The Reliquary, Metaphysical Engine – Class (2016)

Lost (and found) in the 5th Dimension

Épisode 10

 

THE RELIQUARY,
METAPHYSICAL ENGINE

Class (2016)

saison 1, épisode 7

 

 

En 2004, pour les besoins d’un recueil de nouvelles portant sur Doctor Who, la compagnie Big Finish engage l’un de ses talents audio qui écrit une histoire du nom de Every Day. Dans celle-ci l’auteur cherche l’originalité et transporte ses héros – le 1er Docteur et quelques compagnons – non pas dans un endroit et une époque réels, mais dans ce qui se révèle être une manifestation psychique. Un lieu inexistant et purement virtuel qui se trouve dans l’esprit d’un homme perturbé par un traumatisme. Nos voyageurs temporels se retrouvent piégés d’un évènement qui se répète en boucle, dû au fait que celui qui le génère est mentalement instable. A la fin de l’aventure, lorsque la question se pose de savoir comment le TARDIS – un appareil pouvant naviguer partout dans le Temps et l’Espace – a pu plonger au cœur du fantasme d’un être vivant, le Docteur offre une explication intéressante: il indique que sa fabuleuse boite bleue est en fait un Engin Métaphysique, il qu’il est ainsi capable d’entrer dans l’esprit, l’imagination d’une personne.
Ce concept, fascinant et offrant des possibilités infinies pour tout auteur, ne sera toutefois jamais réutilisé. D’une part parce que beaucoup n’ont pas lu cette petite nouvelle perdue parmi les milliers de livres existant sur Doctor Who, mais aussi parce que cela serait très complexe à intégrer dans la série. Peu de chance que le grand public accepte cette nouvelle direction, trop abstraite.

 

 

L’idée n’est toutefois pas complètement perdue et, en 2016, un appareil similaire est introduit dans l’univers de la série. Ou plus précisément dans le spin-off Class, sans doute déjà oublié par tous et à raison. Class était une mauvaise série qui n’a durée qu’une seule saison avant d’être annulée, et ses connexions avec la série-mère étaient très faibles et bâclées. Il faut dire que le projet sentait le roussi dès l’annoncement, très mal géré par la BBC, et le fait est qu’absolument personne n’était intéressé. Ni les fans, ni le public en général, et sans doute pas les scénaristes tant le résultat s’avère insipide, déjà vu, pas vraiment bien joué et généralement incapable d’exploiter correctement ses quelques bons élément.
Sauf pour l’avant-dernier épisode, qui s’avère être le meilleur du lot. Original, prenant et abandonnant la carte du soap-opera. Un coup de génie de la part de Patrick Ness, le scénariste mais aussi le showrunner de Class, ce qui amène à se demander comment ses autres scripts peuvent être aussi nuls. Son histoire explore les personnages déjà établis, leur fait gagner en profondeur et réussi le tour de force d’introduire un protagoniste a usage unique qui apparait immédiatement comme plus séduisant et complexe que tout les autres héros de la série réunis ! L’intrigue est une course contre la montre où se succèdent une série d’épreuves tant psychologiques que… métaphysiques.

 

 

Car oui, le point de départ de Every Day est grandement repris (pompé ?) dans ce 7ème épisode et d’ailleurs le terme “engin métaphysique” est également employé pour désigner l’appareil présenté ici, le Reliquaire (the Reliquary). A vrai dire c’est même carrément dans le titre: The Metaphysical Engine, or What Quill Did. Gonflé.
En lieu est place d’un TARDIS, le véhicule présenté est d’origine inconnu. Un artefact extraterrestre récupéré on ne sait où par l’organisation secrète derrière plusieurs mystères relatif à la série, les Gouverneurs. De leur propre aveu, il s’agit d’une technologie très ancienne et instable qu’ils ne comprennent pas encore complètement. Aussi il dit à la fin de l’épisode qu’il ne reste pratiquement plus d’énergie permettant à l’engin de fonctionner, et le Reliquaire est considéré comme “mourant”. Son mode de fonctionnement apparait cependant comme relativement simple et utilisable par des humains, comme le prouve son système d’activation et sa commande de contrôle ne nécessitant qu’une seule personne pour tout manipuler. L’artefact se présente sous la forme d’un petit tube à forme de losange, comme une sorte de petite lampe orientale. Il se met en route en tripotant une bague tournante située près d’une extrémité, laquelle fini par s’ouvrir pour servir de trépied. Un cristal contenu au centre du tube, transparent, s’illumine et un bruit similaire à un minuteur se met en route.

 

 

Après quelques instants des éclairs provenant du cœur du Reliquaire viennent frapper les personnes environnantes, comme des tentacules les reliant à l’appareil (et exactement de la même façon que le sceptre temporel de Tortues Ninja III que nous venons d’explorer). Les ciblés ne font plus qu’un avec l’énergie et sont aspiré par le tube, qui lui-même disparait pour ne laisser qu’un peu d’énergie résiduelle derrière lui. Le gag c’est évidemment qu’ils se retrouvent alors à l’intérieur d’une machine “plus grande à l’intérieur”, en référence au TARDIS. Et celle-ci de partager de nombreuses similitudes avec son illustre modèle: il y a un gros cristal brut au centre de l’unique pièce où se tiennent les explorateurs, sorte de moteur. Les parois sont garnies de tuyaux métallique et de tubes contenant des décharges d’énergie rappelant un peu cet accessoire qu’est la sphère plasma. En revanche, contrairement au large TARDIS, l’artefact évoque plutôt un placard à balai et on ne pourrait pas tenir très nombreux dedans. Cela se retrouve aussi dans les commandes, sorte de minuscule volant sur pied pas vraiment maniable.
L’inconfort du transport et son instabilité sont soulignés par des secousses constantes et un bruit de vibrations peu rassurant. Même chose pour son alarme d’arrivée à destination, sorte de sonnerie de réveil brutale qui ne laisse pas le temps de se préparer.

 

 

Aussitôt qu’elle retentit, l’engin expulse ses passagers sans ménagement et d’ailleurs cela provoque de fortes nausées nécessitant une période d’ajustement. Le transfert s’effectue via un flash bleu aveuglant, et celui qui contrôle de l’engin se retrouve avec le petit tube en main, comme si tout le voyage n’avait été qu’une illusion.
En soit l’apparence et l’utilisation de l’engin n’est pas tellement différent de celui de n’importe quelle machine temporelle un peu artisanale ou mal fichue. Ça secoue, ce n’est pas beau à regarder mais ça fait le travail. Ce qui est fascinant est plutôt la différente utilisation qu’on en a: ainsi, la métaphysique touchant à ce qui n’est pas matériel (c’est une branche de la philosophie s’intéressant aux processus comme l’âme, l’inconscient, le Moi intérieur, le doute de l’existence, Dieu, etc.), l’engin rend en quelque sorte ses utilisateurs inexistant. Ils ne sont plus réel, mais demeure à l’état de concept, d’idée. Des rêves, en quelque sorte. Et cela leur permet d’atteindre des endroits impossible à accéder en temps normal: celui de l’imagination, des pensées, des réflexions.
Comme le déclare l’un des personnages, tout est conservé dans l’univers. Même la croyance. Et si des millions d’êtres vivants croient en quelque chose assez fort et assez longtemps, cela peut provoquer une sorte de réponse. Une pseudo existence découlant de la psyché.

 

 

Et ainsi les héros de l’épisode explorent différentes conceptions théologiques qui ne peuvent pas être théoriquement atteinte. Premièrement ils se rendent dans une jungle imaginé par l’espèce Arn, des petites créatures en réalité artificielles puisque crées en laboratoire. Cependant ces aliens gardent une idée différente de leurs origines et ainsi est née cette jungle illusoire d’où proviendrait leur espèce. Plus tard ils visitent l’équivalent de l’Enfer chez les Lores, un peuple de métamorphe qui vivent en changeant constamment. L’idée d’un Au-Delà entraine celui d’un Diable, et dans cet endroit ils se retrouvent forcément figés pour l’éternité, transformés en statues façon Pompéi. Et le groupe de rencontrer une créature lovecraftienne qu’ils doivent terrasser pour en prélever un morceau, nécessaire pour plus tard dans leur quête.
Le personnage principal va également aux origines des croyances de son peuple. Un endroit difficile a atteindre même pour l’engin puisqu’il s’agit d’une religion morte depuis mille ans. Mais elle assiste alors à la naissance de sa Déesse qu’elle finira par confronter, puisqu’elle est l’ultime survivante de son espèce, les autres ayant été décimés au début de la série. L’épisode termine sa course dans le Cabinet of Souls, basiquement le MacGuffin de Class où sont enfermés les “âmes” d’un peuple extraterrestre exterminé (en fait un résidu énergétique qu’il est possible de restaurer, permettant alors à la race de “ressusciter”).

 

 

Une bonne manière d’explorer les mythes de l’après-vie dans un univers de science-fiction, et en mon sens le spin-off fait ainsi un bien meilleur boulot que Doctor Who lui-même, qui s’est essayé par deux fois au même sujet avec un disque dur high-tech où l’on peut “uploader” des âmes (Dark Water / Death in Heaven) et un vaisseau spatial qui stoppe le temps pour prélever des êtres vivants au moment de leur mort afin de les sauvegarder et créer un duplicata, leur conférant ainsi une soit-disante immortalité (Twice Upon a Time). L’Engin Métaphysique est beaucoup plus intéressant qu’une simple machine de données numériques et fait pour un moyen d’exploration sans limite plus permissif encore que le TARDIS lui-même.

Malheureusement, vu l’échec de Class, il est peut probable que ce concept soit réutilisé par la suite, quel que soit le produit dérivé. Quant au Reliquaire, dans la canonicité de son univers, il est apparemment détruit à la fin de l’épisode après que l’héroïne rentre chez elle. Étrangement, elle ne l’utilise même pas pour sortir du Cabinet et se contente de passer par la porte de celui-ci – littéralement, et on retrouve aucun débris de l’appareil.
Heureusement grâce à la métaphysique, il est toujours présent quelque part dans une sphère immatérielle et inexistante, sustenté par le souvenir de son existence à travers l’esprit de son créateur, de moi-même et de toute les personne ayant vu l’épisode et… lu cet article !

La métaphysique c’est génial !

 

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