut rappeler que les choses étaient si catastrophique pour la compagnie que Charles Band commençait à démarcher d’autres petites compagnies afin qu’ils s’occupent de faire ses films pour lui. De la sous-traitance qui se ressent fortement dans l’apparence des œuvres mises en boite: shootées au caméscope sans un sou en poche, ils sont l’équivalent digital du shot on video des années 80. Des titres comme Deathbed, Demonicus ou Hell Asylum, sont ainsi tous techniquement lamentables et très éloignés des séries B qui auront fait la renommée du producteur par le passé. Il n’y a alors a priori aucune raison de penser que Killjoy sera différent.

 

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Après tout Big City Records, la boite choisie pour donner vie au projet, ne roule pas sur l’or et il suffit de jeter un œil à ses autres productions réalisées à la même époque pour s’en rendre compte: Cryptz, The Horrible Dr. Bones, Ragdoll… De la blaxploitation tournée dans le ghetto du coin n’ayant que pour seule ambition de rameuter la faune locale dans les vidéoclubs de tonton Charlie. Mais pour être honnête le résultat n’est pas plus mauvais que d’autres œuvrettes spécialisées dans le même genre (comme la trilogie Corrupt, Urban Menace et The Wrecking Crew d’Albert Pyun), et l’argument surnaturelle vient donner un peu d’originalité à un univers qui se limite généralement aux sujets des gangs, du rap et de la rébellion contre la société. Et avec Killjoy, le scénariste Carl Washington (The Vault la même année, Urban Massacre et Voodoo Tailz un peu plus tard) n’imagine rien de moins que sa version des Griffes de la Nuit dans la ZUP.

 

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Son intrigue s’intéresse à Michael, étudiant geek rejeté par tous mais éperdument amoureux de la jolie Jada, seule nana à se montrer sympa avec lui. Hélas celle-ci est déjà maquée avec le violent Lorenzo, petit caïd du quartier et jaloux maladif. Lorsque celui-ci surprend le jeune homme discuter avec sa copine pour la énième fois, il craque, le tabasse puis l’enlève pour l’abattre dans un coin désert. Du moins c’est ce qu’il veut faire croire à Michael pour lui donner une leçon, espérant simplement lui faire peur. Manque de bol ce gros nigaud à oublié de vérifier son arme et une balle oubliée tue le garçon malgré tout… Un an plus tard l’affaire est oubliée mais Jada a trouvée la force de quitter Lorenzo, celui-ci se consolant alors dans les bras de sa meilleure amie. Mais Michael va revenir d’entre les morts sous la forme d’un clown monstrueux, bien décidé à se venger de ceux qui l’ont fait souffrir et à s’emparer de la belle pour la faire sienne.

 

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Une résurrection rendue possible grâce à un rituel de magie noire, l’adolescent ayant invoqué une entité nommée Killjoy pour régler ses comptes peu avant d’être assassiné. Un point de départ extrêmement similaire à celui de Ragdoll conçu l’année précédente, les deux films partageant l’idée d’une poupée maléfique utilisée durant la cérémonie. Un détail que l’on doit évidemment à Charles Band (qui revisite là son maquereau de Blood Dolls), même si cette fois le pantin ne devient pas le réceptacle des forces maléfiques et se contente de donner son apparence grotesque à Michael. Un look improbable avec une coiffure géante façon manga, des dents pointues de piranha et des petits crânes en guise de pompons sur sa veste. On pourra facilement trouver le design ridicule mais c’est un clown après tout, et les chaussures géantes sont même incluses. De nos jours la culture woke sera sans doute plus préoccupée de savoir si l’idée de mettre un Noir en whiteface est raciste ou progressiste.

 

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S’il débarque en plein jour dans son camion de marchand de glace, c’est pour mieux piéger ses proies dans son propre monde: quiconque grimpe à l’arrière du véhicule se retrouve dans une dimension parallèle évoquant une attraction de fête foraine. Une funhouse malheureusement très pauvre pour des raisons budgétaires évidentes, se limitant à un entrepôt abandonné et décoré de quelques peintures et ballons. Mais on voit facilement ce que le scénariste avait en tête. Tel Freddy dans son dreamworld, Killjoy y est indestructible et peut manipuler la réalité à sa guise, et ceux qu’il massacre sont retrouvés morts dans la réalité. Il y a aussi le dont d’ubiquité et peut ressusciter ses victimes sous forme de zombies façon Night of the Demons pour former une sorte de gang. Bref, s’il avait été réalisé dans les années 80 avec de meilleurs moyens, Killjoy aurait gagné le cœur des fans de série B en un clin d’œil.

 

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Le script emprunte clairement cette direction en tout cas, et le boogyeman essaye autant que possible d’amuser la galerie. “How is it hanging’ ?” demande t-il tandis qu’il est littéralement pendu. Lorsqu’il ne prétend pas être un dealer de drogues sous couverture pour attirer quelques voyous, il breakdance ou reprend à l’identique cette scène de The Mask où le vilain se fait tirer dessus et recrache les balles avec sa bouche telle une mitrailleuse humaine. Les héros combattent ses morts-vivants à coups de haches et d’épées médiévales, un corps décapité cherche sa tête coupée tandis que son âme s’échappe par son cou tranché et un fumeur de joint est magiquement consumé comme les pétards qu’il s’enfile, ne laissant derrière lui qu’une poignée de cendres. La réplique “You are one ugly motherfucker” de Predator est utilisée, et il faut voir la surprise de Killjoy lorsque Jada accepte finalement ses avances et l’autorise à l’embrasser.

 

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Une sacrée performance de la part de Ángel Vargas, qui semble s’amuser comme un fou dans le rôle et dont l’énergie communicative fini par divertir. Une belle façon aussi de dynamiser le jeu des acteurs, jusqu’ici inégal avec du très bon (l’interprète de Lorenzo, déjà croisé dans Ragdoll) et du beaucoup moins (l’actrice jouant Jada, très mollassonne). Citons aussi le bon boulot du réalisateur qui soigne ses cadrages autant que possibles et propose quelques idées visuelles bien sympathiques, donnant à son film une meilleure allure que le shot on video moyen. Il sait quand garder son monstre dans l’ombre et quand le dévoiler, et arriver à gérer le chaos qu’aurait pu entrainer la bagarre final avec tous ses acteurs incapables de se battre réellement. Tout n’est pas heureux cependant, et Killjoy fait montre de quelques défauts qui, cumulés avec son aspect amateur, lui attire généralement les foudres des spectateurs.

 

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L’absence de gore ou de violence réelle affecte grandement les méfaits du clown et certaines mises à mort deviennent anecdotiques, comme celle du gars se faisant simplement renverser par le camion. La légèreté du bodycount n’aide évidemment pas. L’héroïne nunuche avoue avoir encore des sentiment pour Lorenzo même après la mort de Michael pour la simple raison qu’elle a perdu sa virginité avec lui autrefois, et il y a ce clochard magique qui n’existe que pour mettre en garde les héros avant de disparaitre dans un nuage de fumée. Confuse également est l’identité exacte de l’antagoniste, puisque si Michael est Killjoy, le démon semble aussi avoir une existence indépendante et va même punir le jeune homme pour son échec à la fin du film. Enfin il y a cet horrible bruitage de la porte du camion que l’on entend une bonne dizaine de fois, effet sonore générique trouvable sur même le plus basique des logiciels.

 

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Alors bon, il ne sert finalement à rien de faire le tri entre le bon et le mauvais ici, puisque le jugement sera rendu aussitôt que le film commence: sa nature même de SOV DTV le condamne. Il y a de bonnes intentions certes, mais pas de fric, pas de sang, pas de peur. Juste un clown mal coiffé qui ricane devant un caméscope à cassettes MiniDV dans une usine désaffectée, tandis que la bande son nous passe du hip hop de pacotille. Voilà qui suffira pour lui coller l’étiquette “nanar” et la présence de Charles Band au générique ne risque pas d’aider. Qu’on lui trouve quelques qualités ou non, Killjoy passe malgré tout très vite avec sa durée de 70 minutes (le générique de fin en fait quatre !) et il parvint en son temps à se trouver un petit public. Suffisamment pour engendrer une suite en tout cas, Killjoy 2: Deliverance From Evil, qui fait dans la hoodsploitation campagnarde à la manière de Ticks. Le croquemitaine y abandonne la dimension de poche, mais le concept sera recyclé par le producteur pour Evil Bong. Sacré Charlie !

 

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