The Dead Pit (1989) AKA. Re-Animator Hospital

 

The Dead Pit

(1989)

 

“I’ve done Life. Now I’m doing Death.

 

 

Brett Leonard est un réalisateur à la carrière intéressante car tout en dents de scie, mêlant le bon avec le pire. Question grosses productions, il triomphe avec Programmé Pour Tuer et son Russell Crowe holographique et meurtrier, mais se plante royalement avec Le Cobaye, thriller virtuel efficace mais détesté par Stephen King et ses suiveurs pour n’avoir aucun rapport avec la nouvelle originale. Dans le petit budget son Souvenirs de l’Au-Delà avec Jeff Goldblum est plutôt bien reçu tandis que Man-Thing demeure dans l’obscurité même à l’époque où les adaptations Marvel sont à la mode. Enfin il a réalisé Highlander: The Source, probablement l’une des plus grandes catastrophes de l’Histoire du cinéma. Dans tous les cas ce sont ses visuels que l’on retient avant tout, l’artiste ayant un don inné pour mettre en valeur ses sujets avec des cadrages et éclairages stylisés, et rien ne le prouve plus que The Dead Pit, son premier film.

 

 

Sorti chez nous sous le titre hallucinant de Re-Animator Hospital comme pour nous faire croire qu’il s’agit d’une suite aux aventures du Dr. Herbert West avant que La Fiancée de Re-Animator ne débarque, il raconte l’odyssée sanglante du Dr. Colin Ramzi (aucun lien avec l’humoriste français) qui a décidé de mettre son génie au profit de la Mort plutôt que de la Vie. Spécialiste du cerveau, il est persuadé qu’il existe un lien entre l’âme et la matière grise, et expérimente sur les patients d’un l’hôpital psychiatrique qu’il lobotomise et soumet à des rituels occultes. Lorsque son collègue, le Dr. Swan, découvre l’horrible vérité, il lui tire une balle dans la tête avant de condamner l’entrée de son repaire secret situé dans les souterrains du bâtiment. Vingt ans plus tard, le médecin est maintenant à la tête de l’établissement et tout se passe pour le mieux… jusqu’au jour où un tremblement de terre ne détruise la barrière, libérant un Ramzi mort-vivant.

 

 

Son retour coïncide avec l’arrivée d’une nouvelle patiente, la jolie Sara, qui est amnésique et prétend qu’on lui a volé ses souvenirs par le biais de la chirurgie. A peine débarque t-elle que son esprit est assaillit de terrifiantes visions, le croquemitaine semblant vouloir s’emparer d’elle plus que tout. Il n’en faut pas plus au spectateur pour comprendre qu’elle est en fait sa fille et cette piste narrative traine un peu en longueur sans avoir de véritable impact – ni même faire vraiment sens – au final. Qui l’a opérée, quand exactement et pourquoi ? Autant de questions qui restent sans réponses et laissent perplexe quant à l’utilité d’une telle intrigue. Bien heureusement l’actrice passe le plus claire de son temps en petite tenue, ce qui rattrape bien les choses. Dans la pure tradition du cinéma d’exploitation, sa garde robe se limite grossièrement à un string et un court débardeur qui ne couvre pas grand chose de son opulente poitrine.

 

 

Un accident de circonstance selon la comédienne, qui trouvait que le costume original la grossissait. Elle aurait ainsi découpé sont haut pour obtenir une meilleure coupe, mais les vêtements auraient ensuite rétrécie au lavage. Quoiqu’il en soit cela joue grandement en faveur du film qui en retire presque un petit côté women in prison entre ça, la détention forcée de Sara dans un univers quasi carcéral et l’infirmière en chef autoritaire qui se comporte comme une matonne sadique. Une séquence montre cette dernière attacher la jeune femme dans les douches communes pour la torturer au jet d’eau, la haute pression lui arrachant sa brassière et exposant soudainement ses seins ! Mais comme nous sommes dans un film d’horreur, la scène prend un tournant inattendu lorsqu’un morceau de joue se détache ensuite du visage. Car The Dead Pit est méchamment gore et n’hésite pas a y aller franchement lorsqu’il s’agit de faire couler le sang.

 

 

Un patient est retrouvé mort sur une chaise de dentiste, une petite roulette vrillant dans un orbite vide, un zombie pulvérise une boite crânienne à mains nues pour en extraire la cervelle et jouer avec comme un gamin avec de la Play-Doh, et l’eau bénite fait fondre ou flétrir les corps des morts-vivants qu’elle éclabousse, n’en laissant qu’une mélasse dégoutante. Ramzi s’éclate à massacrer tout le monde, pratiquant trépanation à l’ancienne ou étranglant avec les manches d’une camisole de force. Il balance une tête coupée à l’héroïne en déclarant “I’m the head surgeon here” et surtout dispose d’une fosse pleine de cadavres (la dead pit du titre) dans son laboratoire. Un charnier qu’il entretien en l’aspergeant constamment de formole pour mieux ramener tout ça à la vie lors d’un final apocalyptique. Son plus grand méfait reste cependant le sort qu’il réserve au Dr. Swan, et la scène fut parfois censurée sur certaines éditions: mettant son cerveau à nu, il y plante des aiguilles qu’il remue pour provoquer différentes réaction, faisant passer sa victime du rire à l’effroi, du plaisir à la douleur…

 

 

Mais au-delà de la violence, c’est surtout l’ambiance que privilégie Brett Leonard, avec un travail impressionnant du sound design qui donne au film un côté hystérique parfois tendu. L’atmosphère est soignée à coups d’éclairages et surtout de cadrages soigneusement composés, rendant le film véritablement agréable à regarder d’un point de vue cinématographique. Ce n’est sans doute pas un hasard si Ramzi apparait souvent à l’héroïne comme le faisait Michael Myers avec Laurie Strode, et on peut même sentir l’influence de H.P. Lovecraft et son Affaire de Charles Dexter Ward dans l’exploration des catacombes du savant fou: sol jonché de crânes, abysse insondable, vestiges de pratiques occultes… Le budget pêche un peu (beaucoup) et le résultat n’est pas toujours à la hauteur, mais l’effort est évident et fort louable. Tout cela se répercute jusque dans la conclusion plus sombre qu’à l’accoutumée, le sort réservé à certains personnages pouvant être surprenant.

 

 

Alors attention, tout n’est pas qu’austérité et le film se montre volontiers plus léger quand le besoin s’en fait ressentir. Comme lorsque Ramzi enfile une paire de gants malgré ses ongles immensément long qui viennent aussitôt y faire des trous, ou lorsque deux flics débattent à propos de boutique de donuts (le “Doughnut Hole”, sérieux !) alors qu’une horde de morts-vivants approche derrière eux. Le plan des héros repose sur la chute d’un château d’eau bénite en plein dans la cours de l’asile, et cela amène à une amusante maquette pour simuler l’inondation. Enfin il est impossible de ne pas tomber amoureux de cette jolie infirmière jouée par Mara Everett, la fille du producteur (vu dans rien d’autre), tuée trop vite mais revenant sous la forme d’un zombette sexy qui vaut bien les Trash et Julie des Retour des Morts-Vivants. Un appréciable délire qui se retrouve jusque dans la première édition VHS du film où l’on pouvait faire clignoter les yeux du zombie de la jaquette à l’aide d’un petit bouton.

 

 

Rétrospectivement on constatera aucun membre du casting de The Dead Pit n’aura fait une grande carrière, mais la plupart restèrent fidèles au réalisateur au point de revenir dans de petits rôles sur ses prochains films. Le Cobaye et Programmé Pour Tuer notamment font office de mini-réunions secrètes, ce qui donne une très bonne raison de les revisiter. Hélas Brett Leonard n’a jamais vraiment décollé malgré ces débuts prometteurs et on peut clairement pointer du doigt Hollywood et son habitude de punir le réalisateur pour la mauvaise performance d’une œuvre, même lorsque cela est lié aux décisions des exécutifs. Au moins peut-on désormais pleinement profiter du film via sa nouvelle édition Blu-ray, laquelle met très bien en valeur les choix esthétiques du réalisateur. Dommage quand même que le gimmick des yeux clignotants n’ait pas été reprit pour l’occasion !

 

 

GALERIE

 

 

 

   

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>