The Redwood Massacre (2014)

 

The Redwood Massacre

(2014)

 

 

The Redwood Massacre, qui nous vient d’Écosse, réussi l’exploit d’être le film d’horreur le plus basique, le plus simpliste et le plus cliché qui ait jamais existé. La structure du slasher à l’état pur, brute, dépouillé de la moindre originalité, de la moindre innovation et de la moindre surprise. Il faut dire, après des décades d’existence, le genre peut paraître difficile à renouveler et il existe un grand nombre d’autres œuvres du genre où il ne se passe pas grand chose. Mais ici la faute en revient véritablement au dirigeant du projet, visiblement plus soucieux de s’occuper du film sur un point technique que sur le fond, ou même la forme.
Un slasher possède au moins un élément qui permet de l’identifier parmi les autres, de lui donner un semblant de substance ou un aspect visuel intéressant. Il peut s’agir de l’origine du tueur, surnaturelle ou réaliste, du lieu d’action, en huis clos ou en pleine nature, de l’aspect des armes qui sont utilisés tout comme de la violence, plus ou moins forte selon les envies. La narration peut épouser le point de vue du tueur, des victimes ou de la police, opter pour un twist final inattendu ou une conclusion définitive. Bref, le genre à beau être extrêmement codifié et suivre une formule toute faite, il reste facilement exploitable à tous les niveaux.
Ce n’est pas le cas avec The Redwood Massacre. Celui-ci narre l’habituelle intrigue du meurtrier caché dans les bois et massacrant les randonneurs qui croisent son chemin, mais s’arrête purement et simplement à ce simple postulat.

 

 

Tant est si bien qu’il est difficile de dire quelque chose à propos du film, si ce n’est que le spectateur connaisseur y retrouvera divers éléments déjà utilisés, en mieux, ailleurs. La genèse du tueur est simpliste, intéressante mais jamais exploitée au-delà de sa présentation, et on ne sait pas vraiment si l’intrigue verse dans le surnaturel ou non. Les meurtres sont d’une grande banalité, à la fois sanglant et sage puisqu’ils n’offrent rien d’autres que quelques (grosses) giclées de sang, les personnages sont littéralement inexistant au point que le nom de l’héroïne n’est pas prononcé avant une quarantaine de minutes et beaucoup se rangent dans la case des protagonistes immédiatement détestables. Une pratique malheureusement beaucoup trop courante à notre époque, empêchant alors toute implication du spectateur qui va simplement espérer voir disparaître tout ce beau monde le plus vite possible.
Aucun revirement scénaristique ne vient troubler le déroulement des évènements et nous assistons ainsi à un enchainement de meurtres extrêmement prévisibles et répétitifs jusqu’à ce que la Final Girl se rebiffe. S’enchaine l’habituelle fausse mort de l’antagoniste dans le dernier acte, puis l’ultime confrontation. Une dernière punch line, générique, et c’est dans la boite. Oubliez les décors, qui se limitent à une forêt et à une grange tout ce qu’il y a des plus ordinaire (je parle de celles qu’ils vous arrive sûrement de croiser en campagne, généralement vides et très ennuyeuses à regarder), quant au facteur “sexy” à base de nudité… et bien disons qu’il n’y a pas de nudité.

 

 

Absence également d’un véritable jeu d’acteur car le casting se compose d’amateurs, et la mise en scène n’ira jamais plus loin qu’un cadrage simple et soigné (ce qui est déjà pas mal en soit et assure au moins de belles images). Il faut dire que nous ne sommes pas là dans un simple DTV et que The Redwood Massacre fait partie de ces productions indépendantes réalisées avec un budget minimaliste. Un quasi film d’étudiants en fait, où l’équipe semble surtout faire attention à bien utiliser son matériel et un savoir-faire académique plutôt que de miser sur l’atmosphère, la direction artistique ou la prouesse technique. Des films comme ça on en voit désormais à la pelle dans le marché vidéo, au point qu’ils sont devenus majoritaires. S’il arrive parfois de découvrir de petites surprises, il faut hélas se rendre à l’évidence: presque la totalité de ces œuvres sont totalement inintéressantes, plates et dépourvues du moindre appeal visuel.
Pas évident du coup de s’intéresser à un produit de ce type, puisque l’on sait d’avance qu’il n’a quasiment rien à offrir. Le cas qui nous intéresse est même assez extrême puisque la banque surveillait étroitement l’évolution du budget en cours de tournage et que, sans compter les acteurs, l’équipe du film se limitait simplement à quatre personnes ! A partir de là, et malgré tous les défauts qui plombent le résultat final, je ne peux m’empêcher d’applaudir la petite bande pour être tout de même venue à bout du projet et avoir su faire quelques jolis plans avec leur tueur masqué.

 

 

Je pourrai presque clôturer ma chronique ici même tant The Redwood Massacre est dépourvu de toute richesse, mais je vais faire l’effort d’élaborer sur deux petits détails qui auraient pu donner quelque chose… si seulement le film avait bénéficié d’un vrai scénariste ! Le premier c’est naturellement le tueur lui-même, du moins ses origines telles qu’elles nous sont racontés à travers l’habituelle légende urbaine narrée devant le feu de camp. Il est donc question d’un brave fermier devenu fou sous l’influence d’une entité maléfique, ayant prit les traits d’un épouvantail et le poussant au meurtre de sa famille. Blessant mortellement sa femme avec une hache, il lui dévore les entrailles tandis qu’elle agonise avant de s’en prendre à ses enfants, puis finalement de se donner la mort. L’affaire semble close mais le corps du jeune fils a mystérieusement disparu, apparemment revenu d’entre les morts par la même force maléfique qui a poussé son père au crime…
Depuis lors, les évènements, connus sous le nom du Massacre de Redwood House, sont devenus une légende urbaine extrêmement populaire au point qu’il est de mise de venir camper dans les environs à chaque anniversaire. Bien évidemment, le mort-vivant rôde toujours dans les parages, massacrant quiconque s’aventure sur son territoire… Rien d’extraordinaire et à vrai dire il s’agit ni plus ni moins d’une combinaison des antécédents de Madman Marz (pour le fermier devenu fou et massacrant sa famille) et de Jason Voorhees (pour l’enfant présumé mort et jamais retrouvé). Même physiquement, l’énergumène leur ressemble, abordant le look d’un colosse à la force herculéenne mais vêtu comme un redneck…

 

 

Il y avait pourtant de quoi bâtir une mythologie à travers ces divers éléments, entre le mystérieux épouvantail, le massacre original étouffé par la police, la légende urbaine et le festival anniversaire qui l’accompagne. Même la résurrection du tueur est ignorée par le réalisateur, qui limite tout cela à de vagues flash-back et des suppositions jamais confirmées. En fait, le tueur est dépourvu d’identité puisque jamais on ne lui donne un nom ou un surnom, comme si cela n’avait absolument aucune importance. Au générique de fin, il écope donc d’un “The Evil Maniac” on ne peut plus générique, justement. Et comme si cela ne suffisait pas, même son modus operandi ne semble pas avoir été clairement fixé, celui-ci agissant différemment avec ses victimes selon les besoins du scénario. Le fait est que le film ne semble jamais savoir s’il doit donner dans le slasher, le survival ou le torture porn, et les actions de l’antagoniste changent de scènes en scènes. Dans certains cas, le Maniac va assassiner directement ses proies de façon méthodique. Parfois, il les séquestres pour les garder prisonnier dans son repaire, et va en sélectionner certains pour les torturer ou les achever directement. Même ses sévices semblent parfois l’ennuyer, puisqu’il lui arrive de perdre patience et d’en finir après quelques secondes. Enfin il semblerait que le bonhomme soit collectionneur à ses heures perdues, puisqu’on le surprend ranger une langue et quelques organes dans des bocaux. Mais cela n’arrive qu’une fois et on ne le voit jamais récupérer de trophées sur ses victimes le reste du temps.

 

 

C’est donc un beau gâchis que nous avons là, le metteur en scène préférant avoir à son service un pantin sans intérêt plutôt qu’un personnage à part entière. Et c’est malheureux car le Maniac avait au moins pour lui d’être imposant, l’acteur qui l’incarne disposant d’un physique similaire à Kane Hodder et lui reprenant justement sa respiration et ses mouvements d’épaules qu’il avait offert à Jason Voorhees. De plus il demeure très photogénique, son masque d’épouvantail évoquant carrément le Scarecrow du Batman: Arkham Asylum de Rocksteady, avec son design soigné. S’il n’avait aucune chance de rejoindre le panthéon des plus célèbres boogeymen du cinéma d’Horreur, il aurait tout de même pu tirer son épingle du jeu.
Il n’est hélas pas le seul personnage sacrifié, et c’est justement le second point que je désirais évoquer. Un autre protagoniste fait son apparition en fin de métrage, père d’une victime d’un précédent massacre cherchant vengeance, lequel aurait également pu relancer l’intérêt de l’intrigue si il avait été utilisé correctement. Homme sombre et désabusé, il ne prévoit pas nécessairement de survivre à sa confrontation avec le tueur et va jusqu’à lui tenir tête le temps d’un monologue intéressant. Problème, à peine débarque t-il qu’il trouve la mort en raison de la nunucherie de l’héroïne, incapable de prendre une décision en temps de crise (autant dire que c’est un soulagement lorsqu’elle se prend un bon coup de poing au visage par le meurtrier, à trop hésiter à utiliser son fusil !). Il y avait là du potentiel avec cet espèce de Capitaine Achab, mais The Redwood Massacre n’est pas le genre de film à traiter le sujet.

 

 

Et c’est là véritablement tout ce que je peux dire à propos de ce slasher / survival insipide. Je pourrai certes continuer de pinailler sur divers détails secondaires, comme le fait que l’anniversaire du Massacre promet d’attirer du monde alors qu’on ne découvre qu’un seul autre couple en guise de fêtard, que la tentative de rejouer la porte métallique de Massacre à la Tronçonneuse tombe à plat, que l’audio pose constamment problème (le même bruitage de lame est utilisé par chaque arme, et le cas se répète pour des hurlements ou des rires), mais cela servirait à rien. Pour le coup je préfère soulever ce petit détail amusant qu’est le T-shirt de l’héroïne, sur lequel est écrit “Vegetarian” en grosses lettres !
Dans le même genre il faut évoquer la conclusion, proprement hilarante, qui montre cette dernière être sauvée par un automobiliste pour mieux revenir à son point de départ. S’il est facile de penser que l’homme a volontairement ramené la jeune femme à Redwood House, avec le twist prévisible qu’il est lié au tueur d’une façon ou d’une autre, il se trouve qu’il n’en est rien: celui-ci s’est tout simplement perdu en chemin et à bel et bien tourné en rond ! La Final Girl va alors se réfugier dans une casse automobile sortie de nulle part, situé en plein milieu de la forêt, et se débarrassera du monstre en l’écrasant avec le véhicule qui pendait depuis une grue.
Alors évidemment, ça ne suffira pas au film pour sortir du lot et il est presque certain que le film demeurera totalement invisible, noyé dans le flot incessant de DTV horrifiques modernes qui paraissent tous les ans. Peut-être pas un mal à vrai dire, mais il est dommage que tel soit le destin du second film de David Ryan Keith, qui avait auparavant réalisé l’amusant Attack of the Herbals, où de l’herbe génétiquement modifiée par les Nazis servait de thé à la population d’un village, les transformant en zombies meurtriers. Pas un grand film, mais un essai beaucoup plus réussi et plus sincère que ce produit sans âme.

 

 

C’est sans doute pour cela que les responsables ont particulièrement soigné la promotion du film, présentant plusieurs affiches au look rétro plutôt séduisant, et mettant en avant la présence de pas loin de cinq “lauréats” pour vanter son importance. En y regardant de plus près, on constate que derrière les lauriers se trouvent de simples sélections officielles en festival (Dark Scream, Hot Spring Horror, Bram Stocker International, etc.) qui n’ont en fait absolument aucune valeur.
Du vent, à l’image de tout ce qui apparaît à l’écran. Mais effectivement ça fait joli, tout comme les quelques plans de ce tueur au masque d’épouvantail qui interviennent de ici et là. Toutefois, je ne peux absolument pas cautionner ce genre de pratiques mensongères pas plus que je ne peux recommander un film aussi insignifiant. Je ne saurais que trop vous conseiller de passer votre chemin, mais pour cela il faudrait déjà que The Redwood Massacre atterrisse dans nos contrées, ce dont je doute fortement…

 

 

 

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