Rabid (1977)

 

Rabid

(1977)

 

 

 

Lorsque David Cronenberg sortit Frissons, il provoqua un scandale qui aurait pu laisser à supposer que sa carrière cinématographique s’arrêterait là. Mais le film remporta un succès qui joua en sa faveur, lui permettant de poursuivre dans la réalisation. Deux ans après son premier long métrage, il livre ce Rage qui navigue dans la même voie que son prédécesseur et en reprend même les grandes lignes.

 

 

Rage raconte comment, après un accident de moto lui valant une greffe de peau, une jeune femme subit une étrange mutation: elle possède désormais sous son aisselle droite un espèce de dard, semblable à ceux des moustiques, qu’elle utilise pour absorber du sang humain qui, désormais, constitue sa seule nourriture. Ce qu’elle ne sait pas c’est que chacune de ses victimes se voit alors être contaminée par un étrange virus semblable à la rage, mais en beaucoup plus violent. Et alors qu’elle s’échappe de la clinique où elle se trouvait et continue de prélever du sang sur diverses personnes, les infectés se mettent à attaquer eux aussi, transmettant eux-même leur mal à toujours plus de victimes…

 

 

Encore plus que dans Frissons, l’influence de George A. Romero et sa Nuit des Morts Vivants se fait ici grandement ressentir. L’épidémie de rage qui assaille la ville de Montréal n’affecte cette fois pas le mental pour transformer les habitants en obsédés sexuels, mais les rends agressifs avec une envie de mordre le premier venu, l’infectant alors par le biais de la salive. Cependant c’est plus d’un autre film de Romero, sortit en 1973, qu’il faut chercher l’inspiration: à savoir La Nuit des Fous Vivants (plus simplement The Crazies pour le titre original, un mort était rarement fou, il faut le préciser) et le principe de la ville mise sous quarantaine suite à l’apparition d’un virus (contrairement au lieu clos de La Nuit des Morts-Vivants / Frissons).

 

 

Ceci étant dit, Cronenberg ne refait pas un remake du film de Romero, pas plus qu’il ne refait son Frissons malgré les ressemblances (les contaminations, le porteur du germe, l’invasion de la ville) et va plus loin dans l’approfondissement des thèmes qui lui son propre. On retrouve donc la médecine, la sexualité, ainsi que la Nouvelle Chair (The New Flesh) et les mutations avec l’étrange changement qui se produit chez le personnage féminin. Ainsi la jeune Rose, femme tout à fait banale, se voit porteuse d’un dard dont la symbolique phallique n’échappe à personne, en particulier lorsqu’elle déclare elle-même être plus forte qu’avant, et s’en sert pour pénétrer ses victimes (la plupart masculine), satisfaisant un étrange besoin de sang qui semble se déclarer en elle comme une pulsion sexuelle.

 

 

Le virus, lui, peut encore une fois représenter une MST comme le SIDA avec l’idée d’échange de fluides (sang, salive). Car cette variante de la rage entraîne forcément la mort de l’infecté. La contamination rapide, en six ou huit heures, provoque un comportement violent (et l’apparition d’une salive verdâtre plutôt cocasse) qui se solde par un évanouissement puis par la mort du sujet, le vaccin mit au point n’étant finalement d’aucune aide pour les malades…

 

 

Il est toutefois intéressant de constater que cette fois-ci, l’idée de la mutation et de la Nouvelle Chair est bien plus extravagante et irréaliste que celle de Frissons (une simple greffe de peau suffit à provoquer l’apparition d’un dard, une soif de sang, et un virus inconnu), et pourtant l’histoire est hautement plus réaliste. Cela est en fait dû a une réalisation plus affirmée et à un film plus soigné, qui ne semble plus souffrir d’un budget réduit (excepté lors d’une scène où les habitants de Montréal doivent présenter une carte aux autorités militaires, mais la foule fait illusion quand même). Le rythme gagne en intensité même si quelques lenteurs se font ressentir en début et fin de métrage. Plus soignés également la musique du film (toujours supervisée par Ivan Reitman), qui comporte un très beau thème lancinant, ainsi que le jeu des acteurs, bien plus convaincant que sur Frissons.

 

 

Des acteurs, justement, on est heureux de retrouver Joe Silver, déjà dans Frissons, de même que Ronald Mlodzik, bien qu’ici limité à une apparition plus qu’anecdotique. Mais ce qui fut sujet à polémique à la sortie du film c’est la présence de l’actrice porno Marilyn Chambers dans le rôle principal. Un rôle qui devait à la base échouer à l’actrice Sissy Spadeck avant le refus des producteurs (paraît-il en raison de son accent trop texan), qui obtiendra quelques temps plus tard le premier rôle dans le Carrie de Brian de Palma. Affiche qui apparaît d’ailleurs dans le film comme pour bien souligner l’ironie de la chose. Marilyn Chambers, elle, fut conseillée par le producteur Ivan Reitman (surtout connu pour ses comédies comme les deux S.O.S. Fantômes, mais déjà producteur sur Frissons) souhaitant être sûr que le film soit remarqué à sa sortie. Et cela ne manqua pas, bien évidemment (le film possède quelques plans de nudité gratuite, bien dans cet esprit, et on imagine que beaucoup sont allés voir le film uniquement pour l’actrice), pourtant force est de constater que la dame s’en tire avec les honneurs en campant un personnage tour à tour touchant, perturbant et effrayant. Possédant un charme et un magnétisme évident, elle est donc parfaite dans son rôle de femme belle et troublante apportant la mort à ceux qui pourrait la désirer (un genre que l’on retrouve dans le personnage de l’extraterrestre incarnée par Natasha Henstridge dans La Mutante). En comparaison, Frank Moore, l’acteur jouant son petit ami, semble bien fade et son jeu doit être le plus faible du film.

 

 

Moins de gore, de sexe et de provocation que dans son prédécesseur, Rage en ressort pourtant plus soigné, plus aboutie et plus intéressant, possédant une ambiance sombre et froide tout bonnement tétanisante lors de scènes chocs (Joe Silver cherchant son bébé, les cadavres jetés dans des camions à ordures, le final tout simplement glaçant…). Preuve que Cronenberg possède un large champ d’expérimentation cinématographique et que son talent est indéniable, Rage n’a pour seul réel défaut que d’être encore sous une certaine influence que le réalisateur va dépasser pour libérer pleinement son génie créatif quelques années plus tard.

 

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