Cy Warrior (1989) AKA. Cyborg – Il Guerriero d’Acciaio

 

Cy Warrior

(1989)

 

 

Le producteur Fabrizio De Angelis était le roi du Bis italien à son époque, s’étant particulièrement fait remarqué en s’associant avec Lucio Fulci pour ses meilleurs films (L’Enfer des Zombies, L’Au-Delà, La Maison Près du Cimetière, L’Éventreur de New York) avant de le lâcher afin de poursuivre une carrière toujours plus “nanarde” avec notamment Zombi Holocaust et les six (!) Karate Warrior. Mais on lui doit de nombreux titres du genre comme la trilogie Thunder, Les Nouveaux Barbares, les deux Guerriers du Bronx et les Killer Crocodile. Avec Cyborg – Il Guerriero d’Acciaio, alias Cy Warrior à l’international, il réuni une équipe du tonnerre pour pondre un clone tardif de Terminator. S’y retrouvent le musclé Frank Zagarino (Striker) et le terrifiant Henry Silva (une légende du cinéma qui ressemble à un véritable assassin) pour un face à face qui, en toute logique, devrait être particulièrement brutal. D’autant plus que la chose est réalisée par Giannetto De Rossi, spécialiste des effets spéciaux sanglants de cette période (L’Enfer des Zombies et La Maison Près du Cimetière mais aussi Pulsions Cannibales et Piranha 2) sur un scénario de Dardano Sacchetti, l’homme responsable d’absolument tous les films d’exploitation de son pays: Apocalypse dans l’Océan Rouge, La Baie Sanglante, Blastfighter, Le Chat à 9 Queues, Démons et encore de nombreux Fulci…

 

 

Hélas, trois fois hélas, ils accouchent d’une version tout public – ou presque – du film de James Cameron où il ne se passe jamais rien et où les bons sentiments priment sur l’action et la violence. Ici leur androïde est un prototype du projet Cyborg Warrior, une arme expérimentale qui devrait faire office de soldat parfait sur le champ de bataille. Encore inactif et transféré par bateau pour une série de tests, il est accidentellement activé par quelques soldats se bagarrant suite à une mauvaise partie de poker et prend la fuite. Embarrassée, l’Armée fait appel aux service du Colonel Hammer afin de le retrouver au plus vite mais il se trouve que celui-ci est un véritable psychopathe qui se moque bien de l’investissement de ses supérieurs. Décidé d’en finir au plus vite, il prend la décision de détruire le robot et n’hésite pas à déployer ses hommes parmi les civiles pour ce faire, causant alors de multiples massacres. Endommagé durant la confrontation, le C.W. 1 (3CB dans la version italienne) est retrouvé par un petit garçon qui va le ramener chez lui pour le cacher et lui apprendre à se comporter comme un humain afin de ne pas éveiller les soupçons. Sa grande sœur, adulte, va immédiatement tomber amoureuse de ce prince charmant artificiel…

 

 

Et le film insiste lourdement sur cette relation triangulaire qui s’installe entre les protagonistes. Malgré qu’ils savent être poursuivit par des tueurs professionnels n’hésitant pas à abattre quiconque se dresse sur leur chemin, nos héros prennent le temps de philosopher sur la vie, d’aller au restaurant et de visiter le marché pour acheter des bananes. A la manière d’une comédie familiale, les péripéties se montrent particulièrement inoffensives: l’androïde apprend à s’habiller, à manger un hamburger et à danser. Il joue à la Nintendo avec le petit frère (“I don’t understand this machine” dit-il, ce a quoi l’autre répond qu’il ne comprend pas toujours les humains non plus) et surprend sa jolie sœurette en sous-vêtements sans comprendre en quoi cela la dérange. Le soldat parfait évoque sa propre vulnérabilité en montrant l’appareil qui lui sert de cœur, expliquant qu’il mourra comme n’importe qui lorsque la lumière qui s’affiche s’éteindra, ceci nous guidant l’air de rien sur le final plutôt triste où C.W. 1 se sacrifie pour sauver le petit garçon. Car l’épilogue traine la patte sur une opération d’urgence retardée par une panne de courant, obligeant le robot à utiliser son corps pour permettre au générateur électrique de fonctionner correctement. Et Cy Warrior de se conclure symboliquement sur l’image christique de son héros, mort les bras en croix.

 

 

Et Henry Silva alors ? Est-il lui aussi sacrifié à l’autel des bonnes valeurs et de la morale malgré son physique du grand vilain ? C’est tout le contraire, un peu comme si ses scènes avaient été écrites pour un tout autre film ! Fou dangereux sans aucune état d’âme, il jure comme un charretier à chacune de ses apparitions au point que cela en devient véritablement comique (“Piece of shit sardine can !”) et menace tout le monde, y comprit ses hommes. Sa cible se trouve au beau milieu d’une rue bondée de monde ? Pas grave, il ordonne de tirer à vue, les sbires incompétents arrosant de plomb la foule en causant un nombre incroyable de victimes collatérales. Il se marre même, lorsqu’un collègue lui apprend que sa bavure a été couverte sur le compte d’une guerre des gangs, et s’empresse de recommencer en allant encore plus loin: il ordonne l’assaut d’un restaurant très animé et exécute volontaire toute personne cherchant à fuir les lieux, souriant devant le carnage. Ce qui entraine une sous-intrigue pour le coup très originale et rarement utilisée dans ce type de film, où ses propres hommes de mains commencent à se poser des question et se sentir coupable de leurs actions. L’un va même se rebeller et tenter de convaincre un de ses camarades d’abandonner les armes.

 

 

Pour autant ce n’est pas comme si la violence est ici particulièrement convaincante. Quelques impacts de balles, quelques blessures sur le cyborg qui s’inspirent bien sûr de celles vues dans Terminator, et un combat final très décevant car le C.W. 1 y brise juste quelques nuques et couche tout le monde d’un simple coup de poing. Seule une séquence se montre intéressante puisque préfigurant Universal Soldier, lorsque l’androïde demande à sa belle de pratiquer une profonde incision dans son dos afin de retirer le traqueur permettant à ses poursuivants de le détecter. Mais dans l’ensemble le film se montre particulièrement sage et même les éléments de robotique ont été conçu afin de ne pas paraitre trop cauchemardesques, a commencer par l’endosquelette qui est  complètement doré et très clinquant. On n’en voit finalement pas grand chose, quelques morceaux ici et là comme un genou déboité et une moitié de visage qui apparait lorsque l’acteur doit délicatement retirer une couche de peau carbonisée afin de ne pas abimer le maquillage cybernétique qui se cache en-dessous. De deux choses l’une, ou bien De Rossi n’était vraiment pas inspiré par ce remake familial de Terminator, ou bien il a délégué à des assistants peu dégourdis car trop occupé avec la mise en scène.

 

 

Du reste, Cyborg – Il Guerriero d’Acciaio est bien une production Fabrizio De Angelis comme le prouve le tournage délocalisé en République dominicaine, les tentatives caricaturales d’américaniser le produit (dont un doublage anglais aux voix qui tiennent parfois de la parodie) et les interminables séquences de remplissage destinées à gonfler artificiellement la durée du film. Celui-ci gagne de précieuses minutes en montrant son androïde arpenter les rues locales tandis que l’habituel garçon blondinet vient parasiter l’intrigue (une marque de fabrique du producteur qui venait déjà nous pourrir La Maison Près du Cimetière, Les Guerriers du Bronx 2 et Les Nouveaux Barbare). Le décalage d’âge avec sa grande sœur est d’ailleurs bien trop grand pour être crédible (elle, vingt-trois ans, lui, seulement huit !) et vient en tête l’habituelle cliché disneyen de remplacer les parents par des adultes de substitution. Et naturellement un ersatz de Terminator ne serait pas complet sans quelques reprises éhontées comme la fameuse réparation du bras endommagé. Une crème dégueulasse fait office de peau de synthèse lors de la confection du robot et les responsables du film on eu l’idée géniale d’offrir un pot de rechange au cyborg, caché au fond de son estomac, afin qu’il puisse se refaire une beauté après avoir été partiellement brûlé.

 

 

De quoi leur éviter d’avoir à refaire le maquillage compliqué du robot après une scène, même si au moins les artistes pensent à laisser une trace subtile en guise de cicatrice. C’est bien triste pour Frank Zagarino, a qui l’on demande de jouer l’androïde comme le ferait les enfants à grands renforts de gestes mécaniques. Stupidement surnommé “l’humanoïde” par ses adversaire, il exagère chaque mouvement tandis qu’un bruit de servomoteur est utilisé dès qu’il bouge la tête et qu’un filtre métallique est appliqué au son de sa voix. L’acteur est donc forcé de garder un air bovin durant tout le film et de ressembler à ce que les critiques aiment se représenter lorsqu’ils pensent aux stars de cinéma d’action au jeu limité. Il est en réalité capable de beaucoup mieux et le prouvera quelques années plus tard avec Project: Shadowchaser, où il incarne un autre robot bien plus intimidant. A ses côtés la pauvre Sherri Rose ne s’en sort pas mieux, elle qui a pourtant un beau parcours dans le monde de la série B: vue dans Killer Crocodile et Karate Tiger 3, elle joua la super-vilaine pour Roger Corman dans Black Scorpion et sa déclinaison télé puis apparue dans plusieurs production de la PM Entertainment…

 

 

Cy Warrior avait toutes les clés en main pour devenir un titre solide de l’univers Bis italien, mais au final il n’est qu’un produit médiocre et particulièrement anecdotique dont seul l’aspect “nanar” peut satisfaire. Difficile d’expliquer comment les choses en sont arrivées là même si on peut facilement pointer du doigt Fabrizio De Angelis qui aura pu imposer ses demandes insensées à Dardano Sacchetti et Giannetto De Rossi. D’un autre côté le trio s’est de nouveau réuni pour un Killer Crocodile 2 encore plus embarrassant, preuve peut-être que certaines combinaisons d’artisans ne fonctionnent tout simplement pas…

 

 

NOTE: attention à ceux qui voudront faire l’acquisition du DVD français sorti sous le nom de Genetic Warrior, puisqu’il s’agit de l’une de ces Flying Jaquettes mensongères éditées par l’arnaqueur Prism. Point de Frank Zagarino ici puisqu’il s’agit en réalité du Hardware de Richard Stanley, réalisé pratiquement la même année. Vous n’y perdez pas vraiment au change puisqu’il s’agit d’un très bon film, mais soyez prévenu ! Et prière de ne pas confondre aussi la chose avec Hands of Steel, alias Atomic Cyborg chez nous, un autre film de robot italien avec Daniel Greene et George Eastman, dont l’affiche originale a justement été recyclée pour composer celle de Cy Warrior !

 

       

 

 

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