Inner Sanctum (1991)

 

Inner Sanctum

(1991)

 

 

Le thriller érotique est sans aucun doute le vilain petit canard de la série B, un sous-genre qui ne s’assume pas vraiment puisque sa seule raison d’être est d’aligner des scènes de sexe à la manière de n’importe quel softcore mais sans prétendre être un film de cul pour autant. Et si l’on réhabilite désormais toute forme de cinéma d’exploitation, du porno au western en passant par l’horreur, l’action et la SF, il reste sur le carreau car personne ne veut jamais parler de lui. Il faut dire que son format hybride ne l’aide pas trop, les séquences épicées n’allant jamais très loin tandis que le suspense se limite généralement au strict minimum. Lorsque Fred Olen Ray, spécialiste du petit budget et amateur de jolies poitrines, se fait engager pour en tourner un, on pourrait penser qu’il s’agit de la parfaite occasion pour changer un peu les choses. Et pourtant…

 

 

Le réalisateur lui-même avoua au Chicago Tribune n’avoir aucune idée de ce qu’était un thriller érotique à l’époque, allant jusqu’à regarder L’Orchidée Sauvage en accéléré pour mieux comprendre ce qu’on attendait de lui ! Il délègue l’écriture du scénario à Mark Thomas McGee, un collègue responsable des scripts de Sorority House Massacre 2 et 3 (et d’Equinox, ce prototype d’Evil Dead datant de 1970), mais garde un œil sur le casting puisque les deux attractions vedettes d’Inner Sanctum affichent des corps de rêve selon ses critères personnels. Ce sont Tanya Roberts, que l’on ne présente plus, et la moins connue Margaux Hemingway, séduisante top-modèle des Seventies et accessoirement petite fille de Ernest Hemingway ! Un duo prometteur même s’il ne partage en réalité aucune scène dans le film.

 

 

En fait si la première obtient la tête d’affiche, la deuxième est étrangement reléguée à un second rôle peu important, n’apparaissant que très peu dans le montage final. Il faut dire que l’actrice traverse une mauvais passe à l’époque, retombant dans la drogue après un séjour dans centre de désintoxication et s’embourbant dans un conflit familiale après avoir prétendu que son parrain abusait d’elle lorsqu’elle était enfant. Sa carrière ne s’en remettra jamais et son jeu d’actrice s’en retrouve affecté avec un étrange problème de voix ou de diction. Cela explique sans doute pourquoi elle se retrouve mise de côté à ce point, l’intrigue se concentrant sur un autre personnage féminin joué par Valerie Wildman, une comédienne qui n’a pas du tout l’allure de ce type de production. Elle n’exhibe d’ailleurs ses seins qu’une seule fois dans un passage qui n’a rien d’érotique, et n’est jamais impliquée dans les séquences sexuelles.

 

 

Inner Sanctum raconte la triste histoire de Jennifer, épouse délaissée qui suppose – et à raison – que son mari Baxter la trompe avec une collègue de travail. Dépressive, elle tente de se suicider en avalant une poignée de médicaments. Comme elle n’a jamais lu Madame Bovary, elle réalise après-coup que s’empoisonner est en fait très douloureux et fini par faire un malaise alors qu’elle monte les escaliers pour chercher de l’aide, faisant une grave chute. Un mois plus tard la voilà en fauteuil roulant et son homme ne cache plus sa haine, furieux d’avoir à constamment veiller sur elle alors qu’il préfèrerait s’envoyer en l’air avec sa maitresse. Il engage donc une infirmière à domicile, Lynn, mais il est clair que la jeune femme n’est pas ce qu’elle parait être. La pauvre malade va alors progressivement sombrer dans la paranoïa entre l’intrusion de cette aide soignante gentille mais menteuse, les crises de colères de Baxter et la présence d’un nouveau voisin qui semble l’espionner…

 

 

Une histoire qui soigne plutôt le côté thriller de l’entreprise, avec une volonté de garder le mystère quant à ce qui se trame derrière le dos de l’héroïne. Car celle-ci est assaillit de visions et de cauchemars où son mari tente de la tuer, et il bien vite il semble clair que c’est lui qui l’a poussée dans les escaliers. Il faut dire qu’elle possède une assurance-vie d’un bon million de dollars que Baxter convoite, mais il lui est impossible de mettre la main dessus si elle succombe à un suicide ! Le meurtre demeure la solution et il engage Lynn pour se débarrasser de sa femme lorsqu’il découvre qu’elle est a de l’expérience dans ce domaine, ayant tué son propre mari pour hériter de sa fortune. Mais l’infirmière ignore que Baxter sait tout à son sujet et a ses propres projets pour le couple, le voisin étant évidemment son complice. Et puisque nous sommes dans un thriller érotique, tout le monde copule entre chaque révélation, encore que Inner Sanctum se retient beaucoup, n’offrant les parties de jambes en l’air qu’au compte-goutte.

 

 

Certaines ne sont même pas réelles puisque issues de l’imagination perturbée de Jennifer, qui fantasme sur les relations extraconjugales de son mari. Des hallucinations finalement plus psychologiques que sexuelles car si les amants se frottent l’un contre l’autre, c’est toujours en médisant sur la pauvre femme pour mieux la rabaisser, observant ses réactions durant l’acte alors qu’elle est totalement impuissante. La meilleure scène du film la montre clouée sur dans fauteuil roulant, sa bouche disparaissant pour l’empêcher crier alors que Baxter lui ouvre les veines avec un scalpel, effets sanglants à l’appuie ! Le tout est baigné dans une lumière bleue et rouge qui donne à l’œuvre des faux airs de giallo, surtout lorsque survient l’égorgement silencieux. Un très bon point pour le film qui, en-dehors de ça, s’avère plutôt ennuyeux.

 

 

Car ça parle beaucoup mais ça baise très peu, et le plan machiavélique de Lynn n’est jamais vraiment révélé puisqu’elle se retourne sans explication contre ses partenaires durant la dernière partie. L’histoire ne possède même pas de conclusion, coupant abruptement après que l’héroïne se soit rebiffée contre son mari, laissant son sort entre les mains de l’infirmière criminelle sans que l’on ne comprenne en quoi cela peut jouer en la faveur de l’une ou l’autre. Il faudra se rabattre sur les quelques idées du réalisateur pour se divertir, comme lorsque Jennifer, défenestrée, est sauvée de la mort en atterrissant sur un cadavre, ou avec ce moment imitant maladroitement Fenêtre sur Cour. Le générique d’ouverture se déroulant sur des images colorées est plutôt amusant, surtout lorsqu’apparait le titre où le “R” de Inner pénètre le “A” de Sanctum, et l’utilisation abusive du tube rock Mean Business de Savoy Brown durant les scènes de sexe fini par déclencher l’hilarité avec ses gros riffs de guitares électriques.

 

 

Enfin il faut reconnaitre que si Inner Sanctum est très mollasson (un comble pour un film censé vous rendre tout dur, hmm ?), Tanya Roberts se montre fougueuse à souhait et fait tout son possible pour réveiller le spectateur. Entre son abominable faux accent New Yorkais et sa garde robe composée essentiellement de lingerie en dentelles, elle devient vite le centre de toutes les attentions. Elle alla jusqu’à chorégraphier elle-même ses séquences érotiques au point que l’une fut jugée trop chaude pour être utilisée ! Dommage car, en-dehors de toute dimension sexuelle, le dynamisme de l’actrice est une bénédiction pour le spectateur qui en-dehors de ça risque vite de s’assoupir. Et ce n’est pas la musique ridicule de Chuck Cirino, pourtant auteur du génial thème de Chopping Mall, qui va arranger les choses. L’actrice, alors en pleine phase thriller érotique avec sa participation dans Night Eyes l’année précédente, tournera ensuite Sin of Desire avec nul autre que Jim Wynorski.

 

 

Margaux Hemingway, à l’inverse, ne restera pas vraiment dans les mémoires avec sa performance très limité, même s’il convient de mentionner la jolie claque qu’elle reçoit sur les fesses dans sa deuxième scène coquine. Cela ne l’empêcha pas de revenir dans la suite, Inner Sanctum 2, toujours avec Fred Olen Ray à la barre, et si beaucoup semble la trouver incroyablement mauvaise, c’est qu’ils n’ont pas beaucoup prêté attention à Brett Baxter Clark, clairement le pire acteur du lot qui joue… comme dans un mauvais porno. La séquelle, sans surprise, surpasse clairement ce premier opus car allant encore plus loin dans la description des cauchemars de l’héroïne au point de parfois flirter avec le cinéma d’horreur, et boostant le casting avec quelques vieux briscards comme Michael Nouri et David Warner. Inner Sanctum premier du nom, lui, doit composer avec un générique de fin bidouillé où les dernières lignes (les crédits musicaux et le copyright final) ont été rajoutées sur le tard, apparaissant avec dans police de caractères différente…

Reconnaissons lui au moins ce passage amusant où la secrétaire de Baxter s’amuse à tenir le compte du nombre de fois où son patron s’enferme dans son bureau pour s’envoyer en l’air avec une collègue !

 

 

 

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