Le Sceptre de Norinaga – Teenage Mutant Ninja Turtles III (1993)

Lost (and found) in the 5th Dimension

Épisode 9

 

LE SCEPTRE DE NORINAGA

Teenage Mutant Ninja Turtles III (1993)

 

 

Il semble inutile de revenir sur Les Tortues Ninja III. Le film est une honte qui est plus ou moins responsable de la fin de la Turltlemania ayant vu le jour dans les années 80, et quand bien même la franchise a continuée son bonhomme de chemin en alternant entre le bon et le mauvais, ce “dernier” opus cinéma est toujours considéré comme une vaste plaisanterie même de nos jours. Si vous ne l’avez jamais vu, estimez-vous heureux, sinon vous savez très bien ce qu’il en est.
Pourquoi alors parler de cette triste séquelle que personne n’aime ? Aucune idée et même en revisitant le film tant d’années après ma dernière vision, le verdict reste le même. C’est peut-être juste un poil plus supportable en V.O., certaines blagues fonctionnant en peu mieux, mais c’est vraiment être généreux que de dire ça.
Toutefois j’avoue que l’idée même du sceptre magique permettant aux mutants de série B de voyager dans le temps, et ainsi d’être entrainés dans de nouvelles aventures bien différentes de celles qu’ils vivent d’ordinaire, m’a toujours plu. Cela permet de passer du cadre urbain et SF à des histoires plus mystiques de Fantasy et de sorcellerie, ou de jouer avec les timelines alternatives. Ce n’est pas une surprise si le concept lui-même provient justement des comics originaux, via le personnage de la Timestress Renet, une manipulatrice du Temps très jolie mais, suivant les versions, souvent gaffeuse et / ou inexpérimentée, emportant les Tortues dans différentes époques pour quelques aventures.

 

 

Son outil de travail est un large sceptre appartenant à son professeur, Lord Simultaneous, maitre du Temps et de l’Espace. Un bâton plus ou moins long selon les illustrateurs, se terminant par un embout semblable à une lampe ancienne ou un sablier, source de son pouvoir. Un objet très utile permettant à Renet de se déplacer où elle souhaite à travers l’univers, et qui évidemment peut avoir d’autres fonctions magiques selon ce qui est utile pour le scénario.
Et parce que Les Tortues Ninja III est un film de merde, il n’introduit ni la sorcière, ni les éléments intéressant de sa backstory et utilise simplement le sceptre lui-même, dont l’origine et les pouvoirs ne sont alors jamais clairement expliqués.
Vu l’absence de détails, on peut toujours supposer que Lord Simultaneous existe quelque part dans la déclinaison cinématographique des Tortues, et que lui ou Renet aient pu “égarer” l’artefact à travers le temps. Mais celui-ci possède ici un aspect très “nippon” du fait de son intégration dans le Japon féodale et pourrait tout aussi bien être une arme magique ancienne sans aucune relation avec les personnages du comics dont il est issu. Et quand ni le film, ni le script, ni même les résumés chez n’importe quel site et critique de cinéma ne semblent être d’accord pour savoir à quelle date se déroule l’intrigue (1593 ou 1603 ?), il est clair que le scénariste se foutait totalement d’apporter un peu de cohérence et de consistance à son histoire…

 

 

De ce que l’on peut retracer, l’existence même du sceptre est si ancienne que l’on ne sait ni d’où il vient, ni quelles sont ses implications dans l’Histoire outre les voyages temporels qui se déroulent dans le film. Son existence remonte à bien avant le 16ème siècle puisque l’on retrouve un antique parchemin associé à l’objet, où est raconté la Bataille des Milles Épées. Un fait lointain et perçu comme une légende même par les personnages de l’époque féodale qui raconte comment le daimyō Norinaga, de la région de Kumano, fut un jour confronté à une bande de Kappa (des Yōkai en forme de tortues monstrueuses) venu s’opposer à lui. Un terrible combat fut livré et il est dit que les démons ont triomphé du seigneur, même si les raisons et conséquences de cette affaire ne nous sont jamais révélées. Tout au plus peut-on comprendre, à travers les illustrations, que les “Kappa” sont en fait les Tortues Ninja, et qu’il a bien fallu qu’elles arrivent à cette période par un moyen interdimensionnelle.
De façon amusante, si les mutants se reconnaissent à travers les dessins, il n’ont pas connaissance de ces évènements. Sans doute retourneront-ils dans le passé plus tard, pour un Tortues Ninja 4 ou 5 qui n’a jamais vu le jour, ou alors tout ceci était une référence aux comics, faisant de ces Kappa les Tortues d’un monde parallèle ou d’une timeline divergente.

 

 

Quoiqu’il en soit (et parce que extrapoler sur des histoires de voyages temporels à partir d’un film qui s’en moque totalement est une perte de temps), l’actuel Seigneur Norinaga conserve le parchemin dans le temple de son château familial et celui-ci ne refait surface qu’au moment exact où son fils, le Prince Kenshin, exhume le sceptre par hasard. Le lien entre l’objet et la légende apparaît clair et l’on peut comprendre pourquoi l’artefact fut caché à l’intérieur d’une statue – sans doute par peur qu’il ramène les Kappa une nouvelle fois.
Dans un accès de colère, suite à une dispute avec son père, Kenshin casse la statue et découvre le sceptre qui s’active alors subitement, comme répondant à une volonté divine de secouer une nouvelle fois le clan Norinaga, actuellement en guerre suite aux rêves de conquêtes de son dirigeant. Le jeune homme, qui s’oppose au conflit (et se trouve être amoureux d’une rebelle) est emporté à travers le temps et April O’Neil apparait à sa place en une sorte d’échange. Plus tard, ce sont les Tortues qui débarquent pour la retrouver, remplaçant ainsi la garde d’honneur du seigneur, en charge de l’artefact. S’ensuit tout ce qui se déroule dans le film et l’objet est un moment “égaré” pour empêcher nos héros de rentrer chez eux au bout de trente minutes et les obliger à s’allier aux rebelles pour vaincre le tyran.

 

 

De manière amusante, la fonctionnalité du sceptre se montre particulièrement compliquée dans cette version puisque celui-ci ne se contente pas de déplacer ses utilisateurs à travers le continuum espace-temps, mais fonctionne par “déplacement à masse égale” d’une époque à une autre. Un moyen très compliqué signifiant qu’il n’est pas un engin temporel qui se balade d’une époque à une autre, mais plutôt une sorte de point de relais. Celui du présent reste dans le présent, et celui du passé reste dans le passé. Il faut qu’il y ait des personnes, à chaque période, autour du sceptre, pour qu’un transfert soit effectué. Cela uniquement pour permettre au scénariste de se débarrasser de Kenshin au profit des Tortues, et surtout de créer de faux enjeux: s’il manque une personne, l’autre ne peut réintégrer son époque et ils se retrouvent tous les deux coincés.
A cela se rajoute l’idée de “masse égale”. Ainsi les voyageurs doivent non seulement être du même nombre, mais aussi du même poids, sans ça le déplacement est impossible. Un détail compliqué qui n’est pas du tout respecté: si l’on peut encore croire que le physique d’April puisse correspondre à celui d’un jeune guerrier, les autres samouraïs devraient être particulièrement obèses considérant la taille des carapaces des reptiles ! Aussi le sceptre échange les corps mais pas les vêtements: April se retrouve en kimono et Kenshin fringué comme quelqu’un du XXème siècle lors de leurs échanges. Et pourtant cela ne concerne pas les accessoires puisque l’un conserve son walkman et l’autre son katana. Pourquoi ? Tout simplement pour que les Tortues puissent avoir leurs fameuses armes durant le film, et tant pis pour la logique !

 

 

Dans cette version, le Sceptre de Norinaga est clairement décrit comme une ancienne relique de famille, dont la présence sur un champ de bataille permet d’assurer la victoire. Cela se retrouve dans le design général, entre la peinture dorée qui recouvre la plus grande partie de l’objet (justement surnommé le Sceptre Doré) ainsi que les écritures en kanji sur le manche dont la traduction signifie “Open wide the Gates of Time” (ouvrez grandes les portes du Temps). La hampe est ici plutôt courte, évoquant plus un sceptre royal d’apparat que le bâton de magicien des comics, et le métal englobant le verre représente une patte de dragon et rappel l’architecture des toits de temples et de sanctuaires.
Il faut au moins reconnaitre le boulot des accessoiristes qui auront tout autant travaillé l’intérieur de l’artefact que l’extérieur, et la partie “lampe” magique n’est pas qu’une simple lanterne: on peut voir son mécanisme s’actionner avec notamment cette orbe lumineuse et espèce de petite girouette en forme de sablier, alimentée par un vent surnaturel qui sort d’on ne sait où mais assez fort pour interagir avec l’environnement. Lorsque le sceptre est activé, cette partie se met à briller et des éclairs s’en échappent, enveloppant les porteurs comme des tentacules avant de les faire disparaitre. J’avoue plutôt aimer l’effet de délais entre un départ et une arrivée, montrant la lampe tenir en l’air toute seule comme par lévitation, avant que le transfert soit complété.

 

 

Mentionnons que d’après Donatello le continuum espace-temps reste en phase pour seulement 60 heures, après quoi les voyageurs échangés perdent la possibilité de revenir à leur époque respective. Cette information, servant juste à créer un peu de tension et d’enjeux, pourrait cependant expliquer pourquoi tout le monde ne voyage pas dans le temps aussitôt qu’il touche à la chose – après tout, personne ne sait qui y tripote dans le passé / futur lointain et une activation devrait en conséquence être possible à chaque fois. Tant que le passé et le futur sont encore en phase, cela pourrait “verrouiller” le sceptre temporairement.
Mais d’un autre côté si c’est le cas, comment les Tortues ont-elles pu suivre April après sa disparition ? Comment s’active l’artefact et comment sait-on que quelqu’un d’autre ayant le même poids l’a également en main, ailleurs ? Peut-être que l’objet est magique et fait ce qu’il veut, peut-être que Lord Simultaneous s’amuse dans son coin en fonction de la situation… ? La réponse à toutes ces questions: il s’agit des Tortues Ninja III.
Il y a presque quelque chose d’ironique dans le fait que, après la “glorieuse” aventure de nos héros, cette relique si sacrée et mystique soit basiquement jeté à la poubelles. Elle sera retrouvée des siècles plus tard par April sur un vulgaire marché au puce New-yorkais, dans un quelconque quartier de Manhattan, pour finir sa course dans les égouts comme objet de déco pour un gros rat.

 

 

Au moins, le film d’animation TMNT de 2007 apportera un semblant de continuité à tout ce bordel et montrera le sceptre dans une salle des trophées, confirmant que cette nouvelle itération des Tortues est bien une suite et pas un reboot ou une continuation du cartoon de 2003 auquel il fait pourtant beaucoup écho.
L’acharné pourra également retrouver sa trace dans l’adaptation en comics de ce 3ème film, chez Archie Comics. Ici le côté surnaturel et l’idée d’une prophétie est bien plus probant, en témoigne même une scène supplémentaire montrant Walker, le trafiquant d’armes anglais travaillant avec Norinaga, être témoin d’une brise surnaturelle qui amène vers lui le parchemin, comme pour lui rappeler la présence des Kappa et lui indiquer sa défaite à venir. Le sceptre est également exposé dans le temple à la vue de tous plutôt que caché dans une statue, ce qui semble logique s’il s’agit d’une relique de famille vénérée par le clan.
Les explications de sur le voyage temporelle gagnent une supposée référence à Retour vers le Futur où Donatello explique que “le passé et le présent sont interchangeable” grâce à l’artefact (non je pige pas trop non plus, mais ça devait être plus clair dans la tête des scénaristes).
Rien d’extraordinaire, mais l’intrigue apparait comme un peu plus claire et supportable via des dessins réussis et les réactions beaucoup moins exubérantes des Tortues en général…

 

– And for Splinter… Where is he anyway ?
– Doing rat stuff.

 

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