Leprechaun 2 (1994)

 

Leprechaun 2

(1994)

 

Cry as you may, cry as you might.
It’s going to be one hell of a wedding night.

 

 

On a souvent tendance à dire que les suites sont inférieures aux originaux, que les n°2 ne pourront jamais égaliser ou surpasser leurs prédécesseurs. Cette andouille de Kevin Williamson en a même fait un running gag dans son très nul Scream 2, se trouvant incapable de citer le moindre exemple. Ce n’est pourtant pas ça qui manque dans l’univers des films d’horreur et de la série B, et plusieurs titres viennent immédiatement en tête: Critters 2, Evil Dead 2, Maniac Cop 2, Puppet Master 2… et donc Leprechaun 2, qui débarque tout juste un an après le premier opus.
Une sortie qui semble précipité, mais avec deux fois le budget de son prédécesseur et la prévision d’une distribution en salle, cette suite surpasse le Leprechaun de Mark Jones en tous points sur plan technique en plus de raconter une histoire beaucoup plus travaillée. D’ailleurs, du volet précédent, seul le farfadet et son interprète furent retenu, le reste passant à la trappe. Nouveau acteurs, nouveaux personnages et surtout nouveaux réalisateur et scénaristes, lesquels repensent totalement l’univers du lutin irlandais afin de créer de nouveaux concepts, de nouvelles règles.

 

 

Mais si la mythologie change et que ce nouveau Leprechaun s’avère bien plus meurtrier que l’ancien, les nouveaux responsables ne perdent pas de vu que c’est l’humour qui doit régner avant tout, la “menace” étant impossible à prendre au sérieux. Ce second volet s’évertue ainsi à respecter son aîné et à améliorer tout ce qui faisait défaut chez celui-ci, réussissant le tour de force de faire mieux dans chaque cas. A commencer par l’intrigue, que l’on doit au duo Turi Meyer et Al Septien (qui écriront aussi le sympathique Sleepstalker et l’horrible Candyman 3) et qui présente un nouveau lutin plus âgé, adepte de la télékinésie et de l’illusion, et qui ne recherche pas que de l’or.
Et donc l’histoire débute au Moyen Âge dans la ville de Killarney, en Irlande. Durant la St Patrick, celui qui se nomme le “Génie” fête ses milles ans. A son esclave William O’Day, un voleur ayant tenté de s’emparer de son butin et désormais forcé de le servir, il explique qu’il est désormais en droit de réclamer une épouse – une femme choisie par ses soins et qui sera sienne grâce à un sortilège. Si l’homme est d’abord heureux d’apprendre qu’il sera libre aussitôt le farfadet marié, il découvre avec horreur que la malheureuse élue est sa propre fille et se sacrifie pour la sauver.

 

 

Brisant le sort, il s’attire les foudres de son maitre qui le tue et maudit sa lignée, promettant d’épouser sa descendante les milles prochaines années. De nos jours, la lignée O’Day s’est diluée avec le temps et a fini par s’établir aux États-Unis, ignorant tout de la situation. C’est la jeune et jolie Bridget qui est désormais ciblée par le monstre, mais celle-ci a déjà un prétendant: Cordy, un orphelin élevé par son oncle arnaqueur et alcoolique. Impuissant face aux pouvoirs du Leprechaun, il est non seulement témoin de l’enlèvement de sa petite amie mais se retrouve aussi suspect n°1 des meurtres commis par la créature.
Devant fuir la police, le jeune homme n’a que jusqu’au levé du jour pour retrouver Bridget, sous peine de ne jamais la revoir. Heureusement le vieux Génie a perdu une pièce d’or dans la lutte: tant qu’elle est en sa possession, Cody ne craint rien de ses pouvoirs magiques. Un avantage hélas terni par le fait que son tuteur semble plus déterminé à mettre la main sur le reste du magot que l’aider à sauver sa copine…

 

 

Un récit plus ambitieux que celui pondu par Mark Jones. Plus construit, plus intéressant, plus permissif, et plus adulte aussi – tant dans les gags que la violence et l’aspect sexuel. Warwick Davis s’y donne à fond, bien plus qu’auparavant, et à vrai dire il y trouve bien plus à faire ici que simplement utiliser des accessoires. Plus sadique que jamais, il s’éclate à tuer et mutiler quiconque se dresse sur son chemin, d’autant plus qu’il est libre d’utiliser ses pouvoirs contrairement au film original. Il brûle un visage en manipulant un appareil à vapeur, arrache le doigt d’un chercheur de talent qui le prend pour un comédien afin de récupérer sa bague (“Finger lickin’ good !” dit-il en goûtant au morceau amputé) et arrache la dent en or d’un pauvre clochard.
A celui qui tente de séduire sa fiancée, il créé une illusion torride de la jeune femme qui dénude sa poitrine devant lui, l’incitant à y nicher son visage… sauf qu’il s’agit en réalité des pales d’une tondeuse à gazon ! Il écrase un agent de sécurité sur un circuit de karting avec un véhicule customisé façon Death Race 2000 (une référence au premier film) et chante le “Hi Ho” des nains du Blanche Neige de Disney en regardant une victime agoniser.

 

 

Pour autant le film n’est pas ouvertement gore et beaucoup de ces sévices se déroulent hors champ ont furent sensiblement coupés au montage. L’idée est avant tout de s’amuser, et le lutin passe son temps à nous divertir même lorsqu’il ne tue pas à tours de bras: il fait fuir un molosse en faisant la grimace, recrache avec dégoût du Whisky canadien qu’il juge inférieur à celui de son pays, va soigner sa gueule de bois dans un Espresso Bar, tente maladroitement de séduire sa compagne effrayée, et bien sûr il parle toujours en rimes – des répliques bien plus élaborée que dans le premier opus et qui méritent d’être mémorisées: “Drink what you want, drink what you’re able. If you’re drinking with me, you’ll be under the table !
Enfin le personnage est revu et corrigé avec une nouvelle mythologie qui ignore totalement celle mise en place précédemment. Outre le fait que l’or du Leprechaun ne se limite plus à des pièces mais a tout un assortiment d’objets (son chaudron parait bien plus “magique” ou féérique en ce sens), et parvenir à en dérober un élément permet de se protéger des attaques du farfadet. Sa vulnérabilité au trèfle à quatre feuilles est remplacée par le fer forgé, et quiconque parvient à le capturer est en droit d’exiger trois vœux.

 

 

Et Leprechaun 2 de poser les bases de Wishmaster avant que celui-ci n’existe, le farfadet pouvant interpréter les souhaits à sa guise pour les retourner contre celui qui les a formuler. Un petit côté Warlock également, justement développé par Trimark Pictures. Et donc, un homme cupide qui exige des richesses gagne le chaudron d’or, lequel apparait… a l’intérieur de lui ! Son estomac se déforme et enfle, forçant la victime à dépenser bêtement ses autres vœux, libérant le Génie de Killarney qui n’a plus qu’à l’éventrer pour récupérer son bien. Sans doute l’une des meilleures idées du film, et sans surprise Leprechaun 3 se concentrera exclusivement autour de ce concept.
Et tout simplement, on sent que le réalisateur aime son monstre. Il le montre d’entrée de jeu, sans perdre de temps, et joue à fond avec les éclairages et les angles de vue pour le mettre en valeur. Il lui offre un costume un poil plus élégant que l’original bien que similaire. Cela tient dans les détails, mais donne véritablement vie à la créature: celle-ci, par son âge, utilise une canne et possède des cheveux longs et une importante calvitie. Gabe Barlatos ne retouche même pas le maquillage original, mais le budget lui permet d’être plus confortable. Le lutin se voit même gratifié d’un second costume, plus tribal et qui épouse ses racines celtiques.

 

 

Mais si la vedette est soignée, les autres personnages ne sont pas en reste et ont mieux à faire que tourner en rond autour d’une vieille bicoque. L’idée de mettre en bande d’arnaqueurs professionnels en face du maitre des illusions est ingénieuse et en découlent quelques moments mémorables. Comme lorsque Morty, l’oncle magouilleur, explique à son neveu comment repérer dans le regard d’un gogo ce moment exacte où l’on peut l’entuber (ce qui se traduira par l’utilisation d’une pièce en chocolat pour le gnome), et surtout la fabuleuse scène du concours de boisson avec le farfadet, dans un bar blindé de monde en pleine St Patrick. Il utilise à son avantage une bouteille “spéciale” sans alcool, afin de gagner: rarement un personnage n’aura su tenir tête au Leprechaun avant autant de classe dans toute la série !
Et la séquence se montre assez hallucinante en soit, entre l’aspect festif du conflit (des nains déguisés venu faire une pause chantent le “One of Us” de Freaks en pensant que l’antagoniste fait parti de leur bande !) et le résultat hilarant du lutin bourré qui n’arrive plus à rimer, faisant léviter les objets en zigzaguant.

 

 

C’est Bridget qui est un peu délaissée, elle qui est pourtant au cœur de l’intrigue. Une fois capturée, enfermée dans l’antre souterraine du Génie irlandais (un labyrinthe de galeries où l’on peut retrouver, toujours vivant, le squelette de William O’Day), elle n’a plus grand chose à faire en attendant qu’on vienne la délivrer. Son rôle se résume à jouer la Scream Queen apeurée, mais il y a heureusement quelques éléments qui vaillent le coup d’œil comme sa transformation inattendue en femme fatale, séduisant le lutin afin de mieux se la jouer Basic Instinct, et n’hésitant pas à prendre ses salles pattes pour les poser sur sa cuisse nue. Il y a aussi ce collier d’esclave en or doté d’un cadenas en forme de cœur, et l’hallucinant passage où le Leprechaun “embrasse” la jeune femme, lui léchant le visage de sa langue monstrueuse et laissant une trace de salive bien épaisse façon bukkake.
Le plus intéressant reste ce que le monstre compte faire de la jeune femme. Son rôle n’est pas tant d’être son épouse que la mère de ses rejetons, et il indique clairement vouloir modifier son corps: son ventre, afin que l’utérus puisse abriter tout une portée, et son visage, car les petits lutins n’acceptent apparemment pas d’être allaité si la maman ne leur ressemblent pas. Des changements qu’il compte effectuer non pas avec sa magie, mais avec ses griffes !

 

 

Des petites choses comme ça, il y en a à la pelle pour quiconque prend le temps de bien regarder Leprechaun 2. Cody, qui sursaute en croisant la statue décorative d’un Leprechaun dans un bar, cette scène de suspense dans les toilettes qui le montre être surpris par le farfadet – en fait un nain en costume venu se soulager. Il y a le Darkside Tour, une balade en corbillard autour de la face sombre d’Hollywood, où se seraient déroulés crimes et évènements tragiques. Les clins d’œil cachés au premier film comme ce logo anti-trèfle à quatre feuilles peint sur le kart du gnome ou lorsqu’il nettoie brièvement les chaussures de son esclave.
Mentionnant aussi le splendide générique d’ouverture, montrant les siècles défiler à travers un parchemin qui retrace l’évolution de la famille O’Day, de la fermière Irlandaise à la citoyenne Américaine, incluant même l’immigration vers les États-Unis pour raccorder le changement de pays entre l’introduction et le reste du film. Quant à la façon dont le Leprechaun se retrouve à Los Angeles, elle est invraisemblable et implique une ancienne demeure de Harry Houdini, désormais en ruine, où fut planté un arbre offert par les habitants de Killarney en son honneur.

 

 

Un gag qui sera perdu pour beaucoup mais pas pour moi: si le Haunted Houdini Tour existe bel et bien à Hollywood, c’est une arnaque – raccord avec le Darkside Tour du film, et le magicien (né à Blois, ma ville natale) s’est en fait installé dans le bled de Saint-Gervais-la-Forêt pour finir ses jours. L’endroit exacte où j’habitais ! Étant donné que j’ai grandi en regardant Leprechaun 2, je peux vous garantir que je me suis plus d’une fois baladé dans le voisinage en imaginant qu’une des nombreuses plantes du coin pourrait abriter le fameux farfadet…
Mais si l’action s’était déroulée là-bas, le film n’aurait pas été visuellement très différent du premier opus (moins les montagnes). Choisir l’exact opposé, un cadre strictement urbain et ultra habité, permet non seulement de différencier les deux films mais aussi de donner une identité visuelle propre à cette séquelle. On sent le budget, les protagonistes bougent constamment d’un lieux à l’autre et la réalisation se calque sur ce dynamisme, proposant des cadrages inventifs même si discrets. Le metteur en scène, Rodman Flender, l’avait déjà fait dans son Unborn (un clone du Monstre est Vivant), film plutôt mou mais sauvé par des moments de créativités bienvenus. Sans surprise, on le retrouvera plus tard sur le très fun La Main Qui Tue, totalement dans le même esprit.

 

 

Autre responsable du caractère du film, le compositeur Jonathan Elias, qui reprend le style déjà bien agréable de son prédécesseur mais en le maximisant. L’homme derrière les musiques de Parents, Blue Jean Cop et du premier Children of the Corn livre un score notable, à la fois drôle et décalé, en raccord avec la menace ridicule que représente le Leprechaun, mais teinté juste ce qu’il faut d’une atmosphère plus horrifique, avec des résonances Irlandaises.
L’acteur Sandy Baron vole le show dans le rôle du vieil oncle qui embobine tout le monde à longueur de temps, égalant au moins Warwick Davis dans l’art de se mettre en scène. Mentionnons aussi quelques apparitions comme le génial Clint Howard, ainsi le nain Black Tony Cox et la propre femme de Davis, tous deux déjà à ses côtés dans Willow.
Enfin, la belle Bridget est incarnée par Shevonne Durkin, vu dans d’autres B comme Ghost in the Machine, Tammy & the T-Rex et Magic Kid II, un sous Karate Kid avec Ted Jan Roberts. Une actrice qui n’a certes pas le talent d’une Jennifer Aniston (elle apparait parfois un peu “coincée”, peut-être à cause de son rôle de quasi potiche), mais qui se montre bien plus séduisante.

 

 

Hélas, trois fois hélas, tandis qu’une scène exige qu’elle dévoile sa poitrine – que l’on imagine très jolie, l’actrice a un recours à une doublure que le cinéaste a inclus au montage de manière très artificielle, comme pour bien nous prévenir. Même le modèle choisi ne semble pas convenir, ses seins paraissant beaucoup trop gros par rapport à ceux que laisse entrevoir l’héroïne ! Dommage.
Dans tous les cas, Leprechaun 2 demeure un film extrêmement appréciable et une suite totalement réussie. Viendra inévitablement un Leprechaun 3, toujours sans Mark Jones qui, s’il co-produit cette séquelle-ci, partira ailleurs pour retenter sa chance. D’abord avec le très nul Rumpelstiltskin, puis ensuite avec l’oubliable Triloquist. La saga du lutin irlandais, quant à elle, ne fait que commencer…

PS. Je m’en voudrais de vous priver de ce magnifique titre alternatif, de provenance nébuleuse:
One Wedding and Lots of Funerals, parodie évidente d’un certain film de Hugh Grant. Merveilleux.

 

 

 

   

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