Ticks (1993) AKA. Infested

 

Ticks

(1993)

 

 

Produit par le goreux Brian Yuzna (Society, les deux Le Dentiste) et réalisé par Tony Randel a qui l’on doit les très sympathiques Hellraiser II et Amityville 1993, ce Ticks est une grosse série B à l’ancienne des plus sympathique. S’il n’est pas original et très probablement conçu comme une copie de Arachnophobie sorti trois ans plus tôt (et les tiques sont des arachnides, ce qui porte parfois à la confusion ici vu leur taille), le film aurait pu avoir un intérêt très limité s’il s’était contenté d’aligner les scènes d’attaques sanglantes. A la surprise générale, Ticks se montre plutôt chiche à ce sujet et se caractérise plus par son atmosphère amusante et son hommage aux films de SF des années 50.
L’histoire nous montre comment des tiques des bois mutent sous l’effet d’un produit chimique destiné à accélérer la croissance de la marijuana. Devenues énormes, les bestioles se répandent dans la forêt au moment même où débarque dans un gîte un petit groupe de jeunes citadins, adolescents à problèmes encadrés par leurs moniteurs. Ceux-ci sont immédiatement surveillés par un duo de trafiquants de drogue possédant une plantation dans le coin tandis que les créatures passent à l’attaque, commençant par le pauvre chien d’un des banlieusards…

 

 

Autant dire que Ticks ne brille pas par son script, archétype même de l’histoire d’horreur écrite par Brent V. Friedman, un spécialiste du B ayant déjà bossé sur Syngenor et American Cyborg, et que l’on retrouve sur l’affreux Mortal Kombat: Destruction Finale. On y croise à la fois le “retour à la nature” des films d’attaques animaliers et le groupe de jeunes dans un camp forestier des slashers des années 80. Et pourtant, allez comprendre, ça se suit très facilement et on se laisse aisément prendre au jeu ! A mettre sur le compte de la très courte durée du produit (85 minutes qui passent vite), d’une galerie de personnages suffisamment attachants et de la petite dose de délire qui traverse le film. Un bon point, la majorité des petites productions horrifiques de ce type pêchant généralement par manque de saveur qui empêche toute implication du spectateur.

 

 

On suit alors les protagonistes, clichés vivants mais qui, grâce à leurs interprètes, n’ont absolument rien de transparent. Les truands sont un mix entre des bouseux tout droit sortit d’un bon vieux survival et des hippies gentiment déjantés (l’un d’eux passe son temps à vouloir se faire appeler “monseigneur”, ou “sir” en V.O.) tandis que les petits jeunes n’ont rien a voir avec la bande d’adolescents libidineux à laquelle nous avons généralement droit. Les scènes de parlotes un peu longuettes sont bien présentes mais on oublie facilement ce problème de rythme, de même que l’apparition assez tardive des créatures. Là dessus Ticks sait toutefois se montrer assez généreux et nous dispense du hors-champ et des attaques propres sur elles façon Arachnophobie, pour mieux jouer sur la répulsion du spectateur envers les petites bêbêtes.

 

 

A la manière des vieux films de monstres géants des années 50, nos tiques mutent sous l’effet d’un produit toxique verdâtre, un stéroïde devant accélérer la croissance de la marijuana, et augmentent de volume au point de devenir aussi grosse qu’une boule de pétanque. Grosses, moches et visqueuses, elles sortent en masse de gros cocons gluants (lesquels semblent empruntés aux Facehuggers d’Alien) et crapahutent partout, n’hésitant jamais à sauter au visage de leurs victimes. Le design des créatures est bien soigné et les effets spéciaux du film sont signés KNB, experts en la matière. Le film n’est donc pas avare en effets gore, ce que le nom de Brian Yuzna laissait prévoir. Les tiques s’infiltrent sous la peau, explosent sous les coups de chaussures et on retient une amusante scène d’autopsie, un corps sévèrement déchiqueté depuis l’intérieur et un pauvre hère qui se tire dans la jambe pour en déloger un parasite. A noter également l’étrange utilisation du dessin animé pour simuler une brève giclée de sang !

 

 

Un véritable festival auquel il faut rajouter la capacité des tiques de faire halluciner leurs victimes comme dans un bad trip au LCD en raison de leur neurotoxine renforcée, et surtout LE clou du spectacle: l’apparition inattendue d’une tique géante émergeant du corps d’une victime. Arachnophobie avait sa Reine, Ticks a son improbable mutant. Et si le monstre n’est présent que quelques instants, étant assez vite expédié lors du climax, il fait sensation et rattrape amplement la trop longue intervention des créatures.

 

 

Car le métrage met beaucoup trop de temps à faire apparaître ses petits monstres, tâchant de faire monter la tension en nous faisant découvrir la présence de nombreux cocons à travers la forêt mais sans jamais lâcher les hostilités pour autant. Plutôt bizarre pour un film de ce genre qui se doit d’enchaîner les attaques pour rythmer son histoire, d’autant plus qu’une photo promotionnelle existante à la sortie du film montrait le corps exsangue d’une tierce personne, laissant présager la mort de quelques randonneurs. Hors il n’en est rien, le film se limitant à un petit nombre de protagonistes et jamais la victime momifiée de la photo n’apparaît dans le film. En fait Ticks est même très décevant avec son faible bodycount. La présence de tout un groupe de jeune laissait sous-entendre la perte des trois-quarts des effectifs, mais à une personne près tout le monde survit ! Les quelques trafiquants y passent également mais jamais le scénario ne va s’embarrasser de dommages collatéraux, pas plus qu’il ne fait intervenir de sous-intrigue…

 

 

La présence d’autant de tiques géantes dans une forêt aurait dû entraîner la mort de beaucoup d’animaux et attirer l’attention des autorités, mais ces éléments ne sont jamais exploités. De même que n’est jamais concrètement utilisé le trauma du jeune héros, celui-ci partant pourtant d’une bonne idée pour un film d’horreur puisque que le garçon est sujet à des crises d’angoisse lorsqu’il se retrouve seul. Regrettable, car il y avait là matière à exploiter. Autant de pistes qu’il aurait été intéressant de suivre mais qui passent à la trappe pour des raisons évidente de budget, Ticks n’étant qu’une petite production destinée au marché vidéo.

 

 

On se rattrape avec la distribution intéressante, laquelle se compose de quelques têtes connues comme Clint Howard, ici en dealer au look beatnik qui va bien entendu jouer la victime de service, son propre père Rance Howard, dans un tout petit rôle, ou encore Barry Lynch, le frère de Richard, et Rosalind Allen, vue dans Les Démons du Maïs II et La Revanche de Pinocchio. Mais les deux grandes stars du film demeurent un tout jeune Seth Green, pas encore célèbre, et surtout Alfonso Ribeiro, le Carlton du Prince de Bel-Air !

 

 

Le pauvre aura bien du mal à rendre crédible son personnage de caïd des banlieues vu l’image de petit bourgeois qu’il se coltine, et encore moins avec son look tout droit sorti des années 80 (pantalon de pyjama, imperméable mal coupé et casquette à l’envers) et ses répliques minables (“They call me Panic ‘cause I never do.”). On peut néanmoins saluer sa performance puisqu’il a eu le mérite d’essayer. D’ailleurs le scénario ne lui fait pas de cadeau et il traverse ici un véritable chemin de croix: son chien se fait tuer, une tique le mord et s’infiltre sous sa peau, le rendant malade, les truands le passe à tabac puis lui tire dessus au fusil et il fini par mourir des suites de nombreuses morsures des bestioles, son corps allant donner naissance à un monstre géant ! On peut s’interroger au passage sur le fait que la seule véritable victime chez les “bons” soit un homme de couleur…

 

 

Un peu gore, absolument pas crédible et vite vu, Ticks est une authentique série B des plus sympathique qui arrive à faire oublier ses défauts grâce à des personnages attachants et des situations extravagantes. Pas mémorable mais franchement divertissant. A la suite de ça le pauvre Tony Randel va s’enliser dans la médiocrité avec le nanar Ken le Survivant, adaptation du célèbre manga, puis un honteux Morsures. Un vrai gâchis car sa carrière s’annonçait plutôt bien…

 

 

 

Un cadavre qui ne figure dans aucune scène du film.

 

   

Ce beau mutant n’apparaît pas non plus au montage final !

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