Shark Attack 3: Megalodon (2002)

 

Shark Attack III

Shark Attack 3: Megalodon

(2002)

 

Bull-fucking-shit !

 

 

C’est en 1997 que paraît Mégalodon (de son véritable titre, Meg) de Steven Alten, livre racontant comment des scientifiques découvrent que les Megalodons, de gigantesques requins préhistoriques, existent encore de nos jours alors qu’une femelle s’éloigne de son territoire pour s’aventurer dans les eaux fréquentées par l’être humain. Le livre est un succès, entraînant tout naturellement quelques suites (La Terreur des Abysses, alias The Trench, puis Primal Waters et Hell’s Aquarium, hélas tous deux inédits chez nous) tandis qu’une adaptation cinématographique va être envisagée. A la surprise générale ce sont les studios Disney qui récupèrent les droits ! Une idée bien étrange qui ne va finalement jamais aboutir, puisque Meg va demeurer à l’état de projet, mais qui va faire le bonheur des petits producteurs, jamais les derniers pour pondre des ersatz afin de surfer sur la vague. Vont donc déferler à peu près en même temps Shark Hunter (2001) et Megalodon (2002) tandis que Nu Image y voit l’occasion de relancer sa franchise des Shark Attack malgré un second épisode des plus affligeants, nous livrant alors ce Shark Attack 3: Megalodon, sans conteste le plus mémorable du lot.

 

 

On ne change pas une équipe gagnante, c’est bien connu. Shark Attack 2 était pourtant loin d’être une réussite mais Nu Image laisse pourtant les rênes de ce nouvel opus aux mêmes dirigeants, sûrement plus soucieuse de livrer sa production à temps face à la concurrence plutôt que d’apporter un minimum de soin à l’ensemble. David Worth retrouve ainsi son poste de réalisateur pour mettre en scène un script encore une fois signé par Scott Devine et William Hooke. Et puisque nous y sommes dans les come-back, c’est également celui de Jenny McShane dans le rôle de l’héroïne, qui a déjà figurée au générique du premier Shark Attack. La belle interprète cependant un personnage différent et il ne faut pas y voir de lien direct avec le film original, bien au contraire. Shark Attack 3 prend ses distances avec la série initiale et forme un film totalement indépendant, même s’il est vrai qu’il faut déjà bien chercher le rapport entre les deux premiers… Nous quittons donc l’Afrique du Sud au profit d’une petite plage de Mexico, Playa del Rey, un haut lieu touristique bien évidemment.

 

 

Une plate-forme sous-marine s’emploie à la construction de câbles de fibre optique dans les profondeurs de l’océan pour le compte de la société APEX lorsqu’un plongeur est victime de l’attaque d’un requin géant. Six mois plus tard, à Playa del Rey, le chef de l’équipe de surveillance des plages, Ben Carpenter, découvre par hasard une dent de squale dans un câble au fond de la mer. En cherchant à identifier l’animal il s’attire l’attention d’une jeune paléontologiste qui découvre que le squale est en fait un Megalodon, un requin préhistorique normalement disparu depuis des millions d’années. Et alors que la créature se met à faire des ravages, Ben se heurte au refus de son supérieur pour fermer les plages, en raison de l’argent gagné par le tourisme. Avec la jeune femme et quelques amis, il va tenter de tuer le Megalodon mais celui-ci n’est en réalité qu’un bébé de petite taille et sa mère, gigantesque, rôde elle aussi dans les parages…

 

 

Comme le montre le résumé de l’intrigue, l’originalité n’est pas au rendez-vous pour ce nouveau Shark Attack hormis la nature particulière du requin, et en vérité on pourrait presque dire que celui-ci se divise en deux films bien distinct: d’une part Shark Attack 3, semblable en tout point à son prédécesseur, puis Megalodon, nanar improbable aux proportions épique. Il y a une scission claire entre ces deux parties, la première s’achevant au bout d’une heure (58 minutes précisément) et la seconde prenant le relais pour la demi-heure restante. Une construction franchement mal venue puisque donnant l’impression que le film passe complètement à côté de son concept pour finalement l’expédier au dernier moment. Quoiqu’il en soit, avec ou sans Mégalodon, il va falloir se résoudre à revoir encore une fois une énième mauvaise copie des Dents de la Mer.

 

 

S’agit-il des scénaristes qui, après avoir pondu un premier volet assez original, ne sont désormais plus capable de choisir autre chose que de la solution de facilité, ou bien d’une décision de Nu Image afin de perdre le moins de temps possible dans l’écriture d’un produit pratiquement déjà vendu aux chaînes télévisées ? On ne sait pas vraiment mais à ce stade tout le monde semble avoir déjà jeté l’éponge. Défile donc sans grande surprise des pans entiers du chef d’œuvre de Spielberg, que ce soit à travers la narration ou la mise en image: le maire refuse de fermer les plages pour des raisons financières, le requin s’attaque à des personnes isolées avant de faire son apparition un jour de grande baignade et ce sont trois personnes qui décident de prendre les choses en main et de traquer le squale. On retrouve même la scène du requin pénétrant dans la cale du bateau entrain de couler et se faisant taper dessus à coup de batte, et celle du chien s’amusant avec son maître avant de se faire dévorer, mais en inversé ! Enfin quelques images célèbres sont reprises, comme ce gros plan de l’ouverture de la gueule d’un requin tigre et celui de la jambe qui coule au fond de l’eau. Bien sûr, l’idée d’un petit requin et sa mère titanesque provient, elle, des Dents de la Mer 3D. Il y a de cela d’effarant de voir que Nu Image n’ait aucun scrupule à reprendre ainsi le film d’un autre à travers plusieurs de ses productions, et même si au final il faut avouer qu’un très grands nombres de films de ce type s’appliquent à la même méthode, c’est ici tellement remarquable que ça en devient honteux.

 

 

Mais un Nu Image n’en serait pas vraiment un s’il ne se copiait pas lui-même ! Ça en devient une habitude depuis un moment maintenant mais la production recycle ses propres images pour les réintégrer encore et encore dans ses nouveaux films, économisant ainsi beaucoup durant les tournages. De nombreuses séquences déjà aperçues dans les précédents Shark Attack sont visible ici, comme ces fausses têtes de requins vaguement discernables dans les séquences brouillonnes des agressions, cette explosion de la pieuvre de Octopus lors de la mise à mort du Mégalodon et, bien entendu, ces innombrables stock-shots qui parsème le film. Des images de grands requins blancs issus de documentaires vont encore une fois tentées de nous convaincre malgré l’allure placide des squales devant la caméra, la plupart déjà vu à travers les autres films de la saga (même les images retouchées comme celles des coups de feu dans l’eau), bien que l’on puisse noter quelques nouveautés pour l’occasion comme l’apparition d’un requin tigre ou d’un espadon, dont la scène de pêche est une preuve irréfutable du savoir-faire technique de Nu Image concernant le montage. A ce propos le film enchaîne les gaffes et on peut apercevoir quelques incohérences comme l’apparition d’un phoque dans la gueule d’un grand blanc quand le film simule l’agression d’un autre requin par le Mégalodon…

 

 

Question erreurs Shark Attack 3 se pose là et prouve bien que sa réalisation s’est faite dans l’insouciance la plus totale. Steven Alten précisait bien que le Mégalodon n’est pas l’ancêtre direct du grand requin blanc et qu’il était albinos en raison de son établissement dans les abysses pendant des siècles, mais Nu Image va simplement se contenter de réutiliser des images de grands blancs en changeant simplement la taille de l’animal. Une échelle jamais établie d’ailleurs puisque les dimensions du squale sont variables d’une scène à l’autre. Dans le même ordre d’idée les câbles de fibre optique provoquent ici des impulsions électromagnétiques (!), une photo peut se numériser sans faire apparaître les doigts qui tenaient l’objet devant l’objectif et les requins rugissent ! Oui, David Worth récidive et ce n’est certainement pas la faute de son monteur puisqu’il s’agit d’un autre que celui de Shark Attack 2. L’homme n’a donc pas peur du ridicule et semble bien décidé à abandonner toute notion de crédibilité. Quoi de plus normale dans un film de requin géant peut-on se dire, mais la perte de toute cohérence renforce la médiocrité du métrage…

 

 

En fait Shark Attack 3 opère de la même manière que le second opus. La même histoire, les mêmes personnages et surtout les mêmes défauts ; seul le nombre de requins diffère. Et c’est bien dommage car aux premiers abords le film s’annonçait plutôt bien ! Car là où Shark Attack 2 était cheap de bout en bout, les premières vingt minutes de cette suite font illusions. Le montage est soigné et les images d’archives des documentaires sont judicieusement choisies pour s’intégrer au tout et quelques bonnes idées demeure, comme cette scène où une parachutiste nautique se fait attraper son câble par le requin. Les habitués de la série B pourront même s’amuser du nom de l’entreprise APEX, très probablement reprise du film homonyme de Phillip J. Roth.

 

 

Hélas ce travail va très vite être bâclé pour retrouver le niveau de qualité qu’on lui connaît. Les stock-shots vont souffrir d’un grain d’images vieillot détonant avec la qualité numérique moderne puis le film va aligner les scènes d’attaques rares et absolument illisibles et la nudité féminine (grâce aux plages). A ce titre, la pauvre Jenny McShane voit sa prestation s’amincir par rapport au premier opus, et si elle se contentait d’y dévoiler son maillot de bain, c’est ici sa poitrine qu’elle va devoir exhiber lors d’une scène de sexe qui se conclue en incrustant un couché de soleil sur son visage épanoui ! Et dans le genre consternant, Shark Attack 3 ne fait pas dans la dentelle avec ses séquences surprenantes (notre couple de héros s’en va brûler un cierge à l’église en arguant avoir besoin de toute l’aide qu’ils peuvent, leur ami conserve un arsenal impressionnant chez lui dont une torpille de sous-marin), l’apogée du film étant bien entendu l’apparition (tardive) de la maman Mégalodon.

 

 

 

Car lorsque enfin la créature daigne apparaître, c’est là que Shark Attack 3 passe le relais à Megalodon, une seconde partie inconcevable où le monstre n’est en fait qu’une batterie de stock-shots incrustés à même le film, mais en l’agrandissant. Économe, Nu Image ne cherche même pas à multiplier les images et réutilise quasiment les mêmes à chaque apparition de la bête, montrant celle-ci sortir simplement sa tête hors de l’eau pour gober (littéralement avaler, et non dévorer) quelques victimes. Le point de non-retour est atteint lorsque le méchant de service fonce lui-même dans la gueule du monstre en jet-ski ! Jamais une production Nu Image n’aura atteint un tel degré de non-professionnalisme et de je-m’en-foutisme. D’ailleurs l’origine même des Mégalodons est expédiée en une réplique (on suppose qu’ils ont survécus en vivant dans les grands fonds marins) et la raison de leur présence tient à peine la route (APEX, ayant effectué des opérations sous-marines de câblage, aurait dérangé les requins).

 

 

Devant l’absurdité de la situation, ne comptez même pas vous raccrocher aux dialogues, navrant (“Megalo-who ?”), dont on va surtout retenir l’incroyable “What do you say I take you home and eat your pussy ?” lancé par John Barrowman à Jenny McShane. De l’aveu de Barrowman, cette tirade était volontaire de sa part afin de faire rire l’actrice (sans succès) et laissée en l’état au montage final. La réplique a bien entendu était modifié lors de sa diffusion à la télévision (“(…) and watch I Love Lucy ?”), prouvant bien que si les Américains n’ont aucun problème à montrer la violence, ils demeurent extrêmement coincé concernant la sexualité. En France, elle a carrément été raccourcie à la simple proposition de ramener la demoiselle chez elle…

 

 

Coté casting, Shark Attack 3 fait encore appel à des figurants étrangers en raison d’un tournage délocalisé (co-production africaine et israélienne) afin de rogner sur les frais de productions et c’est pour cela qu’on ne retrouve finalement que trois acteurs anglo-saxon. S’il est inutile de revenir sur Jenny McShane, il faut surtout noter la présence de John Barrowman dans le rôle principal. Grand inconnu à l’époque, l’acteur est désormais extrêmement célèbre pour être le Captain Jack Harkness de Doctor Who (voilà peut-être l’explication de la différence de taille entre l’intérieur et l’extérieur du sous-marin du film !). Un personnage qui lui va si bien qu’il en est complètement indissociable et voir Shark Attack 3 après être passé par sa prestation dans la plus célèbre des séries télé anglaises donne une toute autre dimension au film. Un regain d’intérêt non négligeable pour celui-ci, d’autant plus que le comédien y a le beau rôle, passant son temps en Ray-Ban et à afficher son magnifique sourire. Tout l’esprit Captain Jack ! John Barrowman d’ailleurs s’amuse fréquemment à se moquer de lui-même pour avoir participé au film.

 

 

A leur côté quelques vétérans de la série B. Ryan Cutrona est une figure récurrente du petit écran américain (X-Files, Babylon 5, Brisco County Jr., Alien Nation, mais aussi NYPD Blues, Les Experts: Las Vegas, ou encore Cold Case) qui surjoue ici à mort le rôle du parfait petit patriote. Bashar Rahal et Harry Anichkin, respectivement le maire véreux et le méchant constructeur, ont tous les deux joués dans U.S. Seals et Opération Delta Force 4, le dernier étant également un habitué du genre qui nous intéresse puisque déjà aperçu dans Octopus 2, Alien Hunter et surtout Boa vs. Python, dont on retrouve deux autres acteurs: Atanas Srebrev (il y était le playboy sniper) et Nikolai Sotirov (l’annonceur du match de catch), l’un comme l’autre les collègues de Jenny McShane qui évidemment vont mal finir puisqu’il ne peut y avoir de place que pour un seul héros. Que du beau monde.

 

 

Le bilan n’est guère positif pour Shark Attack 3, un film au rabais tellement avare qu’il accumule les effets spéciaux fauchés et le recyclage des productions précédentes. Mal joué, mal rythmé, mal écrit, le métrage n’a rien pour lui mais va tellement loin dans son genre qu’on ne peut que le remarquer aux côtés de ses très sages concurrents ! Devant le résultat, Nu Image met un terme à sa franchise, mais ses requins de financiers n’abandonneront pas les squales pour autant et camoufleront simplement leurs prochains méfaits sous d’autres titres: Shark Zone et Raging Sharks

 

 

Assholes are never happy.

 

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