Hansel & Gretel (2013)

 

Hansel & Gretel

(2013)

 

 

La sortie du Hansel & Gretel: Witch Hunters avec Jeremy Renner et Famke Janssen aura entrainé non pas un, mais trois mockbusters dans son sillage. Ce Hansel & Gretel est bien entendu signé par la Asylum et semble à priori le plus “légitime”. A priori. Les deux autres étant un horrible Hansel & Gretel: Warriors of Witchcraft signé David DeCoteau et un étrange Hansel & Gretel Get Baked, où les héros sont des stoners et la sorcière vend de l’herbe…
Pourtant, la vision de ce Hansel & Gretel va en surprendre plus d’un tant le résultat est ici à des années lumières des réalisations (volontairement ?) fauchées de la compagnie. Atteignant sans problème le grade de bonne série B DTV, le film semble avoir été produit par une tout autre boite et on pourrait presque faire penser à un produit de la Lionsgate. Mais l’ironie du sort veut que cette dernière soit distributrice du Hansel & Gretel de DeCoteau, qui lui ressemble énormément à ce que l’on retrouve habituellement chez Asylum: Des acteurs pitoyables, un montage chaotique, des effets spéciaux ridicules et une image définition DV… Un peu comme si les deux firmes avaient échangées leurs copies sans le vouloir !
Je ne m’en plaindrais pas car cela fait de Hansel & Gretel un spectacle beaucoup plus plaisant à regarder. Malgré les critiques assassinent qui fleurissent sur le Net – et qui me donnent parfois l’impression que les spectateurs se trompent de film, ce mockbuster vaut pour une fois mieux que son concept et s’impose par ses propres moyens.

 

 

L’intrigue est une modernisation du conte original, transposé à l’époque contemporaine et avec un résultat bien moins fantaisiste. Ici pas de maison de pain d’épice au sens propre, puisqu’il s’agit en fait du nom d’une pâtisserie dans laquelle travaille la jeune Gretel Grimm. On y vend des gâteaux, des bonbons et mêmes des tourtes à la viande qui valent à l’établissement une certaine renommée.
L’adolescente travaille pour le compte d’une adorable vieille dame nommée Lilith, et cela suffit pour griller l’intrigue.

Non mais “Lilith” quoi.

 

 

Bref, la tenancière semble toute gentille mais se révèle être en fait une sorcière qui capture des enfants (ou plutôt des adolescents) dans sa maison isolée au fond des bois, afin de les cuisiner.
Alors que Hansel et Gretel se disputent sur leur situation familiale, leur père ayant décidé de se remarier à une femme que le garçon décrit comme “une ensorceleuse”, ils se retrouvent dans la forêt et l’adolescent va être victime d’un piège à loup. Les deux vont alors trouver refuge dans la bâtisse la plus proche où ils pensent être à l’abri, la bonne Lilith leur procurant soins et bons conseils. Mais après la consommation de quelques bonbons bien spéciaux, Hansel se réveil dans un cachot parmi d’autres jeunes prisonniers tandis que Gretel va découvrir que sa patronne possède des plans bien particuliers pour elle…

 

 

Hormis une introduction différente de l’histoire originale, le script suit grosso modo l’intrigue des frères Grimm et on y retrouve à peu près tous les éléments: les enfants, la sorcière, les sucreries et le cannibalisme, ainsi que le célèbre four… Hansel est bien capturé pour être dévoré et Gretel se retrouve malgré elle à “travailler” même si le scénariste n’en fait pas totalement une Cendrillon. Et bien entendue, la sorcière fini de la manière que l’on connaît.
Toutefois cet Hansel & Gretel rajoute plusieurs éléments de son cru, comme Bobby et Johnny, les enfants de la sorcière (deux jumeaux qui ne se ressemblent pas du tout, dont un sosie de Mark Boone Jr.) qui lui servent de sbires, ou l’obsession de Lilith pour Gretel qui lui rappelle sa propre fille décédée. De bonnes idées qui ne sont malheureusement pas du tout exploitées et n’ont aucune influence sur le déroulement des évènements ! Ils auraient même pu ne pas être là que cela n’aurait pas changé grand chose, et leur intrusion donne au film un aspect survival qui s’éloigne drastiquement du concept de Conte de Fée moderne. En fait il s’agit surtout d’une façon de faire un énième clone de Massacre à la Tronçonneuse, dont le dernier volet sortait justement en même temps que le Hansel and Gretel parodié. Une tronçonneuse est carrément filmée de manière suggestive, le temps d’une référence un peu forcée, et la cave de Lilith m’évoque l’antre délirante de Massacre à la Tronçonneuse 2, avec ces guirlandes électriques et ces colliers de doigts…
Un mockbuster 2 en 1 en quelque sorte, même s’il faut reconnaître que le mélange donne un bien meilleur résultat que d’autres ersatz comme Skinned Deep ou Inbred

 

 

Je ne boude pas cette “trahison” au mythe original puisque, ceci étant une production Asylum, nous ne pouvions naturellement pas nous retrouver avec une simple réitération du conte. L’histoire se devait de partir dans le n’importe quoi et au final ces ajouts se fondent bien mieux que prévu dans cette relecture. La relation qu’entretien Lilith avec Gretel permet d’épaissir un peu le personnage de la sorcière, allant parfois jusqu’à apporter une dimension tragique à cet antagoniste qui espère tant retrouver une fille après des décades d’immortalité, et la présence des jumeaux rend plausible la situation d’emprisonnement dans laquelle se retrouvent Hansel et Gretel.
C’est également le moyen de fournir le film en séquences gore assez corsées, entre des affrontements qui fond mal (une tête sévèrement défoncée, une machette dans la gorge) et les “plats” préparés façon torture porn (une adolescente dodues est empalée par l’anus comme une grosse brochette, une autre est brulée vive dans sa garniture). Le scénario se permet parfois d’être même un peu plus imaginatif grâce à un piège ingénieux (un gaz hallucinogène diffusé dans la maison en cas d’évasion des prisonniers) qui donne lieu à quelques séquences oniriques très bien troussées: Hansel rêve de se dévorer vivant lui-même après que des bonbons se soient collés à sa peau, allant jusqu’à dérouler ses propres intestins hors de son ventre, une jeune femme se retrouve dans une pièce bardées de fils de fer acérés comme des rasoirs tout en étant hantée par le souvenir de son horrible père, etc.
Un grand merci aux effets spéciaux très bien réalisé et à l’ancienne !
Après tout, ces moments de cruautés ne sont pas s’en renvoyer à ceux des contes de notre enfance et on pourrait presque dire que les deux partagent le même type d’humour noir, comme lorsque ce gamin qui parvient à s’enfuir malgré une flèche planté dans le dos se fait renverser par la voiture du shérif, se retrouvant empalé une fois à terre !

 

 

Bien sûr Hansel & Gretel souffre de quelques défauts, inhérent au genre et le spectateur est en droit de s’agacer un peu devant ces facilités qu’il doit se farcir à chaque film. Pourquoi donc aller visiter la maison qui se trouve à 100 mètre de là où a été posé le piège ? Pourquoi nos héros ne s’emparent pas des armes de leurs tortionnaires pour se défendre lorsqu’ils en ont l’occasion ? Au moins le scénario nous évite le coup des téléphones portables en panne de réseau.
D’autres petites choses peuvent aussi gâcher l’ensemble, comme l’acteur jouant Hansel qui apparaît clairement trop vieux pour son rôle, ou le personnage de la belle-mère qui aurait pu permettre un retournement de situation. Perçue comme une sorcière par son beau-fils, il semblerait qu’il y ait bien plus à propos de son personnage qu’on ne le laisse paraître, et la réalisation semble même aller dans ce sens en s’attardant sur elle à certains moment. Mais au final il n’en est rien et elle disparaît bien vite de l’intrigue.
L’ultime révélation, expliquant les motivations de Lilith et apportant un brin de surnaturel à l’histoire (elle dévore la jeunesse à travers la chair), arrive un peu trop tard pour changer le scénario et on retrouve quelques idées “à la Asylum” un peu too much, comme l’explosion quasi nucléaire qui survient à la mort de la sorcière ou le fait que le père termine à l’hôpital alors qu’il a été transpercé par une fourche et poignardé plusieurs fois.

 

 

Mais qu’importe, ces petits “désagréments” n’entachent en rien la bonne facture de ce film et l’actrice Dee Wallace (célèbre héroïne “mère” de E.T., Cujo et Critters) livre une très bonne performance dans le rôle de la sorcière, tour à tour adorable et horriblement sadique, véritable moteur du film.
Bien filmé, parfois même très joli, et bénéficiant même d’un score composé par Alan Howarth (collaborateur de longue date de John Carpenter), Hansel & Gretel laisse présager de beaux espoirs pour le futur de la Asylum. Même s’il ne faut pas trop rêver: il s’agit probablement d’une expérience “accidentelle” qui est entièrement a attribuer au réalisateur…

… et c’est déjà pas mal !

 

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