Deadly Ten, la nouvelle arnaque Full Moon ?

 

Charles Band et sa Full Moon, c’est depuis longtemps une vaste blague pas vraiment drôle, qui ne manque jamais de faire sourire autant que pleurer quand on voit à quoi la compagnie en est réduite depuis sa vieille heure de gloire. Prêt à tout pour gagner le moindre dollar, son créateur s’est lancé dans des affaires tenant parfois de l’arnaque pure et simple depuis ces dernières années. Les films, réalisés au caméscope avec un budget minable, sont secondaires par rapport au merchandising foireux qu’il tente de refourguer à ses vieux fans: souvenons-nous des Badass Dolls, des Monster Bras et de ces boites de céréales dégueulasses avec un DVD en bonus à l’intérieur ! Avec l’explosion actuelle des services streaming, il était évident qu’il s’intéresserait à l’affaire, pouvant faire payer mois après mois ses habitués en leur proposant de vieux classiques d’un âge révolu sans faire le moindre effort. Et en effet, quiconque s’intéresse à l’actualité de son entreprise remarquera que celle-ci ne fait plus grand chose d’autre que promouvoir sa propre plateforme de vidéos à la demande, Full Moon Streaming (et son pendant érotique, Exotic Movie House), via Amazon Prime Channel.

 

 

C’est sans doute parce qu’il est difficile d’appâter les fans possédant déjà toutes les éditions DVD / Blu-ray disponibles de leurs films que le grand patron a eu l’idée de copier Netflix et de proposer des productions originales. Des œuvres qui ne sortiront ni en DVD, ni en Digital, mais exclusivement sur la chaine pour les abonnés. Et pour marquer le coup, Band sort les gros canons d’entrée de jeu puisque au moins cinq des dix productions annoncées seront des suites ou des spin-offs de certaines de leur plus célèbres franchises. Avant de s’emballer, rappelons discrètement l’existence encore récente de Demonic Toys 2 pour se rappeler que cela n’est pas nécessairement une bonne chose, surtout en considérant l’absence totale de moyen des dernières créations de Charlie. Mais bon, l’exemple Killjoy 3 reste encore dans les mémoires et fait forcément espérer. Intitulé Charles Band’s Deadly Ten, le projet est décrit comme une “initiative cinématique immersive” et une preuve que la Full Moon sait se montrer “audacieuse”.

 

 

Le communiqué de presse tente de nous exciter en décrivant comment, en “un geste sans précédent”, la compagnie offrira à son public un accès total à la création de ce programme via le site officiel où il sera possible de suivre en direct les différents tournages, avec live feeds, interviews sur le vif, visite des studios d’effets spéciaux et autres vidéos concernant la pré et la post-production, tandis que les réalisateurs fourniront des articles faisant office de journaux de bord. Rien de nouveau puisque l’on peut remonter loin dans les années 90 et se rappeler les promos Videozone, incluses en bonus sur les VHS Full Moon, qui remplissaient la même fonction. Sans parler de la chaine YouTube de Charles Band. Les seules différences semblent donc être la quantité du contenu et la fréquence des mises à jour, qui seront forcément bien plus copieuses. Une idée amusante malgré tout, même si le reste de l’article exagère franchement en cherchant à nous convaincre que ce gadget possède une valeur réelle en montrant au public toute la complexité de la réalisation d’un film indépendant: “les peines, les joies et le dur travail” ! Sortez les violons, les gars.

 

 

Mais il faut admettre que Charlie est un sacré vendeur de cravate qui sait parfaitement comment nous séduire. Ainsi, malgré la catastrophe que fut le dernier Puppet Master en date (Axis Termination, pas l’autre), Deadly Ten ouvre le bal avec un nouvel opus dédié aux pantins d’André Toulon, et plus précisément avec un épisode mettant en vedette Blade, la poupée la plus belle et la plus célèbre de la saga. Ce n’est sans doute pas un hasard si une réplique taille réelle – très jolie par ailleurs – est actuellement en vente sur le site pour quelques malheureux 600$. Il n’y a pas de petits profits. Intitulé Blade: The Iron Cross, le film sera réalisé par John Lechago (le génie derrière la réhabilitation impressionnante de Killjoy) et se déroulera durant la Seconde Guerre Mondiale, après les évènements de la trilogie Axis. Il y est question des méfaits d’un scientifique Nazi, le Dr. Hauser, qui semble avoir un lien avec le passé de Blade, référence évidente à Puppet Master III. Lorsque la voyante Elisa Ivanov, l’héroïne de Axis Termination, découvre son existence, elle réveille le jouet afin de s’occuper de son cas. Le duo aura apparemment affaire à quelques sbires réanimés…

 

 

S’ensuit un projet de très longue date et maintes fois annoncé depuis la fin des 90s, Bride of the Head of the Family, suite d’un film remontant à la dernière bonne époque de la Full Moon, avant que le navire ne fasse pleinement naufrage. Une histoire qui devait à l’origine unir les mutants du premier opus avec ceux de Blood Dolls, puisque la fameuse fiancée à grosse tête y était vaguement mentionné comme la créatrice de Virgil Travis, le milliardaire à tête réduite. Dirigée par Charles Band lui-même (Dieu nous garde) sur un scénario de l’habitué Neal Marshall Stevens, cette suite montrera un Myron Stackpool sur la paille, ruiné et seul au monde après la destruction de son repaire. Arrive Eugenia, créature à grosse tête comme lui dont il va tomber éperdument amoureux. Mais entre eux se dressent des savants fous, des tueurs déformés et d’autres pervers bien décidés à les empêcher de se marier. La ravissante Jacqueline Lovell, héroïne du premier film, semble faire parties des revenants. Difficile de croire qu’elle s’y montrera toute nue cette fois-ci, la prise d’âge n’aidant pas…

 

 

La troisième entrée est sans doute le concept le plus invraisemblable du lot puisqu’il s’agit d’un remake de Necropolis. Un film que personne n’a vu et dont les rares spectateurs ont tout oublié. En fait seule l’affiche originale, plutôt démente avec sa sorcière au look de Brigitte Nielsen dominatrice chevauchant une Harley Davidson dont le décolleté réveille quelques morts-vivants en plein centre-ville, vaut vraiment le coup d’œil. L’histoire reste à peu près la même: au Moyen-Âge, Eva, une sorcière satanique, est tuée par quelques villageois forcément Chrétiens et dévots. Des siècles plus tard, elle revient sous les traits d’une séduisante punkette afin de reprendre ses sinistres activités. Ici toutefois, plutôt que d’entrer en guerre avec un cureton vindicatif, elle va posséder le corps de Lisa, une jeune motarde, afin de commettre de nouvelles atrocités et d’invoquer un monstre de l’Enfer. Réalisé par Chris Alexander, rédacteur en chef de Fangoria de 2010 à 2015, et écrit par le scénariste de Evil Bong 666 et Evil Bong 777, ce Necropolis: Legion n’est que moyennement attirant. Espérons alors que Eva y retrouve ses trois paires de seins durant ses messes noires !

 

 

Sorority Babes in the Slimeball Bowl-O-Rama 2 est un peu moins surprenant car plusieurs fois déjà la Full Moon s’est amusée à nous rappeler son existence. Dans Evil Bong 420 déjà, on retrouvait une salle de bowling qui était supposément celle où David DeCoteau avait tourné le film. Le réalisateur y débarquait alors, empreint d’une fausse nostalgie pour l’endroit. Cette fois il revient derrière la caméra, apparemment épaulé par la légendaire Scream Queen Brink Stevens. Sans doute qu’après des années passées à pondre des choses comme A Talking Cat !?! ou Bigfoot vs. D.B. Cooper, il aura bien besoin d’un coup de pouce pour mettre en boite un vrai film. Il sera question des mésaventures des nouvelles candidates à la sororité Tri-Delta, leur petite escapade au Bowl-O-Rama tournant au cauchemar lorsque se bon vieil Uncle Impy s’échappe une nouvelle fois. Tandis que Spider, la punkette héroïne de l’original, tente de sauver les filles, une mystérieuse jeune femme débarque et elle en sait visiblement long sur la situation. Un quasi remake visiblement, qui réunira d’ailleurs le trio d’alors formé autrefois par Stevens, Linnea Quigley et Michelle Bauer. Pourvu que les petites jeunettes qui prendront leur relève puisse avoir droit à leur fessée !

 

 

Enfin, la dernière contribution intéressante à ce projet est le tant attendu Subspecies V, qui ramène Ted Nicolaou à la réalisation, Anders Hove dans le rôle de Radu et Denise Duff dans celui de Michelle. Ce nouveau chapitre s’intitule Blood Rise et semble faire office de préquelle à la série puisque le récit s’étalera sur 500 ans et racontera comment le buveur de sang à la voix cassée est devenu un vampire. On y découvrira que le jeune Radu fut volé à sa naissance par des croisés qui l’élèveront sans lui expliquer ses origines, un cercle de moines espérant en faire le parfait guerrier de l’Église. Le destin le ramènera au château de son père, le Roi Vladislas (qui ne sera probablement pas joué par Angus Scrimm, hélas), afin de le pourfendre et de récupérer la Bloodstone, relique sacrée que convoite les autorités religieuses. Mais cette nuit fatidique l’amènera à sa transformation en Nosferatu et nous suivront les errances du personnage alors que la soif de sang et de vengeance commencent à le corrompre. Un résumé intéressant même si l’on peut se poser quelques questions à propos de la chronologie (quid de son frère Stefan ?) et qu’il faut espérer que la présence de Michelle signifie la continuation de l’histoire après les évènements de Bloodstorm.

 

 

Enchainons alors avec les cinq films suivants, des œuvres originales pas particulièrement attirantes. Par le revenant Danny Draven (Death Bed, Hell Asylum), Halloweed Night est une connerie dont on se serait bien passé. Un énième film de petits monstres stupide qui tape dans la Weedsploitation, une démographie à laquelle Band lèche les pieds depuis plusieurs années maintenant. Il est question d’une bande de stoners se lançant à la recherche d’une variété d’herbe très rare, afin de fêter Halloween comme il se doit. Le groupe se retrouve dans un hôtel hanté ou une séance avec une planche Ouija (ou plutôt Weed-G, car phonétiquement ça se prononce pareil dans la langue de Shakespeare) va ouvrir un portail vers une autre dimension d’où débarquent… des Weedjies. Des petites créatures qui vont les aider à faire la fête… jusqu’à ce que mort s’ensuive. On nous assure que ça sera dans le même esprit que Ghoulies, mais en vérité ce sera sûrement plus proche de Ooga Booga. Misère.

 

 

Dans The Hourglass de Ryan Brookhart (créateur artistique sur Witchouse II, Killer Eye 2 et Puppet Master: Axis Rising, si tant est que l’on peut associer les mots “créateur” et “artistique” à ces films) il est question de Malik, un mauvais génie prisonnier d’un sablier. Quiconque retourne l’objet le libère pendant une heure, période durant laquelle il réalise tous les vœux de son sauveur. Mais gare à ne pas en profiter au-delà de ces soixante minutes sous peine de devenir son esclave éternel ! Un gangster en mauvaise passe va l’apprendre à ses dépends lorsqu’il invoque accidentellement la créature. Trahi par son gang durant un braquage, mortellement blessé et témoin de la mort de sa petite amie, il va alors utiliser la magie noire afin de retrouver son honneur, son argent, sa santé et sa copine, mais va devoir gérer tout cela avant la fin du temps imparti. Un concept intéressant, surtout qu’il y a ici l’occasion de réaliser le tout en temps réel. Reste à espérer que le montage soit dynamique et monstre réussi, ce qui n’est franchement pas gagné.

 

 

Quelqu’un se souvient de Femalien ? Il s’agissait d’un des représentant de Surrender Cinema, la branche érotique de la Full Moon. Un petit film softcore s’inspirant de la scène de sexe de Hidden 2, où des aliens sans formes physiques sont décidés à explorer les sensations tactiles en envoyant une représentante sur Terre avec un corps de rêve artificiel mais très récepteur. Un succès modeste qui lui même valu une suite. Avec Femalien: Cosmic Crush, voici venir le troisième volet de la série, qui n’a visiblement aucun lien avec ses prédécesseurs. Une race extraterrestre détecte l’existence d’un terrifiant appétit sexuel aux confins de la galaxie et décide d’envoyer son meilleur agent, Maxy Prime, et sa sidekick nympho, Gabby Minx, pour enquêter. Le duo découvre qu’un parasite tentaculaire s’est attaqué à une jolie professeur et à ses élèves, les plongeant dans un état d’extase continue tout en absorbant lentement leurs forces vitales. Nos héroïnes vont-elles succomber aux plaisirs de la bête ou résister à ses avances pour le détruire ? Personnellement c’est le mot “tentaculaire” qui m’a conquis. Et avant de crier à la misogynie, sachez que tout ceci est écrit et réalisé par une femme, Lindsey Schmitz, avant tout caméraman pour la Full Moon sur les derniers Killjoy, Evil Bong et Puppet Master, et qui a déjà touché au genre en écrivant quelques scènes pour Virgin Hunters 3: Agents of Passion.

 

 

The Shadowheart Curse est un autre film que Charles Band mettra en scène personnellement, et on ne peut que sourire lorsqu’il prétend faire un conte gothique dans la ligné de Meridian: Kiss of the Beast. Il est question d’une médium qui se retrouve responsable de la mort d’un de ses clients suite à une séance qui tourne mal. Traumatisée, elle se retire en Italie dans la demeure de feu son grand père, mais va découvrir qu’un esprit maudit hante les lieux. C’est l’âme de Luca Fausto, un homme qui prétend avoir été ensorcelé par son frère démoniaque, Marco. La jeune femme commence à éprouver des sentiments pour lui et bien vite le fantôme va lui demander de briser le sortilège. Mais ce Luca est-il véritablement sincère ? Est-il mal intentionné ou est-il celui qu’Adrianna a toujours attendue ? Pendant ce temps, le démon Marco les observe, toujours animés de mauvaises intentions… On peut déjà voir venir l’histoire d’amour tragique se terminant par la mort de l’héroïne qui se réconfortera dans l’au-delà avec son compagnon. M’est avis que ce sera chiant comme la mort.

 

 

Enfin, il y a The Grim Rapper. Pas besoin d’en rajouter, le titre se suffit à lui-même. Ce sera réalisé par William Butler, créateur du Gingerdead Man, scénaristes des odieux Retour des Morts-Vivants 4 et 5, et pathétique réalisateur de Demonic Toys 2 et Gingerdead Man 3. C’est dire si on est mal barré. A sa décharge, Gingerdead Man 2 était quand même franchement drôle donc une bonne surprise est toujours possible, mais autant ne pas trop s’avancer quand même. Au moins son intrigue semble rendre hommage à la Hoodsploitation de la fin des années 90, dans laquelle la Full Moon avait un peu versé avec Cryptz, Killjoy et Ragdoll. Ce n’est donc pas un hasard si l’intrigue se déroule en 1996 et s’intéresse à un rappeur gangsta ayant été tué durant une guerre des gangs. Ressuscité, le “Grim Rapper” est déterminé à se venger et va massacrer les responsables de son trépas à l’aide d’une boom box ornée de crânes chromés et qui pulvérise tout ceux qui sont à la portée de ses beats mortels. Ça donne envie de ressortir ses disques de Ice-T !

 

 

D’aucun noteront l’absence de Trancers 7, autre projet “de rêve” que l’on attend depuis plusieurs années. En 2013 déjà, Band exhumait un Tim Thomerson fatigué dans l’un de ses Vlog comme pour nous assurer que l’idée était en chantier. Ce sera peut-être pour plus tard, sait-on jamais, mais une partie de moi est un peu soulagé de ne pas voir la franchise et l’acteur être malmenés pour les besoins d’une vulgaire plateforme streaming. Le tournage (au singulier) de Deadly Ten est prévu pour commencer ce mois de Juin et se poursuivra pendant le restant de l’année, laissant à penser que les différents films seront tournés les uns à la suite des autres plutôt que simultanément, pour des raisons financières. Quoiqu’il en soit le lancement de ce nouveau contenu est d’or et déjà planifié pour le 14 Février 2020, et un compteur a même été installé sur le site. En attendant il est toujours possible de se créer un compte gratuitement afin de surveiller les futurs mises à jours et finalement de suivre l’avancé du projet au quotidien, ce qui sera sans doute plus sympa à regarder que les produits finaux eux-mêmes dans la plupart des cas. Et sinon, sans surprises, Charlie a déjà commencé à capitaliser sur le projet et vous pouvez dès maintenant vous acheter un beau T-shirt à l’effigie des différentes affiches. Quelle initiative audacieuse !

 

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