Fatal Blade (2000) AKA. Gedō

 

Fatal Blade

(2000)

 

 

Tourné durant cette période charnière entre la toute fin des années 90 et le début des années 2000, Fatal Blade, parfois connu comme Gedō (“brute” ou “homme mauvais” en japonais, sûrement son titre original avant que les producteurs ne décident d’opter pour quelque chose de plus générique mais plus vendeur), est un DTV basique et pépère comme cela est hélas devenu la norme depuis lors dans le cinéma d’action. Les délires des années 80 et 90 sont tombés en désuétudes, considérés comme ringards ou nanars par des personnes hermétiques au genre n’y voyant là qu’un déballage d’imageries machos et / ou irréalistes. Des gens pour qui l’actioner est une caricature dont il convient de se moquer, et ne comprenant visiblement pas la notion de divertissement. En résulte du coup une nouvelle génération très lisse, sans humour, sans passion et surtout sans exagération, où le moindre concept un peu extravagant est rejeté au profit d’un style plus simple, plus plat, et finalement plus télévisuel.

 

 

Pas tellement un problème pour les producteurs d’œuvrettes à petit budget puisque cela leur permet d’économiser du temps et de l’argent sur les explosions, les bagarres et les cascades un peu trop ambitieuses. Et s’il y a encore quelques exceptions (un Isaac Florentine débutant qui relève sacrément le niveau chez Nu Image via U.S. Seals II et Special Forces), leurs nouveaux avatars se révèlent être presque toujours mollassons, ennuyeux et sans surprises. C’est l’époque où Steven Seagal prend du ventre et utilise une doublure, ou Jean Claude Van Damme cesse de passer par le grand écran et devient la risée des médias, et où disparaissent progressivement les anciennes gloires de vidéoclubs comme Daniel Bernhardt ou Michael Dudikoff. Certains, tel Dolph Lundgren ou dans le cas présent Gary Daniels, continuent vaille que vaille d’évoluer dans le milieu, mais le résultat laisse bien souvent à désirer et le fan doit encaisser nombre de déceptions s’il tient à soutenir son action star favori. Comme Fatal Blade.

 

 

Si déconvenue il y a, ce n’est toutefois pas tant parce que le film est mauvais, mais plutôt parce qu’il avait là un potentiel qui n’est jamais exploité. Ça manque d’action, de rebondissement, de rythme, alors que tous les ingrédients sont présent pour créer un buddy movie efficace, et le projet apparait trop timide pour son propre bien, probablement handicapé par son budget et le manque d’expérience du réalisateur déjà coupable d’un Witchcraft V peu glorieux. Celui-ci tente de mettre en scène l’alliance inattendue entre un flic revanchard et un tueur à gage pour mettre fin à une guerre des gangs opposant le parrain du crime Bronson, qui possède le monopole du trafic de drogue à Los Angeles, et son rival Ryujin, nouveau venu représentant les Yakuzas. Le conflit escalade au point que ces derniers envoient sur place l’assassin Domoto pour régler le problème. Le flic Richard Fox, en surveillance sur la situation, l’empêche d’exécuter sa cible et l’embarque au poste afin de l’interroger mais le prisonnier parvient à s’évader.

 

 

Durant la poursuite, le partenaire du policier est tué par Ryujin, venu secourir son homme. Mais parce qu’il surprend Domoto près du corps, il le prend pour responsable et va alors le traquer en dépit de toutes les règles, se mettant à dos tant son chef que les deux pègres. Pendant ce temps, le suspect commence à douter de l’honneur de son supérieur qui multiplie les bains de sang sans raison. Et lorsque Fox et le Yakuza se retrouvent enfin, ils sont assaillis par les hommes des deux criminels cherchant à les éliminer. Les voilà désormais frères d’arme par la force des choses, d’autant que l’exécuteur cherche à protéger une femme innocente mais déterminée à exécuter Bronson pour venger sa défunte sœur. Une histoire qui devrait être simple mais qui part dans tous les sens a force de multiplier les personnages secondaires inutiles à l’intrigue: le héros n’avait pas besoin d’une épouse délaissée, le chef Yakusa n’avait pas besoin d’un bras droit et le grand mafieux n’avait pas besoin d’une taupe au sein de la police.

 

 

Autant de protagonistes qui rallongent les scènes sans avoir le moindre impact sur la narration, et surtout qui volent la vedette à un Gary Daniels finalement peu présent. Présenté comme le héros, il devient un invité de luxe en intervenant sporadiquement et le voilà plus à s’engueuler avec sa femme ou son supérieur qu’à distribuer les coups de tatanes. Son partenaire ne s’en sort pas mieux puisque vite blessé et planqué, attendant d’être au meilleur de sa forme pour reprendre le boulot. Du coup ça papote pas mal et une grande partie du film est gâchée dans des dialogues anecdotiques plutôt frustrants: tout le monde dit vouloir agir, mais personne ne fait rien ! Le tandem Fox / Domoto censé être au cœur du film n’est formé que deux fois tandis qu’un ennemi commun en la présence du lieutenant de Ryujin, qui promet un combat à trois, est expédié en quelques secondes de façon paresseuse: sa mort est filmée en un plan, de loin et de dos ! Heureusement que l’acteur est un grand Noir reconnaissable car on l’aurait confondu avec un figurant…

 

 

Trop de temps est alloué à l’héroïne dans sa quête de vengeance finalement inutile car n’amenant qu’à sa capture pour le grand final. Nous suivons ses errances à la recherche d’une arme et ses tentatives ratées de convaincre Domoto de l’aider. Lequel refuse car ne tuant que les cibles désignées par ses chefs, mais comme il ne demande jamais de précisions sur le cas de la demoiselle, il ignore qu’ils sont justement à la recherche de la même personne ! C’est malin, on aurait gagné du temps… Bref, de gros problèmes d’écritures qu’il faut attribuer au fait que le script fut produit par un groupe de quatre personnes. Et c’est dommage car, étant eux-mêmes d’origine japonaise, les scénaristes ont veillés à ne pas sombrer dans les clichés habituels concernant la représentation de leur peuple: point de clichés et les Yakuzas se parlent dans leur langue lorsqu’ils sont entre eux. Et l’ambiance type film Noir qui revient fréquemment semble clairement influencée par les films de la Nikkatsu et de Seijun Suzuki (sans la fulgurance, le talent et le budget, évidemment).

 

 

Saluons au passage la performance des interprète de Domoto (Kiyoshi Nakajo, Un Yakuza Contre la Meute) et Ryujin (Kentarô Shimizu, le génial Kibakichi avec son samouraï loup-garou), qui du coup jouent comme dans un Yakuza eiga plutôt que dans un DTV miteux type American Yakuza 2. Gary Daniels, ici producteur, en profite pour soigner ses bastons qui possèdent un style très hong kongais dynamique et visuel lorsque ses adversaires rebondissent contre le décors pour souligner la puissance de ses coups. Dommage que cela n’arrive que si rarement. Mentionnons aussi une certaine noirceur d’atmosphère là encore très nippone dans l’âme, où la donzelle en détresse est plombée par le grand vilain à la surprise générale tandis que le héros irréprochable est hanté par le décès de son partenaire au point de gâcher sa vie de couple et de menacer au fusil à pompe un mafieux sans défense prenant son bain.

 

 

Après une ultime dispute avec son épouse, il fini heureusement par se réconcilier avec elle en une minute chrono, forçant ainsi une scène de sexe très gratuite mais fort bienvenue. On prendra ça à défaut d’autre chose, comme le sympathique tatouage d’araignée démoniaque de Ryujin et l’apparition surprise de Cuba Gooding Sr., père du plus connu Junior et chanteur depuis longtemps tombé dans l’oubli, dans un rôle anecdotique le temps d’une seule scène. Surprenant. Et au final, s’il est loin d’être Dans les Griffes du Dragon Rouge, ni même un Gary Daniels recommandable, ce Fatal Blade se laisse suivre sans trop de problème, preuve qu’il y a bien là un petit quelque chose qui n’aurait demandé qu’à germer. Concluons avec une anecdote inutile: la chose fut retitrée Gedō the Fatal Blade au Japon, combinant ainsi les deux titres en un.

 

 

 

   

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