Blood Feast (2016)

 

Blood Feast

(2016)

 

 

Conçu en 2016, ce remake de Blood Feast ne sort finalement que cette année, faute d’intéresser qui que ce soit. Il faut dire que le concept n’a rien de particulièrement séduisant puisque, contrairement aux vraies / fausses suites engendrées par l’original qui ne se prenaient pas au sérieux, cette nouvelle version choisit de faire dans le premier degré le plus absolu. Une décision difficilement compréhensible et aux antipodes de l’univers de H.G. Lewis, forain déviant qui avait le divertissement dans le sang. Le réalisateur, Marcel Walz, assume et prétend même que le Parrain du Gore était impliqué dès le début sur ce projet, appréciant cette nouvelle direction. Une demi-vérité probablement, permettant d’assurer la promotion du film et de duper les fans crédules. D’autant plus que celui-ci, décédé la même année, ne risque plus de le contredire…
Mais le problème n’est évidemment pas ce choix artistique, qui propose au moins quelque chose de différent et justifie le côté “remake” de l’entreprise. En se présentant comme l’antithèse de son modèle dans le fond comme dans la forme, ce nouveau Blood Feast commet une erreur fatale: celle d’être tout simplement inintéressant. Car si original était un film amateur, rudimentaire dans tous les départements, mal joué et aux effets spéciaux novateurs mais très limités, il avait pour lui d’être si extravagant, si incroyable qu’il en devenait fascinant.

 

 

Car outre les délires sanglants qui défilent à l’écran dans ses œuvres gore, le cinéma H.G. Lewis donne surtout dans le bizarre, l’imprévisible. En témoignent des films comme Goldilocks and the Three Bares, The Magic Land of Mother Goose ou Monster a Go-Go, sans parler de certaines expérimentations étranges comme dans Scum of the Earth. Des productions au rabais, mal branlée, mais qui sont tout sauf ennuyeuses. Blood Feast 2016, lui, se veut léché, classieux, doté d’un savoir technique indéniable et d’effets spéciaux signés par de véritables experts. L’image, la musique et la mise en scène sont d’un niveau bien supérieur tandis que le casting compte au moins deux prestations tout à fait honorables. En revanche le résultat est… chiant comme la mort.
La trame est désormais raccourcie, évacuant essentiellement l’enquête de la police, mais le film s’étire interminablement sur les conversations mondaines de ses protagonistes. Le facteur sanglant est minimaliste, voir même quasiment absent du film, avec une volonté évidente de jouer sur le suspense et l’atmosphère afin de se différencier de son modèle, et les personnages sont si effacés, si inexistant, que l’on se demande pourquoi le réalisateur nous assomme avec leurs interactions inutiles plutôt que de se focaliser sur Fuad Ramses et ses méfaits.

 

 

En bref, si le premier Blood Feast était un mauvais film, il demeurait amusant. Si celui-ci est techniquement irréprochable, il apparait inepte et même un brin prétentieux dans son approche. Pas vraiment étonnant lorsque l’on voit la tronche du responsable, qui a tout simplement l’air d’un branleur façon télé réalité ! Du délit de sale gueule, peut-être, mais il faut avouer que le produit ressemble au personnage. D’origine allemande, Marcel Walz n’est qu’un petit faiseur sans envergure se cantonnant à des projets indie et underground, oscillant entre le macabre et l’artistique élitiste bien académique. Le parfait bobo en somme, dont la filmographie ne laisse pas entendre un amour démesuré pour le gore cartoonesque ou H.G. Lewis, contrairement à un Andreas Schnaas ou un Olaf Ittenbach. S’il prétend s’être senti honoré d’avoir été engagé sur ce projet, le résultat prouve le contraire et il est certain qu’il s’est retrouvé là sans l’avoir demandé: il n’y a ni passion, ni intérêt derrière son travail. Et soyons franc, nous parlons d’un type dont le seul titre de gloire est Seed 2, une suite médiocre à un film méconnu de Uwe Boll…
Avec un compère dont il n’y a rien à dire parce qu’il n’a rien fait d’autre, il développe une intrigue similaire à l’original, tout en se débarrassant du semblant de narration (l’enquête et la raison des crimes) et en complexifiant inutilement certains détails secondaires.

 

 

Son Fuad Ramses n’a plus grand chose d’égyptien, si ce n’est le nom de famille et une lointaine ascendance. Il est ici un américain pur jus, époux aimant et père d’une bimbo stéréotypé (qui remplace la niaiseuse autrefois jouée par Connie Mason), venant de quitter les États-Unis pour s’installer en France. Cuisinier d’un American Diner dans la banlieue de Paris, il est victime de problèmes financiers le forçant à travailler aussi comme gardien de nuit au Musée de l’Homme, où il se morfond. Un véritable personnage de sitcom, très éloigné du prêtre de secte du premier film et évoquant plus le Fuad Ramses III de Blood Feast 2 dans sa descente dans la folie…
Car le personnage est ici malade, mentalement instable, et suivant un traitement quotidien sous peine d’être sujet à des hallucinations et des crises de démences. Un jour, il perd accidentellement ses médicaments et décide de faire comme si de rien n’était pour ne pas alarmer sa femme. Aussitôt son esprit commence à dérailler, et la déesse Ishtar lui apparait alors pour lui promettre monts et merveilles. Celle-ci déclare vouloir le prendre pour amant et le supplie de l’aider à retourner dans le monde des vivants. Pour cela, Fuad doit reproduire la légende du festin sanglant, où sept hommes et sept femmes furent sacrifiés, cuisinés et servi à des consommateurs ignorants…

 

 

Il se met aussitôt au travail, capturant, tuant et découpant une poignée de personnes tout en conservant les apparences auprès des siens. Mais alors que les préparations avances, il va devoir faire attention de ne pas éveiller les soupçons de sa famille et de la police. Difficile lorsque sa femme réalise qu’il ne prend plus ses pilules et que sa fille s’amourache d’un jeune flic enquêtant justement autour des récentes disparitions. Heureusement que Ishtar le soutien et que l’amour donne des ailes…
Et hélas pour le spectateur, il faut suivre ces évènements pratiquement en temps réel, ce qui signifie qu’une grande partie du film consiste à voir Ramses à la bibliothèque lorsqu’il se renseigne sur Ishtar, avec sa famille lorsqu’il fait mine d’aller parfaitement bien, ainsi que de nombreuses conversations avec l’enquêteur qui se méfie de lui sans s’arrêter de draguer sa fille pour autant, ainsi que les amis de cette dernière qui ont leurs propres histoires à gérer. Les meurtres, eux, se font rares et peu sanglants: hormis l’intro qui ne montre pas grand chose, il faut attendre la 36ème minute pour avoir une première victime ! L’absence de gags ou de situations grotesques ne fait qu’empirer les choses puisqu’il faut alors prendre au sérieux des passages dignes d’une télénovela à base de des peines de cœurs.

 

 

La tonalité de Blood Feast s’en retrouve alors sans dessus dessous puisque alternant des moments “sérieux” peu crédibles et des séquences qui se veulent plus légères ou amusantes, mais jouées de la même manière, comme lorsqu’une bombasse en robe de soirée tombe en panne d’essence au beau milieu de la nuit avant d’atterrir chez Ramses pour obtenir de l’aide, avant de le draguer comme dans un film porno. Et que dire de cette séquence façon clip pour Oscars où une jeune femme pleure toute les larmes de son corps comme si elle vivait une tragédie personnelle, musique dramatique à l’appuie, tout ça parce que l’un de ses amis vient de raconter une anecdote où elle aurait vomi sur la bite d’un mec car elle était ivre lorsqu’elle le suçait !
Pendant ce temps, Fuad se promène beaucoup autour de la Tour Eiffel et glande au Musée, manière de remplir un film qui peine à atteindre une durée exploitable. Heureusement que ses rapports avec Ishtar sont là pour dynamiser un peu les choses. Le film s’amuse ainsi à clarifier les origines de la déesse, évoquant ses racines Mésopotamiennes tout en précisant qu’elle fut également vénérée en Égypte, et la montre les visions de Ramses où elle apparait telle une succube, en tenue exagérément sexy façon softcore type The Mummy’s Kiss.

 

 

Son prétendant simule un braquage au Musée pour récupérer des artefacts anciens, installe secrètement un temple en son honneur dans la réserve de son restaurant et se construit même un masque plutôt impressionnant à la manière des heaumes grand-guignolesque de Hostel, afin de garder son identité secrète durant les sacrifices. Une tête de chacal qui évoque évidemment Anubis, le dieu de la Mort, et qui donne parfois à Blood Feast des accents de slasher lorsque Ramses s’attaque à des teenagers en les tuant les un après les autres dans un bâtiment désert.
Malheureusement, si l’horreur est bien là, elle est dépouillée de tout ce qui la rendait si unique, si spectaculaire et si mémorable dans le film de H.G. Lewis. Car malgré les maquillages très réussis du couple Ryan et Megan Nicholson (très actifs sur des grosses productions comme Deadpool 2 ou The Predator, mais aussi sur la scène indie avec Gutterballs 2, le “jeu vidéo” Press X To Not Die et les précédents travaux de Marcel Walz) – un gore plutôt réaliste, sombre et jamais exagéré, un gore “pratique” en gros, totalement différent de celui de Lewis et parfait pour une histoire criminelle ou un film d’action nécessitant quelques images violentes – c’est à peine si l’on voit quoique ce soit. La caméra se détourne ou décadre, la mise en scène fait du hors champ, le montage coupe parfois abruptement pour passer à autre chose.

 

 

Pour tout dire, j’ai pensé que le film était censuré: il existe en effet souvent deux éditions pour les films d’horreur aux États-Unis, la Unrated qui est intégrale, et la R-Rated qui élimine les séquences jugées trop corsées pour le public, et l’acheteur doit ainsi faire  attention à la copie qu’il achète sous peine de se retrouver avec la mauvaise ! Mais non, Blood Feast 2016, dans sa version originale, est un film finalement très sage. Lorsque Ramses tranche une gorge au cutter, le jet de sang n’a rien d’extraordinaire. Il embrasse une victime pour lui arracher la lange mais l’image coupe avant que l’on puisse voir le morceau. La peau déchirée lors de la scène du fouet (ici remplacé par une canne de BDSM) est volontairement allégée des coupures. Et lorsque le réalisateur prétend être choquant en montrant l’antagoniste couper un pénis au couteau à dents, il se dégonfle et dévoile à peine le bout de phallus tenu par le meurtrier, évitant l’émasculation.
C’est presque un miracle si certaines séquences se montrent dans la lignée du film original, Walz déclarant avoir voulu tout de même conserver quelques traces d’humour en références à son prédécesseur. On peut ainsi voir Ramses ranger une langue coupée dans la poche intérieur de sa veste afin de ne pas la perdre, tandis qu’un pauvre type se fait scalper jusqu’au cerveau, tripotant son cuir chevelu détaché avec incompréhension avant de mourir.

 

 

L’antagoniste arrache une gorge d’un bon coup de dents et découpe lentement les fesses d’une jolie donzelles attachée à plat ventre sur un autel. Et puis il y a le banquet sanglant, qui a lieu comme il se doit entre Fuad et sa famille, droguée et incapable de comprendre ce qui se passe réellement. Après un sorbet aux yeux et une langue humaine finement assaisonnée, le plat principal est un homme paralysé et toujours conscient, allongé sur la table et dépourvu de ses bras et de ses jambes. Plutôt fou, et pour le coup très similaire à ce que Lewis nous offrait de son temps: la scène se veut décalée, avec une sacré différence entre le repas perçu sous l’effet de la drogue (idéal et exagérément romantique) et celui qui se déroule réellement, tandis qu’un étage plus haut, un jeune flic sirote une boisson en attendant que sa copine vienne le rejoindre !
C’est alors une double déception qui s’ensuit, puisque non seulement nous ne verront rien de ces actes cannibales, si ce n’est une plaie moyenne dans le thorax de la victime, mais en plus le film se termine là sans apporter de véritable conclusion, semblant s’arrêter parce qu’il n’a plus rien à raconter. Pas de poursuite finale entre la police et Ramses, puisque toute cette partie de l’intrigue a été supprimé. Celui-ci est abandonné à son sort sans punition ni même récompense, Ishtar décidant de le plaquer maintenant qu’elle est “ressuscitée”, déclarant qu’il doit alors prendre sa place dans l’au-delà plutôt que de la suivre. Salope.

 

 

Un final expédié et peu satisfaisant, même si la note d’intention semble être de conclure le film dans l’horreur absolu, façon Massacre à la Tronçonneuse, avec ce type surprenant la famille en plein délire au milieu des cadavres. Bien sur le papier, mais risible à l’écran tant le réalisateur refuse de filmer le moindre bout de viande. Autant dire qu’entre ça et la mollesse générale du film, il n’y a pas grand chose à retenir de ce très dispensable remake. Quelques idées ici et là peut-être, comme le générique d’ouverture assez sympa se faisant au son d’une voix off de bande-annonce d’exploitation, nous préparant à voir l’innommable. Une jolie musique aux accents égyptien pour le thème d’Ishtar et l’ultime apparition de H.G. Lewis dans un petit caméo, où il apparait très fatigué mais toujours aussi aimable. Aussi, les toutes dernières secondes ramènent les très chouettes tambours du Blood Feast original, qui auraient été mille fois préférable en cours de film plutôt que l’utilisation de Dans l’Antre du Roi de la Montagne de Klaus Pfreundner, pas du tout adapté au projet, ou les oubliables chansons fourni par ce groupe au nom improbable de Chilli con Curtis…
Mentionnons peut-être le générique de fin, se déroulant sur les images de la confection du masque d’Anubis, un peu à la manière de Leatherface, comme si le monteur tentait de rattraper la fin trop faible avec quelques images supplémentaires.

 

 

Le bilan est forcément négatif, toutes ces petites choses n’étant que du détail qu’il faut presque se forcer à trouver. Il reste heureusement deux atouts de taille, bien que là encore sous exploités par un Marcel Walz décidément sot, qui sont les stars du film: dans le rôle de Ramses, le méconnu Robert Rusler, qui était tout de même Grady dans La Revanche de Freddy, le pote du héros blondinet qui le préférait sans doute secrètement à sa petite amie ! Peu évoqué par la communauté du cinéma fantastique, le comédien a pourtant souvent trainer dans le genre avec Vamp, Weird Science, Amityville: Dark Force, le Sometimes They Come Back d’après Stephen King et l’anthologie Tales of Halloween. Il interprète aussi brillamment que possible ce nouveau Fuad, très différent de ses exubérants prédécesseurs, et fait un assez bon boulot pour contrebalancer l’homme tranquille et le fou dangereux. Son épouse, bien que n’ayant qu’un rôle très mineurs dans les évènements, est elle interprété par la trop rare Caroline Williams, alias Stretch dans Massacre à la Tronçonneuse 2. Elle est presque trop crédible et trop sérieuse pour ce personnage d’épouse qui réalise que son mari a totalement pété les plombs, le défendant malgré tout devant la police car espérant que la situation ne soit pas aussi catastrophique que ne le pense. En fait, ce Blood Feast 2016 ne la mérite pas.

D’ailleurs, vous l’aurez comprit, ce film ne mérite pas non plus votre attention, et si quiconque souhaitait prolonger l’expérience du film original sans passer par les autres opus du Parrain du Gore, je ne peux que les orienter vers d’autres remakes déguisés, tel Blood Dinner ou encore le très disco Mardi Gras Massacre. De mauvais films, certes, mais tellement plus fun, plus généreux et finalement plus respectueux de leur aîné que cette nouvelle cuvée sans étoile…

 

 

 

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