Replay (2019)

 

David Didelot

Replay

(2019)

 

 

Avant tout, il convient de préciser une chose à propos de ce Replay: il ne s’agit en aucun cas d’une simple rétrospective de Vidéotopsie, le célèbre fanzine de son auteur. Je préfère le dire puisque le logo apparait en gros en tête de couverture et cela peut prêter à confusion. Comme le prouve le petit “autobiographie” placé en bas à droite de l’image, l’ouvrage est bien un retour sur la vie entière de David Didelot, ce qui inclut Vidéotopsie et ses autres activités liées au cinéma Bis, mais pas uniquement. A la manière du Danse Macabre de Stephen King, l’écrivain explore sa propre histoire et en ressort de nombreux éléments qui ont aidés à façonner sa passion et sa personnalité. Il ne faut donc pas vouloir uniquement s’intéresser à son travail sur l’Horreur et le Fantastique pour bien profiter de ce livre, ceci n’étant finalement qu’un sujet parmi bien d’autres.

 

 

Contrairement à un certain nombre de personnes qui liront ce livre, je ne peux pas vraiment me targuer de bien connaitre David. Je l’a connu assez tardivement à l’époque où il finalisait son ouvrage formidable sur la collection Gore, et uniquement via Facebook avant que le festival Bloody Week-end ne nous permette de nous rencontrer. Ainsi je ne suis pas le mieux placer pour “critiquer” ce livre très personnel où le bonhomme nous raconte aussi bien son enfance que ses problèmes de cœur et son parcours professionnel, contrairement à ceux qui l’auront côtoyés à différentes périodes de sa vie. Il va de soit que ce public sera privilégié puisque le retour en arrière, à une époque bien différente de celle qui est la nôtre, les touchera plus que tout autre. Alors du coup, est-il intéressant de lire Replay si l’on n’est pas un proche de David ou si l’on ne s’intéresse qu’à son fanzine et ses bonus DVD ? Absolument.

 

 

 

Et à la question “pourquoi Diable écrire sa biographie lorsque l’on a même pas 50 ans ?”, le concerné y répond d’entrée de jeu, dès les premières lignes. La couverture le représente dans son antre infernale, entouré de sa collection de films et portant un sweatshirt Iron Maiden avec Eddie dans sa forme du Trooper. Et David en est bien un de trooper, vu tout ce qu’il a vécu et enduré au cours de ces dernières décennies. Car ne nous y trompons pas, si l’idée était surtout d’évoquer tout ce qu’il aime, tout ce qui le fait vibrer, de revenir sur les amis, les fêtes et les évènements qui l’ont marqué en bien, il parle aussi des catastrophes, des déconvenues et des tragédies qui frappent toujours sans prévenir et peuvent vous broyer. La maladie, la mort, les échecs et les conflits, sans doute tout aussi important dans ce qui fait la somme d’une personne, mais malgré tout moins sympathique à revisiter.

 

   

 

Du coup il ne faut pas tellement s’étonner que ce mémoire s’ouvre sur une citation de Snake Plissken, survivant ultime du monde de la fiction. Et lorsqu’il remonte le plus loin possible pour commencer les choses, l’écrivain ne trouve rien d’autre à présenter que sa première terreur: l’image viscérale de morceaux de viandes couvert de mouches, dans une boucherie. Un fait anodin pour un adulte, mais qui marque le jeune esprit et nous amène déjà au rapport à la Chair, au Corps et au cycle de la Vie. Au fil des chapitres, nous suivons les différentes étapes que traverse David, de l’enfance à l’âge adulte en passant par tout ce qu’il y a entre les deux, et l’un des gros points d’intérêt du bouquin est de juxtaposer ces aventures avec notre propre vécu afin de voir les similitudes et les différences – surtout lorsque l’on possède un ou deux centres d’intérêt en commun. Et s’il n’est question de films d’horreur qu’à la 40ème pages, ce qui précède n’est pas moins intéressant.

 

 

Ce sont les premières lectures (Moby Dick et la collection Tout l’Univers, que je partage à une génération d’écart), les premiers chocs avec notamment la série Cosmos 1999 (mon cher David, l’image que tu décris me fait penser au fameux monstre de l’épisode Dragon’s Domain, ou peut-être au brûlé cosmique de Force of Life) et bien sûr les premiers cinémas, bien avant l’arrivée des Multiplex, avec son lot de découverte et de non-découverte. C’est l’obligatoire attirance pour le hard rock et Star Wars, qui vous transforme forcément. Et au fil des pages, on fini par prendre conscience de l’importance qu’on certains moment-clés sur la psyché du narrateur: la VHS de Zombie croisée par hasard dans la vitrine d’un magasin, la fascination pour l’histoire Amityville, qui en un livre et un film engendrera chez l’écrivain une véritable obsession (l’un de ses derniers Vidéotopsie fut entièrement dédié à cette saga), la réception du magnétoscope ou encore la première lecture de Mad Movies en classe de neige.

 

 

Autant d’évènements qui, mis bout-à-bout, dressent progressivement le portrait du David Didelot de maintenant. Mais l’homme se dévoile plus que ça encore et nous bombarde constamment d’anecdotes et de retours très détaillés sur différentes choses. Comme cette séance de Ouija catastrophique en 1984, les regrettées excursions dans les vidéoclubs avec leurs flying jaquettes, leurs choix difficiles et l’épreuve du feu du passage au rayon X. Il évoque la perte de ses lunettes 3D des Dents de la Mer 3, l’affiche de L’Ascenseur qu’il reçu pour sa communion, sa tentative de filmer un slasher au caméscope lorsqu’il était ado, en raconte une belle sur Ben Hur et ose dire a quel point il était mauvais à l’école lui qui est désormais professeur (ne le dite pas à ses élèves) ! Il nous parle de la Guerre Froide alors que 2019 Après la Chute de New York et Le Jour d’Après sortent en salles et même de son service militaire.

 

 

Difficile du coup de faire le tri dans ce qui relève de la haute importance et ce qui l’est moins. D’un côté se trouvent des réflexions de fans sur quelques œuvres (il rapproche la Amity des Dents de la Mer à celle du 112 Ocean Avenue et remet les pendules à l’heure sur Tarantino) et de l’autre de longs passages dédiés à sa vie de famille et à ses amis proches, où sont exposées beaucoup de choses touchant au privé, voir à l’intimité. Bref, le contenu est abondant et ce qui captera l’attention du lecteur pourra autant faire plusieurs paragraphes qu’une poignée de mots. Si certains comme moi aimeront lire à propos de faits de petites ampleurs (Les Archives Maudites, premier exercice de chroniques sur cahier, l’invisible court-métrage Les Horreurs du Docteur Phlébose), d’autres voudront sans doute en venir aux plus grandes parties de ce livre, qui couvrent les travaux de David Didelot à propos du cinéma de genre.

 

 

Le fanzinat à évidemment la part belle et David revient sur les origines de Vidéotopsie (et de son titre), cite ses camarades plus anciens (Darkness Fanzine, Médusa Fanzine, Scream et le Monster Bis de Norbert Moutier) et nous raconte les galères de la première fois et de la conception dans une ère pré-numérique. Le vétéran assume le côté mal fagoté des revues auto-publiées, donne son avis sur le milieu et son évolution à travers les âges et encore une fois parle de ses propres expériences, comme la réaction peu convaincue de Didier Allouch quant au sommaire de Vidéotopsie #1. Il revient sur la période creuse des années 2000, de la longue pause qu’il prit à cette époque, manquant presque de conclure l’expérience, et à la petite consécration lorsque France 2 fit apparait sa feuille de choux durant un reportage sur Jack l’Éventreur… l’une de ses figures historiques préférées.

 

 

Pareillement, sa participation à d’autres ouvrages est passée en revue, de son fameux autopsie du Gore de Fleuve Noir à divers collectifs (Explosion Textile, Bleu Nuit, la préface d’Héca-Tomb), en passant par son décryptage de l’œuvre de Bruno Mattei et du rejet que cela provoqua dans certaines sphères. Bref, Replay n’est pas une autobiographie, c’est un témoignage d’une existence riche et pleine de projets qui déborde d’avis, de coups de gueule comme de coups de cœur, de joie et de tristesse. La preuve sans doute qu’un individu n’est pas que biologique et que son “âme” se trouve dans tout ce qu’il a traversé, dans les grandes comme dans les petites choses. Et quand on fait la liste ici, on se dit que David c’est quand même un mec très complet puisqu’il nous cause Métal (Alice Cooper et WASP dans la liste, je ne peux qu’apprécier), et Virus Cannibale, son premier Mattei, a qu’il voue un véritable culte.

 

 

Il se remémore la magistrale bande-annonce du Caligula de Joe D’Amato sur la VHS Hollywood Video de Evil Dead (“Un homme… un monstre !”), ose dire qu’il a lu des novélisations (un style souvent ignoré mais qui servait de séance de rattrapage lorsqu’un film vous passez sous le nez) et crache sur la fausse culture du nanar, pour laquelle il n’a que haine. Jean Pierre Andrevon en prend pour son grade, Black Lagoon remporte son adhésion, la collection Trash est honorée tandis que Mad Movies ne décroche qu’un triste constat vu ce que le magazine est devenu, et bon sang il faut bien dire que ça fait tout drôle de voir son nom être cité au milieu de tout ça ! David Didelot, c’est tout ça et plus encore, ce qui le rend forcément fascinant même si l’on peut être en désaccord avec certaines de ses opinions. Car l’écrivain n’hésite pas à présenter ses convictions sociales, politiques et religieuses, et il peut être parfois assez dur avec ceux qui seraient à l’opposé de sa pensée. Mais bon, c’est l’être humain, et contrairement à un Jean-Jacques Rousseau qui déforme la réalité pour toujours se montrer sous son meilleur jour, David Didelot se dévoile sans honte ni retenue.

Au jeu de l’autobiographie, peu importe les critiques dans ces cas là.

 

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