Mummy Raider (2002) AKA. Misty Mundae – Mummy Raider

 

Misty Mundae

Mummy Raider

(2002)

 

 

Le tout début des années 2000 marque un tournant dans le paysage culturel et cinématographique, avec la démocratisation du DVD et l’évolution d’Internet qui devient désormais une norme. Car c’est la combinaison de ces deux éléments qui va créer un moyen de distribution alternatif pour les petites compagnies et les cinéastes indépendants: il est désormais possible de se spécialiser dans un genre très spécifique, et donc peu vendeur sur le marché général, sans dépenser des fortunes en publicité et commercialisation. Il suffit ainsi d’utiliser sites et forums pour s’adresser directement au public-cible spécifique et s’assurer de son soutien. C’est de cette situation qu’est né Sedution Cinema, une compagnie productrice / distributrice de films érotiques ciblant principalement une audience friande de série B. Capable du meilleur (Spider-Babe) comme du pire (Lord of the G-String), la boite a bâtie sa réputation sur au moins deux gimmicks alors tout nouveaux: faire du mockbuster en singeant des titres populaires récents, et utiliser des filles dont le physique est généralement bien plus réaliste que celui des actrices pornos retouchées et siliconées.

 

 

La bimbo cède donc la place à la “girl next door”, qui séduit car plus mignonne que sexualisée et permettant à l’audience de s’imaginer bien plus facilement dans les bras de ces petites demoiselles que dans ceux de leurs consœurs surgonflées. La pornographie elle-même finira par s’intéresser à ce nouveau concept et plusieurs stars du X comme Sasha Grey ou Stoya ont émergées de cette nouvelle vague. Seduction Cinema va elle aussi se trouver une égérie en la présence de la jeune Erin Brown, renommée Misty Mundae pour l’occasion et qui provient justement du milieu Z crapoteux (I Was a Teenage Strangler, les Infamous Bondage Murders). Sa carrière a fini par dévier vers les films fétichistes plus drôles et légers avec le temps, et si elle s’est livrée à quelques pénétrations dans ses premières œuvres, son nouveau gagne-pain est beaucoup moins demandant physiquement et elle se contente généralement de se dénuder et de simuler quelques papouilles avec d’autres filles dans des produits centrés avant tout sur des relations lesbiennes.

 

 

Avec son nouvel employeur, elle devient l’héroïne d’une poignée de films finalement très similaires, la confrontant généralement à un élément fantastique pour finalement dévoiler ses charmes et l’envoyer s’amuser avec quelques camarades souvent jouées par les mêmes actrices. Et si les scénarii donnent souvent l’illusion de lui offrir un personnage, Mummy Raider ne s’embarrasse même pas de ce détail puisqu’elle s’y nomme… Misty Mundae ! Le titre brouille d’ailleurs les pistes en présentant une variation, Misty Mundae – Mummy Raider (ou Misty Mundae: Mummy Raider, ou encore Misty Mundae, Mummy Raider selon les sources), référence évidente au Tomb Raider avec Angelina Jolie qui disposait lui aussi du surtitre Lara Croft. Car voilà une parodie qui profite de l’engouement international des jeunes gamers en chaleur pour l’aventurière à forte poitrine, à l’époque au top de son succès. Un mockbuster qui prend tout son sens lorsque l’on compare le physique de l’héroïne virtuelle (une femme fatale grande et à gros seins) à Misty (petite et plate comme une planche).

 

 

Pillant également un peu Le Retour de la Momie datant de la même époque, le script compose un semblant d’intrigue qui n’a volontairement aucun sens et se conclu en fait au bout de vingt minutes pour mieux embrayer sur du sexe non-stop après coup ! Il faut dire que ce “long” métrage ne fait pas plus de 46 minutes, auxquelles il faut soustraire deux minutes de générique au début, et huit à la fin, preuve s’il en est que la chose n’est en fait qu’une vidéo pour fétichistes avertis. Heureusement que tout cela transpire la bonne humeur, car du coup  il y a de quoi se raccrocher à quelque chose si l’on est peu intéressé par le softcore amateur, et la première partie possède ce côté court-métrage d’étudiant certes très con mais plutôt fun. L’histoire se déroule ainsi “quelque part à Berlin”, où la diabolique Dr. Humboldt s’apprête à donner à son armée de Néonazis l’arme qui leur permettra d’instaurer le Quatrième Reich. Fraichement exhumé de la Vallée des Rois, le sarcophage du Roi Ihotep est entre ses mains et le sang du défunt serait la clé pour obtenir tous les pouvoirs surnaturels de l’Égypte Ancienne.

 

 

Pour ressusciter la précieuse momie, la savante dominatrice a kidnappée le Pr. Cleeve ainsi que sa fille Kristen, afin que l’un d’eux puisse accomplir le rituel. Voyant son père être malmenée et étant elle-même menacée de torture sexuelle, la jeune femme obéit et le mort-vivant se lève de sa tombe. Mais Misty Mundae, alias la Mummy Raider, veille au grain: en plus d’être une fameuse aventurière, elle est aussi la petite amie de Kristen et les demoiselles partagent un fort lien télépathique depuis qu’elles ont “partagées leur sang lors d’un rituel avec les Illuminati”, dixit l’héroïne qui raconte tout cela comme si c’était parfaitement normal. La belle va alors libérer le vieil archéologue de sa cellule puis se débarrasser des gardes et du monstre avant de tout bonnement s’envoyer en l’air avec sa dulcinée. Ceci sous le regard excitée de la grande méchante, neutralisée et subitement très docile maintenant qu’il est question d’amour. L’affaire est réglée – expédiée – en vingt minutes, mais l’ambiance est tellement bon enfant qu’on ne peut qu’apprécier les idioties qui s’enchainent à l’écran.

 

 

A commencer avec ce pauvre professeur qui découvre avec grande surprise que sa fille est homosexuelle. Ligoté entre deux Nazis, il ne peut s’empêcher de lui dire qu’ils devront avoir une petite conversation après tout ça. Et quand Humbolt commence à tripoter les seins de la demoiselle sous ses yeux, il en fait une crise cardiaque ! On apprendra sans surprise que le personnage est joué par le scénariste. La momie n’a elle que quelques secondes de présence à l’écran, jouée par un acteur en masque d’Halloween et enroulé dans une couverture en toile de jute, mais elle a le temps de cogner l’antagoniste d’un bon coup de poing dans la poire avant d’être illico décapité d’un coup de feu par l’héroïne. “That’s why they call me the Mummy Raiderdit-elle avec un grand sourire et un entrain communicatif, tandis que la tête coupée pousse une plainte de déception. Misty, l’actrice, semble s’éclater et on la comprend. Elle y est très séduisante avec ses petites tresses, son short moulant, ses bottes montantes et sa brassière en vinyle.

 

 

Le script lui offre contre toute attente une véritable fusillade et elle défouraille avec un flingue dans chaque main, tandis que ses ennemis font des glissades sur le sol ou des sauts voltigeant pour esquiver les balles, comme si cette vidéo fétichiste à caractère érotique s’était subitement transformé en un fanfilm de John Woo. Et à la décharge de l’équipe technique, la séquence est particulièrement soignée malgré l’absence totale de budget, avec des armes qui tirent à blanc, des petits explosifs pour simuler les impacts dans le décors et jusqu’à des débris projetés dans tous les sens pour dynamiser le rendu. Une excellente surprise, même si l’instant d’après lors d’un combat au corps à corps, un assassin arrache malencontreusement le soutien-gorge de l’héroïne, s’en retrouvant d’ailleurs tout surpris. Cela ne gène pas l’exploratrice pour autant, celle-ci se retrouvant alors topless pendant tout le restant du film. Car elle y joue évidemment de son physique, n’hésitant pas à se déshabiller (trèèèèès lentement) pour séduire les gardes qui la tiennent en joue.

 

 

Le reste est malheureusement beaucoup moins fun, puisqu’il s’agit d’une longue scène saphisme simulée et filmée de la façon la plus plate et inintéressante possible. Il n’y a là d’érotisme que le nom, car l’action est répétitive et dénuée de toute sensualité. Vraiment, qui penserait qu’il serait si ennuyeux de regarder deux jolies femmes se caresser ? Et pourtant ! Aucune tendresse entre les amoureuses qui alternent fréquemment les câlins et autres frottements au son d’une hilarante musique électro-sexy (il y a des gémissements féminins dans la bande-son) et on note que Misty y est la plus active, sa partenaire se contentant de rester là sans trop rien faire. Plus tard cela devient un threesome lorsque la Nazie prisonnière se languit et abandonne sa carrière de malfaiteuse après la promesse d’un gros orgasme. S’ensuit la même chose qu’auparavant mais avec quelques plans plus créatifs, dont une vue aérienne assez sympa montrant les deux héroïnes ramper en synchronisation vers leur proie. Ça s’y léchouille déjà un peu plus mais les réactions exagérées de la vilaine allemande viennent briser toute l’ambiance.

 

 

Conclusion, la partie “fétiche” et ce qu’il y a de moins intéressant dans Mummy Raider, bien qu’il s’agisse à la base de tout l’intérêt du truc ! Reste quelques trouvailles, comme l’éclairage romantique à la bougie durant la partouze, la petite culotte de Misty qui porte l’inscription 100% white trash et le fait que si l’une des filles se met entièrement nue, elle tient quand même à garder sa casquette. On reste malgré tout de marbre devant le gag final, qui tombe à plat devant le pauvre jeu des actrices: l’héroïne annonce à la méchante repentie qu’elle doit quand même aller en prison pour ses agissements, mais tout va bien puisqu’il s’agit d’une prison de femmes et que l’idée l’enchante absolument. “That’s rehabilitation for you !” s’exclame la tueuse de momie avant que n’arrive le générique de fin qui s’éternise alors en rajoutant de nombreux extraits des “meilleurs moments” du film. Lorsqu’un ultime carton apparait et nous incite à retrouver Misty Mundae dans Playmate of the Apes, on ne peut qu’hésiter un petit moment avant de décliner l’offre avec politesse.

 

 

Réalisé en seulement deux jours avec les moyens du bord, Mummy Raider ne pouvait de toute façon pas être miraculeux et il faut s’estimer heureux de pouvoir sourire devant les imbécilités qui le compose. Misty y donne son maximum et se montre très agréable à suivre, surtout au regard de ses camarades qui, elles, peinent à montrer le moindre enthousiasme. Darian Cane (Kristen) est trop âgée pour jouer les jeunes savantes et semble s’ennuyer comme un rat mort, tandis que Ruby Larocca (Dr. Humboldt) est forcée de porter une perruque blonde l’enlaidissant considérablement. Seduction Cinema, qui se retrouva bien embêter pour exporter le film légalement outre-Atlantique du fait de sa courte durée, dû même créer un European Cut avec des scènes tirées de Lust in the Mummy’s Tomb, un autre softcore à base de momie avec leur jolie vedette. C’est cette version que l’on peut retrouver chez nous sous le titre de Bombe Raider, ou en Angleterre sous celui de Misty Mundae – Erotic Raider, et il s’agit aussi du seul montage désormais trouvable aux USA via un coffret “Misty Mundae”, le DVD original étant depuis longtemps épuisé.

 

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