Ghoulies III (1991) AKA. Ghoulies Go To College

 

Ghoulies III

(1991)

 

 

Grand fidèle à Charles Band et à la Full Moon / Empire Pictures, John Carl Buechler a participé à l’élaboration et la confection des effets spéciaux de la plupart des films de la firme. Créateur de dizaines de monstres en tous genres (Troll, Demonic Toys, Glutors ou Carnosaur) et responsable des trucages sur des productions de plus grande ampleur (Prison, From Beyond, les quatrièmes Freddy et Halloween, le septième Vendredi 13 et Re-Animator 1 et 2 même si non crédité pour le premier), il fut également le tout premier spécialiste du genre à passer derrière la caméra pour entamer une carrière de réalisateur. Étant à l’origine du design des petits démons de la série Ghoulies, il se retrouve à diriger ce troisième épisode.

 

 

Un troisième volet qui marque une différence avec les précédents de par son traitement. Tout aussi con et nul que ses prédécesseurs (voir même plus), Ghoulies III se veut bien plus humoristique. Si les opus précédents étaient de petites séries B dont le cahier des charges était celui des films d’horreurs eighties basiques, nous avons ici affaire à une comédie très lourde proche d’un Porky’s dans lequel on aurait rajouté trois Gremlins. Un parti-pris étrange qui peut dérouter les habitués de la série mais qui, l’air de rien, rend cet épisode le plus sympathique et le plus fun de tous, tout en restant bien entendu d’une nullité affligeante (c’est un Ghoulies, faut pas déconner non plus).

 


 

L’historie commence dans le Glazier College où, “21 ans plus tôt”, un étudiant fuit trois Ghoulies. On les reconnaît: le rat, le chat et le petit chauve ressemblant vaguement à un batracien. Tentant vainement de les renvoyer chez eux, il utilise une incantation qui se trouve dans un comic-book (Ghoulish Tales) qui ouvre une porte vers l’Enfer par le biais de toilette assez particulière, dont la cuvette de porcelaine est justement à l’effigie de nos petits monstres. Il réussi mais hélas pour lui, il est emporté avec les créatures… Passé ce prologue rappelant celui de Ghoulies II, nous revenons au présent. Nous sont présentés deux fraternités qui se font la guerre durant la “semaine des farces” afin de remporter la victoire et la convoitée Couronne des Farces. Les gentils Beta Theta Zeta et les méchants embourgeoisés Gamma Psi se livrent alors aux gags les plus navrants, au grand dam de Quentin Ragnar, professeur de mythologie et accessoirement doyen de l’université. C’est dans cette ambiance que nos trois Ghoulies vont ressurgir: la bande-dessinée, retrouvée par un Beta dans les toilettes, se fait confisquer par Ragnar qui, par le plus grand des hasards, se trouve être connaisseur des sciences occultes. Récitant sans trop y croire l’incantation, il réveille les gnomes qui s’amusent alors à tout dévaster autour d’eux et fini par les utiliser pour mettre un terme à cette guerre des farces qui l’horripile au plus haut point…

 

 

Plus question de s’embarrasser d’un minimum de sérieux avec des bestioles pareilles, Buechler (prononcé “Beekler”) l’a bien compris et nous le prouve dès le début avec cette cuvette de chiotte en forme de Ghoulie sortie d’on ne sait où et présente dans les toilettes d’une université, permettant d’intégrer définitivement au background des monstres le concept des affiches des films de la franchise, ainsi que par ce comic-book permettant d’invoquer les démons. Revue underground supposée ne jamais avoir été publiée pour cause d’incendie, elle possède une traduction littérale d’un texte médiéval, incantation de magie noire. Par qui, pourquoi, où, quand ? On ne le saura jamais, pas plus qu’on ne comprend comment, après 21 ans, la bande-dessinée s’est retrouvée être cachée à l’intérieur d’un mur creux dans un box des toilettes. Pas d’explication car ce qui compte ici c’est de produire un maximum de conneries en un minimum de temps, et pas seulement par le biais des Ghoulies.

 

 

Le film commence comme une de ces teen comedies poussives d’alors: des profs crétins, des ados blagueurs qui passent leur temps à s’amuser plutôt qu’à étudier et un érotisme discret. On se croirait presque dans un Troma en raison de l’aspect bordélique qui se dégage du film. Nous voilà donc plongée en plein dans une ambiance rappelant les années 80 puisqu’on retrouve tout ce qui faisait les beaux jours de l’époque: costumes ridicules, humour souvent en-dessous de la ceinture voir carrément au ras des pâquerettes, scénario inexistant, acteurs peu convaincants… Nombreux sont ceux qui se pose la question : comment pouvait-on trouver tout cela drôle ? En tout cas, qu’il s’agisse d’une ancienne mode ou d’un très mauvais goût, Ghoulies III enchaîne les gags du genre tarte à la crème sur la figure ou petite amie qui découvre son copain dans des situations très embarrassantes avec d’autres filles… Si l’on est forcément réfractaire à ce genre d’humour (ou alors bon, faut se poser des questions) et même si involontairement ça en devient drôle tellement c’est énorme, le film à toutes les chances de devenir un navet consternant. Mais c’était sans compter sur les Ghoulies…

 

 

Alors que par deux fois l’invocation est prononcée, mais pas achevée, et que le couvercle de la cuvette se referme sur la main d’un petit démon qui s’apprêtait à sortir, nos braves bestioles finissent quand même pas venir dans notre monde. Relookés pour l’occasion, l’aspect marionnette des films précédents est toujours aussi présent mais avec une bien meilleur qualité, et nos bestiaux sont désormais dotés de faciès très expressifs et hilarants. Autre nouveauté: les monstres gagnent la parole et deviennent de véritables mitraillettes à blagues, alignant sans cesse les répliques stupides. Le film en devient-il meilleur ? Pas vraiment dans le sens où ces gags sont tous aussi pathétiques et ridicules que les autres, cependant, allez comprendre, Ghoulies III en devient infiniment plus sympathique. Devenus l’équivalent des trois Stooges, les Ghoulies passent leur temps à se chamailler, se cognant et s’engueulant sans arrêt quand ils ne massacrent pas le mobilier qui leur tombe sous la main plutôt que de s’occuper des étudiants, comme tout bon monstre de film d’horreur…

 

 

Ghoulies III aligne alors les facéties risibles mais amusantes : explosions à la cartoon d’un véhicule de police (un simple caddie de golf relooké !) avec suie noire sur le visage et cheveux en l’air, remake de Psychose, musique à l’appuie, avec une ventouse de débouche-toilette, et surtout la découverte d’un frigo-monolithe refermant les 2001 cannettes de bière, le tout sous le célèbre thème musical du film de Kubrick. En roue libre, le scénario s’égare dans les méandres de la comédie coquine avec un strip-tease féminin plutôt gratuit et une impressionnante attaque de polochons par une dizaine de jeunes filles en sous-vêtements. Pour les séquences horrifiques on repassera, puisque comme mauvais actes on ne retient au final qu’un sciage de branche où se trouvait un voyeur ainsi qu’une ou deux morts qui reste dans un esprit très dessin animé: ados emportés dans les toilettes, vieille peau étranglée avec sa propre langue étirée jusqu’à une longueur démesurée… Rien de bien méchant. Il faut attendre la fin du film pour se retrouver dans l’esprit Ghoulies avec ses “boss de fin”, ici une sorte de Ghoulie humain dont l’apparition conclut l’histoire de façon aussi stupide qu’elle a commencée.

 

 

Ghoulies III est un nanar. Bien que doté d’un humour oscillant entre le volontaire et l’involontaire, cela suffit pour distiller une bonne ambiance. On se marre des bons mots de nos petits démons et des situations invraisemblables à base de pets, de descente de bières (ou de débouche-évier) et de poitrines dénudées. Du coup cet opus devient le meilleur de la série, celui qui réutilise le principe de la franchise (à savoir profiter du succès des Gremlins) mais en y allant à fond. Pas de sang, pas de suspense, juste une tornade de conneries qui arrive et repart aussitôt, étalant son manque de budget se faisant (la compagnie de distribution Vestron aura même fait faillite à cette époque, entraînant un retard la sortie vidéo du produit). On savait les productions Charles Band souvent limitées, mais là on reste quand même ébahie devant le spectacle.

 

 

Outre l’absence d’histoire, le tournage sans budget et la débilité profonde ambiante, Ghoulies III c’est aussi la mignonne Eva LaRue (Les Experts: Miami) dans le rôle de la potiche mais avec du caractère, un Jason Scott Lee tout maigrichon et en casquette vert, des années avant Dragon et Soldier, le premier film de Matthew Lillard (Scream, 13 Fantômes), la présence de Maria Wallace (la voix de Edna Krabappel dans Les Simpsons) qui s’offre un petit clin d’œil (familière de télévision US, un Ghoulie lâche un “she’s famous” tandis qu’un autre rajoute “she’s on Newhart”, référence au Bob Newhart Show auquel elle participa) et surtout, surtout, le savoureux cabotinage de Kevin McCarthy dans le rôle de Ragnar, dont le jeu d’acteur pourtant fameux se résume ici à grimacer. Outrancier oui, mais paradoxalement responsable des meilleures scènes du film et responsable d’une séquence presque mythique où, agacé par les Ghoulies qui répètent sans cesse ses paroles, il lance un “les Ghoulies n’ont pas d’zizi !” tout bonnement effarant, avant que ces derniers ne lui répondent un non moins effarant “Ragnar n’a pas d’zizi !”. A noter par ailleurs que le bonhomme est un habitué de Joe Dante: on le retrouve dans Piranha, Hurlements, La Quatrième Dimension, le Film, L’Aventure Intérieure… mais étrangement pas dans Gremlins, dont les Ghoulies constituent justement un succédané (bas de gamme) ! Enfin on peut signaler la présence furtive en début de métrage de Kane Hodder, plus connu sous le nom de Jason Voorhees, faisant de la luge avec un bac à serpillière !

 

 

Entre dessin animé pour enfant, comédie grasse et nanar de haute volée à base de grosses marionnettes en caoutchouc, Ghoulies III peut bien évidemment provoquer le rejet, mais la tronche inénarrable de nos bestioles démoniaques et leurs répliques qui tuent ont tôt fait de décrocher un sourire suffisant pour ne pas regretter le visionnage du film, le meilleur étant bien sûr de se le faire à plusieurs !

 

 

 

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