Vampirella vs. Fluffy the Vampire Killer (2012)

ROAD TO HALLOWEEN VI

 

 

Vampirella vs. Fluffy the Vampire Killer

(2012)

 

 

Un drôle de bizarrerie que ce Vampirella vs. Fluffy the Vampire Killer, faux crossover entre la plus sexy des vampiresses et la chasseuse de Joss Whedon. Car comme le titre l’indique, ce n’est vraiment à Buffy la “vampire slayer” que nous avons affaire ici mais un alter ego satirique qui laisse à penser que le scénario va s’orienter vers la parodie. Ce n’est pas tout à fait le cas puisqu’il s’agit avant tout d’un pastiche permettant à l’écrivain de s’affranchir de toute continuité et autres exactitudes propres à la série télé. D’ailleurs, sans surprise, certains personnages secondaires meurent au cours de l’intrigue, ce qui serait impensable dans le cas où la véritable licence Buffy avait été utilisée. Cela n’empêche cependant pas de se poser des questions sur les origines de cette pseudo rencontre entre les deux héroïnes. En 2012, la série est terminée depuis plus de dix ans et commence à s’effacer des mémoires tandis que le paysage télévisuel a fortement évolué. Les aventures de la Tueuse n’existent plus qu’à travers son propre comic book publié chez Dark Horse, mais celui-ci est loin d’être ultra populaire.

 

 

Pourquoi donc réunir aussi tardivement ses deux icônes ? Le projet était-il une idée ancienne qui n’a jamais pu se concrétiser faute d’obtenir les droits nécessaires ? Est-ce que le but était de caricaturer le show du temps où il était encore pertinent et qu’un problème d’agenda explique ce grand retard ? Ou est-ce un simple hommage de l’auteur envers une œuvre dont il serait fan ? Impossible à dire même si certains éléments lié à la publication de la BD sèment le trouble. Ainsi cette aventure paru le 31 Octobre 2012 en guise de Halloween special, même si absolument rien dans le script ne vient évoquer la fête de Samhain. Tout au plus apprend-on que l’affaire se déroule à une période très éloignée de Thanksgiving. De plus la couverture illustrée par Nick Bradshaw indique clairement la date 2009: d’après l’utilisateur AKA Rick sur comicartfans.com, il s’agirait d’une commande privée qu’il avait passé au dessinateur cette année là, montrant Vampirella affronter… la véritable Buffy ! Celle-ci possède même le “S” de Sunnydale, sa ville d’opération, sur la version originale. Drôle d’idée de la part de Dynamite d’avoir spécifiquement exhumé cette image !

 

 

Quoiqu’il en soit la retranscription de l’univers Buffy reste très ressemblante à son modèle, moins quelques différences graphiques dans l’apparence des personnages pour éviter tout problème. Le scénariste Mark Rahner (le crossover Vampirella / Army of Darkness chez Dynamite, et le western horrifique Rotten chez Moonstone) nous présente ainsi Shiny Hill (Sunnydale), petit bled construit sur un portail occulte (porte de l’Enfer) s’attirant régulièrement des attaques de vampires et autres créatures surnaturelles. Heureusement Fluffy (Buffy) est l’élue, une jeune femme doté d’une force et souplesse surhumaine qui traque et extermine tous ces monstres. Elle est aidée dans sa tâche par son surveillant Miles (Giles) et le vampire Cherub (Angel) dont elle est amoureuse, partage ses aventures avec ses compagnons Sallow (Willow) et Xtanley (Xander), s’éclate le soir au nightclub The Brass (le Bronze) et nourrie une certaine rivalité avec la pétasse Carmilla (Cordelia). Le petit gang enquête actuellement sur un nouveau cas qui voit les étudiants les plus sexuellement actifs du campus être mis en pièce par un mystérieux agresseur.

 

 

L’héroïne soupçonne immédiatement sa nouvelle prof, Ella Normandy, véritable bombe sexuelle qui s’attire tous les regards. Elle ignore qu’il s’agit en fait de Vampirella, combattante du Mal qui s’intéresse elle aussi à cette affaire, et lorsque cette dernière trouve les corps agonisant de récentes victimes, Fluffy a vite fait de l’en tenir pour responsable. Les deux vont ainsi se battre comme cela arrive dans tout bon crossover qui se respecte, mais elles vont devoir s’allier pour affronter le véritable coupable: une bande de puritains zombifiés s’en prenant à ceux qui commettent le péché de chair. Les envoyés d’un démon qui se nourrit en fait de répression sexuelle, devenant plus fort dans un cadre où l’humain reste chaste. Et pour ne rien arranger les choses, l’établissement scolaire est justement en pleine campagne anti-sexe, propagande des Conservateurs qui souhaitent inculquer l’abstinence à la jeunesse américaine. La cheerleader et la femme chauve-souris n’ont alors plus qu’à s’envoyer en l’air pour affaiblir leur ennemi, ce qui n’a évidemment pas lieu dans cette histoire même si cela aurait dû.

 

 

Car c’est bien le sexe qui permettra de sauver la ville au final, même si Vampirella reste honteusement exclue du procédé et que la manière dont cela arrive demeure un véritable secret tant le script esquive le sujet. Ce qui intéresse Mark Rahner est moins l’acte lui-même que la relation de la population avec le sexe. On sait les américains très sensible au sujet, et paradoxalement le pays est prude tout en sexualisant à peu près n’importe quoi à outrance. La tenue ultra provocatrice de Vampirella devient ainsi l’objet de moquerie de la part de Fluffy, qui se demande bien comment la chose peut tenir durant les combats et n’hésite pas à lui dire que l’on peut voir son “camel toe”. Du slut shaming hypocrite de la part d’une demoiselle qui patrouille en jupette et porte des tenues séduisantes qui pourraient être critiquées de la même façon. La BD se moque aussi de l’éducation sexuelle ineffective des lycéens, une élève démontrant à son professeur que les états prônant l’abstinence sont généralement ceux qui ont le plus de taux de natalité chez les jeunes. “Tant que vous faites du sport et récitez votre prière, cela fonctionne à 100%” rétorque l’instituteur !

 

 

Le bonhomme avoue cependant être payé pour affirmer cela, et l’instant d’après il cède aux avances d’une jolie étudiante. Pendant ce temps Fluffy tente désespérément de s’envoyer en l’air avec Cherub, lequel hésite car du haut de ses 200 ans cela ne serait pas bien (la Tueuse doit alors lui rappeler qu’elle est techniquement majeure), tandis que Vampirella se fait traiter de VILF (le “V” tenant pour… Vulcain, du fait de sa coupe de cheveux !) et fini par détester l’attitude condescendantes de sa partenaire vis-à-vis de son physique. “Their incessant quips are the birth control” se dit-elle en découvrant que personne ne baise souvent à Shiny Hill. A la fin, elle fera sa propre leçon de morale en déclarant qu’être une femme forte et libre signifie qu’elle peut porter ce qu’elle veut sans avoir à rendre de compte à qui que ce soit, y compris d’autres femmes. Quant aux pèlerins démoniaques, leur modus operandi fait froid dans le dos puisqu’ils ne tuent pas leur proie mais les mutiles à l’extrême juste pour s’assurer qu’ils ne pourront plus jamais connaitre l’amour ! Les victimes sont retrouvées vivantes, sans bras ni jambes ou défigurées…

 

 

Du reste, Vampirella vs. Fluffy the Vampire Killer n’est pas que politique et justice sociale, s’amusant autant à montrer deux belles héroïnes se castagner tout en gonflant un peu la violence quasi inexistante de la série télé: un vampire explose dans un nuage de sang lorsque son cœur est percé, la main de la princesse de Drakulon est trouée d’un mauvais coup de pieu et les puritains ont une bonne tronche, genre de Solomon Kane zombiesques. Le fan du show s’amusera à retrouver quelques easter eggs amusants (la fausse Buffy porte toujours sa croix d’argent et a elle aussi brûlée son ancienne école, Joss Whedon traine dans le paysage) tout en s’amusant de la satire qui ajoute une certaine dose de vulgarité absente de l’œuvre originale. Et voir l’héroïne et son copain vampire se textoter dans un horrible langage SMS est assez drôle. Il faut malgré tout encaisser des tonnes de références à la manière d’un film de Kevin Smith, de Scream au vidéoclip Hot for Teacher de Van Halen, ce qui peut vite devenir lourd.

 

 

Enfin saluons l’artiste Cezar Razek (un régulier de Dynamite vu sur Witchblade / Red Sonja et Hack/Slash / Eva), dont le travail est irréprochable et plaisant à l’œil. Il évite autant que possible de verser dans la nudité gratuite et le sex appeal extrême, sans doute pour donner un peu de crédibilité au message de son partenaire, mais ne s’empêche pas pour autant à dévoiler les charmes de Vampirella qui a l’air d’une véritable femme fatale face aux adolescentes de Sunny Hill. On en regretterai presque que l’univers de Fluffy the Vampire Killer n’ait jamais été réexploré par la suite, mais puisque le gag final tient dans le fait que le campus va être rasé pour laisser place à une banque, l’idée n’a sans doute jamais effleuré ses créateurs. Demeure ce one shot tout à fait recommandable et divertissant, même si anecdotique dans la longue bibliographie de la plus célèbre et de toutes les vampires.

 

 

 

GALERIE

 

   

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